Test de Watch Dogs Legion (PC, PS4, Xbox One)

CONCLUSION

Même s’il est bourré de défauts et propose un monde ouvert loin des nouveaux standards imposés par CDProjekt et Rockstar, Watch Dogs Legion est aussi amusant à jouer que dépaysant à parcourir. Il est plaisant de passer quelques dizaines d’heures dans cette ville de Londres réinterprétée au profit du tout numérique, tout en mettant à mal les méchants conglomérats à l’aide de nos héros du quotidien. Comme un bon Big Mac de chez McDo : pas si “Big” et encore moins subtil, mais un plaisir sincère à chaque bouchée !

Éternelle tête de turcs des joueurs depuis son annonce via un trailer “bullshité” lors de l’E3 2012, la licence Watch Dogs a tout de même su se frayer un petit chemin parmi le catalogue Ubisoft pour en devenir un élément phare, aux côtés de Assassin’s Creed et Far Cry. GTA-like classique sauvé par ses thématiques technologiques, le titre de Ubisoft Montréal a brillé dans un second volet particulièrement réussi, avant de prendre ses valises pour s’exporter chez nos amis anglais en cette période de transition de générations. Watch Dogs Legion débarque sur nos machines avec une promesse de taille : tous les personnages qui peuplent sa Londres virtuelle sont jouables. Si dans les faits, elle est bien respectée, on se demande si la plus pressée des licences “next-gen” n’a pas fini par s’embourber dans le passé…

Hijack London

Watch dogs legion screenshot testAh, Londres ! Sa Tamise, ses loyers trop élevés, ses monuments emblématiques et… Ses attentats ?! C’est ainsi que commence Watch Dogs Legion, alors que quelques bombes explosent aux quatre coins de la ville, plongeant la célèbre organisation de hackers Deadsec, accusée à tort, dans la tourmente. C’est le prétexte idéal pour un bon gros reboot des familles et reconstruire le collectif à partir de zéro, en commençant par vous, le joueur, un inconnu parmi tant d’autres au beau milieu de la foule.

Votre mission, que vous accepterez, sera de sillonner les rues de la capitale anglaise à la recherche de nouvelles âmes pour alimenter votre machine à pourrir le système. Des âmes que vous pourrez incarner vous-même, piochées ça et là en fonction de leurs compétences. Ça, c’est l’improbable feature à laquelle peu de monde ne croyait lorsqu’elle fut annoncée en même temps que le titre en 2017. Pourtant, force est de constater que ça fonctionne… Jusqu’à une certaine limite.

watch dogs legion street artistIl est effectivement possible, à l’aide de son smartphone, d’analyser et de recruter n’importe quel passant dans la rue. Personnages neutres ou ennemis, SDF ou jeunes actifs, agents d’entretien comme gestionnaires, tout y passe. Chaque personnage possède ses caractéristiques propres, que l’on utilisera à bon escient au cours des missions. Sauf que si ce système fait son petit effet lors des premières heures de jeu, on finit par comprendre les ficelles de cette mécanique.

Tout d’abord, tous les rôles ne sont pas utiles. La plupart des métiers n’offrent que des compétences très secondaires, rarement utiles lors des situations que le jeu nous expose. Justement, ces compétences ont tendance à rapidement se répéter. En dehors de quelques trouvailles amusantes, très limitées en nombre, le jeu n’évite pas les traditionnels gains de crédits et autres améliorations de vitesse de piratage par exemple. De nombreux personnages partagent les mêmes skills, un peu comme dans les jeux LEGO, et on en vient à rapidement tourner en rond. Enfin, on aura vite tendance à ne retenir que deux ou trois personnages grand maximum afin de remplir toutes les missions du titre, parce que les situations sont faites ainsi, tout bêtement.

Le gameplay de Watch Dogs Legion mixe merveilleusement bien les techniques de hacking à du shoot plus conventionnel.

Mon nom est personne

On retiendra par exemple le caractère indispensable des agents des différentes factions, utiles pour leur maîtrise des armes mais aussi pour leur capacité à être moins facilement détectables par leurs pairs. C’est d’autant plus vrai que si les zones sont faites pour proposer un maximum de chemins alternatifs possible, on en vient rapidement à reproduire la même approche en boucle, faute de récompenses probantes pour valoriser la prise de risques.

En dehors de quelques collectibles et de points de compétence à ramasser, Watch Dogs Legion ne propose aucun système de progression particulier. Dès lors, il n’y aucune raison de ne pas adopter la voie de la facilité en s’infiltrant comme une brutasse désespérée. Contrairement à Assassin’s Creed et Dishonored qui savent comment motiver des approches différentes, Watch Dogs demeure trop routinier et ne parvient jamais à provoquer de situations nécessitant un comportement “inédit” de la part du joueur.

