Ce test a été réalisé à partir d’une version physique, fournie par l’éditeur, sur Nintendo Switch.

La La Méthode Koei

Dans l’art de croiser les genres et les licences, Omega Force et Koei Tecmo font partie de ces collaborations qui ne cessent de surprendre par l’extravagance de leurs idées. De The Legend of Zelda à Fire Emblem, en passant par Gundam ou encore Dragon Quest, nombreuses sont les franchises qui ont été revisitées à leur sauce. Mais avant de piocher chez leurs voisins et avant même que Marvel arrive avec ses gros sabots, les deux studios japonais ont développé leur propre univers vidéoludique étendu en mélangeant deux de leurs licences. Lancé en 2007 sur PS2, il s’agit de Warriors Orochi, un crossover réunissant les héros de Dynasty Warriors et Samurai Warriors.

L’idée d’origine est bonne mais pas pour autant simple à l’égard de la cohérence narrative. Au préalable, une problématique s’est instantanément imposée aux développeurs : comment faire pour que l’équation fonctionne si ni les périodes, ni les zones géographiques ne concordent ? Ce à quoi un des scénaristes a dû sûrement répondre : « Il suffirait d’approfondir la touche fantastique et de mettre tout ça sur le dos d’une manipulation inter-dimensionnelle ». Aussi dit, aussi fait, c’est ainsi qu’est née le Avengers du Musou.

Il ne faut assurément pas aller bien loin pour comprendre que ce n’est pas tant par la complexité de son intrigue que la série a su se démarquer au fil des épisodes. Son gros point fort réside essentiellement dans la richesse de son contenu, et c’est peu dire. À ce jour, Omega Force présent le plus grand roster jamais réuni dans un jeu hack’n slash. En effet, Warriors Orochi 4 offre la possibilité d’incarner plus de 170 héros, une particularité qui lui a permis de se faire une place dans le Guinness World Records en 2018.

Voilà donc une belle manière de faire d’une pierre plusieurs coups en apprenant l’une des périodes historiques et constitutives de deux cultures différentes tout en s’amusant, même si se retrouver au milieu de toutes ces figures emblématiques et bien les assimiler ne soit pas une tâche évidente. Bien évidemment, le cadre didactique est à prendre à la légère car que ce soit dans leur trame respective ou dans cette fusion, les frères Warriors font vite l’impasse sur le traitement historique.

God of Warriors

Jusqu’à présent, les héros issus des Trois Royaumes et de l’époque Sengoku avaient l’habitude d’en découdre avec le grand Orochi pour sauver leur dimension. A peine remis de leur victoire contre le démon serpent, ils doivent retourner sur le front afin de repousser cette fois une menace d’une toute autre classe. D’ordinaire représenté sous l’apparence d’un athlète à la belle barbe blanche, brandissant un éclair à bout de bras, il s’agit de Zeus, le Dieu grec en personne. Arrogant et manipulateur, le roi olympien qui fut témoin de la défaite du démon destructeur et de son hydre, est bien décidé à tirer avantage de la puissance du monde d’Orochi dans ses ambitions de conquête.

Tout commence véritablement lorsque Zeus achève la création des huit bracelets d’Ouroboros qui, conçus à partir de ses pouvoirs et ceux de la faux d’Orochi, permettraient de connecter les mondes. Après quoi, il téléporte nos protagonistes dans une dimension parallèle de manière à ce qu’aucun d’entre-eux ne nuisent à ces intentions. Désapprouvant les agissements de son père, Persée (Perseus) dérobe alors les bijoux sacrés et les laisse tomber dans ladite dimension afin de l’empêcher de mettre ses plans à exécution. A partir de là, la mission principale se veut plutôt évidente : récupérer les artefacts tout en contrant les opérations de ceux qui les convoitent dans un but malveillant. Parmi eux il y a non seulement Athéna, déesse entre autres de la stratégie militaire et Arès, dieu de la guerre, mais aussi Loki, dieu de la malice, et Odin, dieu nordique suprême.

