Test de World’s End Club (Nintendo Switch)


Développeur : Too Kyo Games

Éditeur : IzanagiGames/NIS America

Sortie : 28/05/2021

Supports : Nintendo Switch

CONCLUSION

Passant de l’humour à l'amertume, de l’innocence à la noirceur, de la nostalgie à l’anxiété, World's End Club est une belle manière de conclure un cycle, avant de commencer à explorer un nouvel horizon. Sans révolutionner le genre, ce puzzle-game signé Kazutaka Kodaka et Kotaro Uchikoshi offre de nouvelles perspectives, notamment narratives, tout en rendant hommage à ses aînés. En aurait-il pu être autrement ? Gros bémols, le gameplay pour le moins rigide, l’écriture extrêmement révérencieuse et l’esthétique en deçà des standards actuels auraient pu faire pencher la balance du mauvais côté. Mais ce serait sous-estimé la portée de ses messages, de ses personnages et de son ambiance. L’attraction ne perd à aucun moment de rythme et va même jusqu’à déjouer la routine avec des mécaniques de plateforme plus profondes qu’elles n’y paraissent. En somme, le gagnant de ce jeu macabre est World's End Club lui-même. Fans de mystère et de voyage, vous êtes prévenus.

Partageant un talent d’écriture et un genre de prédilection, Kazutaka Kodaka et Kotaro Uchikoshi étaient destinés à se réunir. Douze amis aux capacités extraordinaires soumis à un battle royal au sein d’un univers post-apocalyptique, World’s End Club se présente comme la première œuvre de leur studio Too Kyo Games. Disponible depuis septembre 2018 sur Apple Arcade, le dernier et ultime puzzle-game de la mort de ces deux grands noms du visual novel s’invite à présent sur Nintendo Switch sous une édition étendue. Suspens, mystère et plot twist, l’heure du jugement a sonné.

Quand Dante rencontre Virgile

World_s End Club_screenshot_test_jeuxvideo24Lorsque Kazutaka Kodaka, créateur de la franchise Danganronpa, et Kotaro Uchikoshi, connu pour être l’auteur de la série Zero Escape, ont décidé en 2017 de se détacher de Spike ChunSoft pour former un duo et ainsi fonder le studio Too Kyo Games, nombreux étaient les amateurs de romans vidéoludiques à saliver à l’idée de connaître le fruit de leur premier véritable travail commun. Mêler la mise en scène sadiquement humoristique de Kodaka à l’écriture complexe et philosophique de Uchikoshi ne pouvait assurément que faire des merveilles. Les premiers détails de la collaboration sont révélés en 2018. De façon imagée, ceux-ci sonnaient comme un puzzle-platformer dans un univers post-apocalyptique où Jigsaw aurait pactisé avec Grippe-Sou le Clown Dansant afin de concevoir un jeu macabre.

Partant d’une idée que nos deux complices ont imaginé au cours d’un voyage à Kyoto (en faisant allusion au principe de marche de la mort), Death March Club était donc annoncé. Les années passèrent et ce n’est qu’en août 2020 que le jeu trouve son véritable nom ainsi que ses deux plateformes de sortie. Installé sur Apple Arcade depuis septembre dernier, World’s End Club s’invite à présent sur Nintendo Switch dans sa version complète. Celle-ci comprend non seulement un pan supplémentaire et pas des moindres, ainsi qu’un doublage entièrement en anglais (une mise à jour devrait voir également le jour sur Apple Arcade pour accéder à ces éléments).

World_s End Club_screenshot_test_jeuxvideo24N’y allons pas par quatre chemins, que ce soit en tant qu’auteur ou lecteur, aborder le test de ce World’s End Club n’est pas des plus simples. Autant il n’est pas facile de rentrer en détail dans son fonctionnement sans en dévoiler un minimum de l’intrigue, autant il est compliqué d’en comprendre véritablement les rouages sans prendre part directement à son expérience. Bien évidemment, il va plus ou moins de soi que ceux ayant déjà touché à une des précédentes œuvres des créateurs concernés auront plus de facilité à se repérer. Du moins, c’est ce que le jeu tend à laisser croire… Sans vouloir trop dépasser la zone du spoil, World’s End Club, au-delà d’être imprégné de l’aura de ses pairs, joue de son héritage et cela de manière très méta. À commencer par son histoire qui d’emblée ne cache pas ses similitudes avec ses aînés avant de prendre, sans crier gare, une tout autre direction, laissant ainsi le joueur complètement à l’abandon.