 À découvrir : Nos premières minutes de gameplay en compagnie de Watch Dogs Legion.

Le manque d’une progression clairement définie provoque un autre problème par extension : il est impossible de donner le moindre poids aux personnages contrôlés par le joueur. De base, ne pas disposer d’un personnage correctement caractérisé pose un problème d’identification, d’émotion. Soit, on l’avait vu venir. Par contre, il est beaucoup plus difficile de se sentir impliqué quand la mort de chaque personnage provoque tout au plus un haussement de sourcils, faute de trouver une réelle motivation pour le maintenir en vie. Après tout, il existe X profils comme le sien en ville, et le jeu ne prend jamais le temps de rétribuer le temps passé avec ce personnage. Résultat, on en vient à faire une petite armée dont seuls quelques membres sont réellement actifs. Le seul frein au grand n’importe quoi suicidaire réside dans les phases de recrutement, très laborieuses, à grand renfort d’allers-retours incessants et de libérations d’otages ennuyeuses.

Third Person Hacker

Watch dogs legion screenshot testIl faut dire que Watch Dogs Legion n’est pas vraiment aidé par sa structure. Londres est grande, Londres est belle, c’est indéniable. On prend un vrai plaisir à parcourir les “boroughs” bondés de la ville, de jour comme de nuit, sans toutefois y trouver le frisson des meilleurs open worlds. La raison ? Une ville belle, mais uniquement fonctionnelle. Une sorte de plateau en argent, sur lequel seraient disposés quelques amuse-gueules insipides.

On chasse les tags, on joue aux fléchettes, on boit un verre. Les événements aléatoires n’ont pas leur place ici, ce qui limite forcément l’intérêt du monde dans lequel le joueur évolue. Au final, on ne fait que multiplier les trajets entre les différentes destinations, le plus souvent par métro parce que, et c’est bien dommage, on sait pertinemment que rien ne viendra perturber notre train-train quotidien sur le trajet.

Watch dogs legion screenshot testFort heureusement, Watch Dogs Legion se rattrape sur son gameplay. Véritable pot-pourri de tout ce qui se fait actuellement, il fait plutôt bien ce qu’on lui demande, en mixant merveilleusement bien quelques techniques de hacking à du shoot plus conventionnel. On s’infiltre, on défouraille, on s’amuse avec nos gadgets. Mention spéciale à l’Arachbot, une petite araignée robotique sur laquelle le jeu se repose un peu trop lorsqu’il ne sait plus quoi faire.

Le même constat peut être fait au sujet des drones, ici plus nombreux que dans un album de Muse. Les phases de pilotage se multiplient sans que le besoin s’en fasse ressentir, et on a vite l’impression de se retrouver face à DCL The Game plutôt qu’à un clone de GTA futuriste.

La direction artistique de Watch Dogs Legion a beau soulever quelques questions, difficile de ne pas s’enthousiasmer face au rendu du titre.

Londonian Nightmare

Watch dogs legion screenshot test“Futuriste”, revenons sur cette dimension au passage. Il est très pertinent pour un jeu comme Watch Dogs, qui traite depuis ses débuts de surveillance et de contrôle des données, de se projeter dans un futur proche pour mieux embrasser ses thématiques. Mais était-ce obligatoire de se farcir l’esthétique des films American Nightmare pour en parler ?

Oui, la symbolique des masques est forte. Non, elle n’élève jamais le jeu au-delà de son postulat de départ, mal servi par un scénario prévisible, cliché et un tantinet bas du front. Les grandes méchantes organisations sont très méchantes, les gentils pirates sont très gentils, et tout est bien qui finit bien. Les thématiques se multiplient mais ne sont que survolées. Alors à quoi bon ?

En revanche, la direction artistique a beau soulever quelques questions, difficile de ne pas s’enthousiasmer face au rendu du titre, plus propre que jamais. Certes, les problèmes techniques sont toujours là, c’est une habitude après tout. Le couvre-chef des gardes royaux traverse le toit des voitures et la synchronisation labiale est aux fraises, rien de surprenant. D’ailleurs, les bugs sont légion (AH !), au point d’avoir à relancer le jeu à intervalles réguliers. Doit-on l’accepter ? Non. Faut-il faire avec ? Oui. En dehors des habituels tares de ce genre, Watch Dogs Legion est un régal pour les yeux et devrait l’être encore plus sur les consoles de nouvelle génération !

Ce test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée, fournie par l’éditeur, sur Xbox One X.

Kuru
Kuru
Adulescent bienheureux, tantôt compagnon d'infortune de dieux Nordiques, tantôt jardinier attitré pour des Piñatas furieuses. Dans les deux cas, c'est avec le sourire et au trot !

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