Les enfants du Titan Cronos ne sont donc pas les seuls à mettre leur grain de sel, le royaume d’Asgard aussi a choisi de s’inviter à la fête. Si la manière d’intégrer la mythologie grecque et viking au tableau peut être quelque peu convenu, le scénario ne manque en soi pas de finesse. Malgré une petite liste de raccourcis et de zones d’ombre, il est encourageant de mettre la main sur des titres qui font l’effort de sortir du cadre imposé par un genre relativement stagnant.

Comme ses prédécesseurs, le jeu tranche volontairement dans le fan service, mais tombe rarement dans l’excès. Hormis quelques exceptions, les rencontres entre les personnages mythiques ne sont jamais trop poussées. Au contraire, elles apportent même d’intéressants axes de réflexion, notamment en liant campagnes militaro-politiques et foi religieuse.

Il ne faut pas s’attendre à ce que cette ultime version vienne gommer entièrement les soucis techniques de sa grande soeur. Son objectif semble être davantage quantitatif, du moins ce n’est pas son contenu titanesque qui avancera le contraire.

À la guerre comme à la guerre

Bien évidemment, leur traitement se veut très sommaire pour laisser autant de place possible à l’action. En effet, les enjeux sont à peine posés que nos combattants ancestraux se retrouvent engagés en pleine guerre. Une petite saynète en guise d’introduction et c’est partie pour envoyer des hordes de soldats mordre la poussière, tout ça sur des airs épiques qui rappellent justement les compositions d’un certain Hiroyuki Sawano (Attack on Titans, League of Legends, Sengoku Basara). Pour ceux qui ne savent pas encore exactement où ils ont mis les pieds, les règles du Musou sont plutôt simples : avancer sur un champ de bataille et s’emparer des zones occupées par l’ennemi en dégommant tout sur son passage.

Au premier abord, le genre sonne plutôt répétitif mais dès lors qu’on creuse un peu plus en profondeur, une dimension stratégique, et non des moindres, montre le bout de son nez. C’est d’ailleurs en équilibrant convenablement ces deux forces que Warriors Orochi 4 trouve sa voie et s’accorde même une place parmi les meilleurs de sa catégorie.

Au-delà d’améliorer la formule initiale, les arguments avancés par le dernier héritier de la famille des Warriors de Omega Force tendent à rendre le genre encore plus accessible. Si son prédécesseur avait déjà bien commencé le boulot en intégrant la possibilité de switcher avec trois persos en même temps et en donnant des mouvements plus acrobatiques à son gameplay, Warriors Orochi 4 innove avec une toute nouvelle mécanique pour le moins surnaturelle et pour ainsi dire dans le thème : la magie. Chaque membre de notre troupe possède en effet son éventail de compétences magiques avec d’un côté, les sorts primaires, et de l’autre, les attaques chargées. Ces dernières sont divisées en deux niveaux. Il y a celles de type spécial qui nécessitent de puiser dans la jauge de mana et celles ultimes équivalentes aux frappes Musou. Bien évidemment, plus on se dirige vers les combinaisons élevées en énergie, plus les dégâts sont importants, et les effets visuels généreux. Une fois les bases bien appréhendées, il reste encore trois façons d’exploiter la magie.

Talon d’Achille

Outre la possibilité d’invoquer une arme aux pouvoirs élémentaires ou une monture facilitant les déplacements, il est possible pour certains héros d’atteindre un état dit divinatoire qui accroît non seulement leur force mais aussi leur résistance. Et autant dire que face à ce stade digne du super saiyen god de Goku, l’ennemi ne fait pas long feu. Il se peut néanmoins que quelques opposants tiennent à jouer les coriaces. Mais pas d’inquiétude, une dernier atout peut encore être mis sur table. Elles se pratiquent à plusieurs et retournent littéralement les lieux, ce sont les techniques combinées. Donnant lieux à de jolies mises en scène, ces dernières épuisent complètement la barre mana mais les ravages sont colossaux.

Comment est-il possible de faire encore la fine bouche face à autant de capacités me direz-vous ? Pourtant, un problème demeure bel et bien et il provient plus particulièrement de la partie adversaire. Celle-ci montre peu de mordant et encore moins de ruse. Le plaisir d’envoyer valser une légion entière prend au début mais il est quelque peu difficile de le maintenir lorsque le challenge répond rarement présent.

