Test de Vampyr (PC, PS4, Xbox One)

Ce test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée, fournie par l’éditeur, sur PlayStation 4.

Vampyr, vous avez dit Vampyr ?

Jonathan Reid est un médecin réputé, spécialisé dans l’hématologie (sinon, l’ironie n’aurait pas été totale) et revenant tout juste des tranchées françaises de la guerre de 14-18. Manque de chance, à peine a-t-il posé le pied à Londres qu’il est attaqué par un mystérieux vampire qui file aussi vite qu’il est venu. Jeté dans un charnier, ce bon docteur se réveille assoiffé de sang et se penche donc sur le cou de la première pauvre âme rencontrée. Manque de chance (bis), il s’agit de sa sœur, qui n’y survivra pas. Il n’en faut donc pas plus pour mettre en place l’objectif principal de ce Vampyr : trouver la créature de la nuit qui a maudit Reid de sa morsure et la faire payer. Et, tant qu’à faire, tenter de trouver un remède au mal qui le ronge désormais. Heureusement, il va rapidement faire la connaissance d’un autre médecin qui va lui offrir le gîte dans son hôpital de fortune, en lui proposant de s’occuper des horaires de nuit afin de ne pas se faire repérer. Un intérêt double pour Jonathan, puisqu’il pourra non seulement tenter de percer le mystère du vampirisme grâce à des prélèvements sanguins à étudier, mais aussi se nourrir aisément au vu du garde-manger que représente pour lui un tel lieu…

Dès le départ ou presque, Vampyr met le joueur dans le bain : tout sera question de discussions, d’enquêtes et de choix. Le Londres de 1918 de Dontnod est divisé en quatre gros quartiers peuplés chacun d’une quinzaine de personnages à rencontrer, dont un est considéré comme un “pilier” qui maintient du mieux possible l’état sanitaire du coin. Et l’on comprend rapidement qu’il va falloir passer par des dizaines et des dizaines de dialogues afin de faire connaissance avec tout ce beau monde et découvrir leurs vies. Ce qui implique de nombreux allers-retours, car chacun est lié d’une manière ou d’une autre à un autre citoyen et il faudra les faire parler afin de débloquer de nouveaux indices qui mèneront à de nouvelles lignes de dialogues. Un élément un peu redondant mais pour la bonne cause : gagner un maximum d’expérience lorsque l’on décide de passer à table. Ainsi, si un Londonien dispose de quatre indices bloqués, son sang délivrera bien moins d’expérience à Reid que si le joueur a préalablement découvert les quatre éléments en question avant de le croquer. Ce qui est d’ailleurs aussi vrai lorsqu’ils sont malades ou fatigués, et il est également important de préparer des remèdes avec les ingrédients de fortune glanés dans les décors afin de les requinquer et de redonner à leur sang ses qualités premières.

Rue de la soif

Heureusement, tous ces bons samaritains ont une véritable histoire derrière eux et ne débitent pas des phrases génériques jusqu’à ce que mort s’ensuive (littéralement). Si certains sont certes plus intéressants que d’autres, traitant de sujets importants tels les suffragettes, les côtés peu catholiques de l’Église et les techniques de médecine, on prend un certain plaisir à découvrir ce qui est arrivé à chacun et comment tel personnage est lié à tel autre, parfois via un secret un peu honteux. Reid, lui, se montre un peu moins patient et fonce tête baissée en posant des questions souvent très indiscrètes dès le départ, en utilisant sa grosse voix vampirique pour obtenir une réponse honnête. Dommage, un peu plus de finesse aurait grandement aidé la mise en scène et aurait surtout rendu plus crédible le héros. Il faut bien se souvenir que Jonathan était un médecin avant toute chose, il avait donc juré de faire de son mieux pour sauver les gens, sans les juger. Ici, l’empressement donne surtout l’impression qu’il veut rapidement savoir si le sang de la victime potentielle est suffisamment intéressant pour lui. Si ce n’est pas le cas, vite, passons au suivant. Dommage, l’image du bon docteur en prend un sacré coup.

On prend un certain plaisir à découvrir ce qui est arrivé à chacun des PNJ et comment tel personnage est lié à tel autre, parfois via un secret un peu honteux.

Si, en théorie, il est possible de parcourir Vampyr sans croquer un seul citoyen, seuls les plus téméraires se lanceront dans l’aventure de la sorte, la difficulté s’en faisant largement ressentir. Pour les autres, il s’agira donc de choisir correctement sa cible, en gardant en tête que l’état du quartier en subira les conséquences, tout comme l’attitude des autres PNJ. En tout cas, en théorie, car mordre quelqu’un n’aura finalement pas une grande incidence sur les autres, si ce n’est ses plus proches amis (et encore, ils sont rarement nombreux). En revanche, il est vrai que le niveau sanitaire en prend un coup et il suffit parfois de deux Londoniens en moins pour que le quartier passe au cran du dessous. Ce qui est encore aggravé par les maladies et, on se répète, il faudra chouchouter les riverains via des remèdes maison pour éviter de faire tomber le quartier dans le chaos, ce qui entraînerait un bon paquet de morts (donc la disparition de quêtes annexes) et l’apparition d’ennemis supplémentaires. Et lorsque l’on vous aura parlé des combats, vous comprendrez tout de suite pourquoi vous ne voulez pas d’ennemis supplémentaires. En revanche, on apprécie le fait d’entendre les dernières pensées du mis à mort, venant parfois faire regretter au joueur son choix…