Assassination Classroom

Alors qu’un bus la mène tranquillement à Kamakura, la destination prévue dans le cadre de son voyage scolaire, une classe de collégiens quelque peu spéciaux est témoin d’un étrange phénomène. Un faisceau de lumière ou ce qui semble être un météore vient s’abattre sur une ville avoisinante en déclenchant à son impact une explosion cataclysmique. Le souffle est tel qu’il emporte tout sur son passage, y compris le véhicule transportant notre petit groupe d’élèves. Ce qui aurait pu être l’issue d’une hallucination collective, ou au pire d’un mauvais rêve, se voulait être en réalité le début d’une terrible affaire.

World_s End Club_screenshot_test_jeuxvideo24À leur réveil, nos élèves découvrent en vérité qu’ils ont été transportés via des caissons dans un parc à thème sous-marin. Une surprise n’arrivant généralement seule, un mystérieux personnage à l’apparence de clown, se faisant appelé Pielope, apparaît soudain et leur donne nul autre choix que de jouer à son attraction personnelle et pour le moins mortelle : Game of Fate. Dans ce jeu, les règles sont simples. Chaque participant à une mission qu’il doit accomplir. Le but premier est donc de découvrir laquelle. Toutefois, le petit hic est que celle-ci est inscrite sur le bracelet attaché au poignet d’un des autres concurrents.

World’s End Club, au-delà d’être imprégné de l’aura de ses pairs, joue de son héritage et cela de manière très méta.

Il revient ainsi au joueur d’user d’une stratégie ou d’utiliser la force pure pour connaître et réaliser sa tâche dans le temps imparti, auquel cas il meurt. Cerise sur le gâteau, il ne peut y avoir qu’un seul gagnant. Tous les perdants trouveront encore une fois la mort en servant de repas à un robot géant. Vous l’avez compris, ceux qui étaient jusqu’à présent solidement réunis, au sein même d’un cercle baptisé le Go Getters Club (le Club des Battants/Fonceurs en anglais), se retrouvent désormais sujet à un battle royal où tous les coups sont permis.

Le Club des ratés

World_s End Club_art_test_jeuxvideo24À partir de là c’est du point de vue de Reycho, un jeune garçon dépourvu de voix et à l’apparence gracile, que s’écrit l’histoire. S’il est loin de respirer le charisme à plein nez, notre héros ne doit pas pour autant être sous-estimé. Dans la même veine que Makoto Naegi de la série des Danganronpa, il cache en lui une grande force de caractère qui va d’ailleurs l’amener à guider le groupe. De manière globale, chaque personnage bénéficie d’une écriture particulièrement complexe. Le joueur est d’ailleurs rapidement invité à remettre en question ses jugements. Et ce n’est semble-t-il nullement la direction artistique qui dira le contraire. Le trait rebondi, voire enfantin – dans le bon sens du terme, de Takegarou alias Take (chara-designer sur Katanagatari), a été saisi de manière à endormir les esprits, même des plus éveillés, en compagnie d’une écriture volontairement stéréotypée.

En ce sens, la machinerie fonctionne des deux côtés de l’écran. Même la linéarité du chemin menant aux révélations s’en trouve au final déjouée. Formellement, il n’y a pas différents choix ou chemins à prendre. Le destin de notre bande de « Losers » – nom initialement prévu pour le club en référence à It de Stephen King (Ça en VF), est dès le départ entièrement tracé. Pour autant, le poids de nos actions se fait paradoxalement ressentir, et cela de bout en bout. Pour cause, sous ses airs théâtral, plus la pièce se dévoile, plus l’obscurité s’installe et le schéma narratif se complexifie au même titre que les règles de gameplay imposées.

World_s End Club_screenshot_test_jeuxvideo24Après les fameux procès rythmés par de délirants mini-jeux dans la saga des Danganronpa et les casse-têtes façon escape room du diptyque des The Nonary Games, World’s End Club se présente comme un puzzle-game horrifique, orienté plateforme, misant essentiellement sur l’exploration et la résolution d’énigmes environnementaux. Plus concrètement, il s’agit de se déplacer au commande de Reycho, tantôt seul, tantôt accompagné, en vue de profil sur des tableaux variés, et surtout très inspirés, en suivant divers jeux de pistes. Dans le fond, le principe s’apparente davantage à l’excellent Another World ou, dans une moindre mesure, à Flashback, d’où l’ambiance nostalgique qui vient doucement embaumer le monde de notre Go Getters Club.