Le constat aurait pu s’arrêter là, si la réalisation avait eu droit à une attention plus grande. Même si la licence n’a jamais été reconnue pour son esthétisme, ce quatrième volet se veut plutôt propre avec une modélisation des personnages soignée. Cependant, tout ne tient pas forcément à sa place. Les bugs d’affichage et de collision entrent dans l’arène et ce n’est pas l’architecture monotone et vide des environnements qui va réussir à les masquer.

À cela vient s’ajouter un léger clipping pour les éléments en fond et une baisse de framerate qui continue de persister durant les phases où le nombre de soldats présents dépasse l’écran. L’action a certes gagné ici en lisibilité, mais le rendu s’avère toujours aussi brouillon lors des grandes rassemblements ; ce qui veut dire assez souvent. Il ne faut donc pas s’attendre à ce que cette ultime version vienne gommer entièrement les soucis techniques de sa grande soeur. Son objectif semble être davantage quantitatif, du moins ce n’est pas son contenu titanesque qui avancera le contraire.

Les Chevaliers du Zodiaque

Pour le bonheur des fans, Warriors Orochi 4 : Ultimate inclut tous les éléments du season pass ainsi que tout un lot de DLC qui enrichit considérablement l’expérience de jeu. En plus d’ajouter au casting jouable pas moins de sept stars, à savoir Gaïa, Persée, Hadès, Yang Jian, Achilles (Legend of Troy), Jeanne d’Arc (Bladestorm) et le fameux Ryu Hayabusa (Ninja Gaiden/Dead or Alive) pour un total de 177 héros, cette édition propose de découvrir des pans scénaristiques inédits, ce qui allonge tout bonnement la durée de vie de plusieurs heures. Ceci étant dit, il est tout de même regrettable que certains de ces chapitres n’aient pas été directement racontés dans l’histoire de base au vu de l’importance des révélations qu’ils apportent. Quoi qu’il en soit, avec ou sans eux, le scénario tient bien tout seul et ne pose aucune difficulté de compréhension.

En plus d’ajouter au casting jouable pas moins de sept stars pour un total de 177 héros, cette édition propose de découvrir des pans scénaristiques inédits, ce qui allonge tout bonnement la durée de vie de plusieurs heures.

Dans le panier des nouveautés proposées par cette édition Ultimate, la palme revient sans aucun doute au nouveau mode Infinity. En effet, une fois l’une des fins révélée (oui, il y’en a plusieurs), le joueur a accès aux tours de Zeus. Au nombre de douze tels les signes du zodiaque, ces sanctuaires à plusieurs niveaux permettent aux joueurs de tester leurs skills en remplissant divers objectifs dans un laps de temps donné. Chaque épreuve réussie est bien évidemment synonyme de récompense. Points d’expérience, trésors sacrés, armes de toute classe et techniques supplémentaires, la progression est, de surcroît, non ciblée, ce qui permet de faire évoluer toute notre armée, même les membres qui ne sont pas envoyés au front.

En vu de leur profondeur limitée, les parties JcJ en ligne (Battle Arena) et Challenge ont de quoi rougir face à ce mode Infinity qui contrairement aux deux autres, évite le farming intensif. Dans tous les cas, les occasions ne manquent pas pour faire perdurer le plaisir. Devenant tellement rare dans les standards actuels qu’il est important de le souligner ; il est même possible d’organiser des opérations contre les forces militaires d’Odin avec un camarade en local. Autant dire que les fans du genre auront de quoi être aux anges des Champs-Elysées et du Valhalla. À contrario, il n’est pas sûr que le level design soit encore assez souple pour permettre à la série de sortir de sa bulle où seuls les fidèles peuvent véritablement se retrouver.

LE VERDICT
CONCLUSION
6
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Aucun super-pouvoir, gameplay limité, fait partie du comité de protection des licornes. Recherche en vain cet alter ego qui lui permettra de mener à bien sa vendetta - "The monster you created has returned to kill you"

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