De sang froid

Jonathan Reid dispose, comme tout bon héros de RPG qui se respecte, d’un arbre de compétence à améliorer (en allant se coucher) au fur et à mesure de sa progression dans l’histoire, via les fameux points d’expérience volés aux citoyens (les quêtes et autres petits combats n’en apportant que très peu). Le joueur peut, au choix, améliorer sa barre de vie ou de stamina, débloquer des attaques surnaturelles basiques ou ultimes ou encore faire en sorte que le vol de sang (en combat, cette fois-ci) se montre plus efficace. Mais dans les faits, tout coûtant affreusement cher, on se contentera de débloquer deux-trois choses et de les améliorer jusqu’à la fin, en passant à côté de tous les autres éléments proposés par le titre. Par exemple, Reid peut débloquer en compétence de base la Griffe ou le Nuage Explosif, toutes deux étant des attaques offensives. Mais pourquoi prendre les deux, lorsque l’on ne peut en équiper finalement qu’une seule si l’on désire à côté garder le sort de soin ? Pareil pour les armes, que l’on peut également améliorer. Une fois son arme de prédilection choisie, il est bien difficile de la laisser tomber pour passer à autre chose…

Surtout que les combats sont une vraie purge et l’on se demande d’ailleurs souvent ce qu’ils viennent faire là. Non content d’être rigides – Reid ne frappant que devant lui – et parfois totalement déséquilibrés (certains ennemis peuvent tuer en un seul coup le héros), ils s’offrent en plus le luxe d’être beaucoup trop nombreux, sans parler du fait que tous les mobs re-poppent si l’on revient dans la zone, de souffrir d’une caméra franchement hasardeuse et d’un système de lock à s’arracher les cheveux. Le tout repose sur la fameuse jauge de stamina, qui se vide à une vitesse alarmante dès que l’on fait une action. Forcément, une fois vide, Reid est totalement à poil et les adversaires en profitent pour venir le spammer. Qui plus est, ces affrontements deviennent rapidement répétitifs puisque l’on exécute toujours les mêmes enchaînements à base de locker/frapper/étourdir pour prendre un peu de sang (nécessaire pour se régénérer ou lancer des attaques vampiriques) /esquiver. Et c’est sans compter sur les combats de boss, qui déboulent parfois de manière totalement incongrue et sont souvent bien trop longs. Bref c’est l’enfer, sans mauvais jeu de mot, et le côté vampirique du héros peut même très bien passer à la trappe si l’on décide de bourriner à la machette. Un comble.

Œil pour œil, sang pour sang

Autre lourdeur, les déplacements dans les différents quartiers de Londres. Passer d’un quartier à l’autre, ou même se balader dans une zone, se fait via différents chemins mais il n’est pas rare de se retrouver dans des culs-de-sac ou devant des portes fermées à clé et nécessitant de progresser dans le scénario pour pouvoir être débloquées. Vampyr est parfois un vrai labyrinthe à ce niveau-là et, faute de mini-map, le joueur sera obligé d’ouvrir la carte pour retrouver son chemin ou tenter de retrouver un refuge préalablement débloqué. Pire, il n’y a pas de voyages rapides, ce qui oblige Reid à faire des allers-retours dans toute la ville, avec tout ce que ça implique de combats contre des adversaires ayant re-poppé entre temps. Seuls les ”donjons” se montrent bien plus linéaires et il est impossible de s’y perdre. En revanche, on peut y passer du temps afin de récupérer des éléments nécessaires aux créations de remèdes ou aux améliorations des armes. Mais avant de ressortir, il s’agit de bien être sûr d’avoir tout pris, les temps de chargement étant affreusement longs. Ce qui est aussi vrai lorsque l’on meurt, ce qui coupe totalement le rythme de l’action.

Ce n’est malheureusement pas la technique de Vampyr qui remontera le niveau, le titre n’étant clairement pas digne des productions actuelles. Les personnages ne sont pas bien beaux, leurs visages sont rigides et la synchronisation labiale est souvent aux fraises. Il n’est pas rare de souffrir de grosses chutes de frame-rate, voire de bugs relativement paralysants. Heureusement, le tout est rattrapé par la direction artistique et le soin apporté par les équipes de Dontnod dans la création de l’univers du titre. Le Londres local est glauque, poisseux et dangereux, n’importe quel recoin pouvant cacher un chasseur de vampire ou un Skal, les ennemis de base. Certes les rues sont vides, mais c’est justifié par le fait que Reid ne sorte que la nuit et qu’un couvre-feu a été mis en place. On prend par ailleurs plaisir à découvrir toutes les petites choses à lire disséminées ça et là, lettres, journaux intimes et autres éléments informatifs sur l’époque. C’est sans parler sur les doublages (anglais) dans l’ensemble plus que convaincants et la bande-son absolument magistrale signée Olivier Derivière, venant encore plus renforcer le côté sombre de ce Vampyr.

LE VERDICT
PRISE DE SANG
6
Shauni
All your base are belong to us.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here