Les Douze Salopards

À la fois hostile par son écosystème, et chaleureux par son ambiance, le décor prend vie en tant que personnage à part entière. Son interaction avec lui se résume classiquement à du parcours d’obstacle, du déplacement d’objet, et de l’activation de leviers ou autres interrupteurs. Pour autant, naviguer à travers ces lieux désolés et implicitement hantés est un véritable plaisir. En ce sens, notre progression ne manque pas de profondeur, et cela grâce notamment aux capacités spéciales que disposent chacun de nos protagonistes. Le fait que nos compagnons soient au nombre de douze n’est pas anodin. En effet, ils représentent tous un signe du zodiaque chinois, ce qui leur confère au passage un pouvoir lié à leurs caractéristiques astrologiques.

World_s End Club_art_test_jeuxvideo24Pour exemple, Chuko, une petite fille au caractère bien trempé, est du signe du Rat de Feu lui donnant ainsi la capacité de cracher des flammes après avoir mangé des Karamucho (sorte de chips japonaises). Dans une autre mesure, à ses côtés, Jennu, née sous l’année du Coq de Métal, a le don d’inverser la gravité non seulement d’un objet, mais aussi d’un individu. Le bout du tunnel ne pourra bien évidemment être atteint qu’en exploitant judicieusement ces habiletés particulières.

Entre répliques humoristiques, retournements de situations, sous-textes frappants ou encore casse-têtes bien ficelés, les joueurs cherchant avant tout une aventure narrative prenante seront littéralement servis.

Même si ce jeu macabre, aussi bien dans le fond que dans la forme, se déroule de manière assez linéaire, sa durée de vie est néanmoins loin d’être fluette. Une bonne vingtaine d’heure est à compter pour lever le voile sur cette énigmatique affaire. Et que dire, si ce n’est qu’il est véritablement difficile de décrocher de l’écran tant l’intrigue est happante. Certes, les dialogues auraient peut-être mérité un peu moins de longueur ; Kodaka ne s’est encore une fois pas retenu de présenter un casting bien bavard. Mais comme pour ses productions précédentes, à aucun moment l’envie d’arrêter notre progression, ne serait-ce que mettre en pause, se fait ressentir. Entre répliques humoristiques, retournements de situations, sous-textes frappants ou encore casse-têtes bien ficelés, les joueurs cherchant avant tout une aventure narrative prenante seront littéralement servis.

Le jour du jugement dernier

World_s End Club_screenshot_test_jeuxvideo24Le seul véritable reproche qu’on peut lui porter est de vouloir peut-être trop détourner ses propres codes, au point de probablement laisser certains néophytes sur la touche et d’en oublier par moment le fil de son récit. Bien que l’ensemble soit cohérent, il n’en demeure pas moins quelques zones d’ombre qui, dans un souci de compréhension, auraient mérité un peu plus de clarté. Quoi qu’il en soit, l’adaptation en manga, d’ores et déjà annoncée du côté de Monthly CoroCoro Comic (mensuel de prépublication japonais de mangas) devrait certainement apporter quelques précisions. Mais même sans cet apport, World’s End Club n’a aucun mal à se hisser dans le haut de panier des puzzle-games.

Certes, la partie plateforme aurait nécessité un soin plus approfondie, les contrôles n’étant pas des plus précis. Mais en soi, il est difficile de ne pas se laisser captiver par ce scénario où mensonges, manipulations et harcèlements moraux dansent mutuellement sur fond de critiques sociales, qui plus est, entièrement traduit en français. Si ce World’s End Club doit être le dernier jeu de la mort pour Kodaka et Uchikoshi, avant de s’attaquer à d’autres genres, le travail vaut assurément les applaudissements.

VERSIONS PHYSIQUES
Pour les friands de collectibles ou autres goodies, NIS America propose également deux versions physiques différentes. La première est une édition dite Deluxe (49,99€) contenant un extrait de la bande originale au format numérique Anthem of Friendship, le mini-artbook Go-Getters Club Yearbook et le jeu en boite avec une couverture réversible. La seconde, plus généreuse, est une édition Limitée (79,99€, exclusive au store de l’éditeur) incluant tout le contenu de la Deluxe Edition en plus d’un présentoir en acrylique baptisé Endless Carousel et un pin’s Club Leader’s Badge.

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Ce test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée, fournie par l’éditeur, sur Nintendo Switch.

Mr.J
Aucun super-pouvoir, gameplay limité, fait partie du comité de protection des licornes. Recherche en vain cet alter ego qui lui permettra de mener à bien sa vendetta - "The monster you created has returned to kill you"

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