Total War : Three Kingdoms (PC)

Ce test a été réalisé sur PC à partir d’une version physique fournie par l’éditeur.

La Romance des Trois Royaumes

Adieu les elfes en jupettes et l’armées des clones vikings, bonjour les héros de la Chine ! Si certains pourront être familiers de l’époque et des personnages, déjà croisés dans d’autres jeux comme les Dynasty Warriors, sachez déjà que ça va être assez dur de s’y retrouver ! Alors faisons un petit point pour y voir plus clair (précisons quand même que je ne suis pas historien et que je glisse sûrement une ou deux bêtises dans le récit).

La période des Trois Royaumes se situe au 2ème siècle après Jésus Christ, dans l’Empire de Chine. Les Eunuques (qui sont de haut-fonctionnaires) et les généraux sont complètement corrompus, et les tôliers de l’époque, la dynastie Han, laissent un peu faire. Le peuple lui est écrasé sous les taxes, et gronde. Les seigneurs locaux, pour éviter de trop se mouiller, tentent de rediriger la colère du peuple vers l’Empereur. Ainsi commence la révolte des Turbans Jaunes, en l’an 184.

La Révolte des Turbans Jaunes va prendre de l’ampleur jusqu’à déstabiliser le pouvoir. Et pour tenter de mater et contrer cette révolte, ce dernier va laisser plus de liberté et d’autonomie aux seigneurs locaux. Dong Zhuo, gouverneur de Hedong, combattait les Turbans Jaunes, et gagna très vite des promotions jusqu’à en devenir le général de l’Armée du Front, Seigneur de Aoxiang et Préfet de Xiliang. En l’an 189, il va aller avec 200 000 hommes pour exterminer les Eunuques de la cour impériale, mettant la main sur l’Empereur Shao et le Prince de Chenliu. C’est à ce moment clef qu’il devint un tyran, déposa l’Empereur Shao pour nommer le Prince de Chen Liu l’Empereur Xian, tout en prenant le contrôle du gouvernement.

En conséquence, des nobles de part et d’autre de la Chine levèrent des troupes, et c’est ainsi que commence Total War : Three Kingdoms.

Romance & Histoire

Lorsque l’on commence à créer sa campagne, on peut donc choisir sa faction parmi les nombreuses disponibles, et cette fois-ci classées dans trois groupes. Les Gouverneurs (les gens plus ou moins fidèles à Dong Zhuo), la Coalition (les fameux nobles qui se soulèvent contre Dong Zhuo) et les Turbans Jaunes (qui ont bien morflé au moment où le jeu commencent, et sont verrouillés derrière un DLC de précommande).

L’occasion pour nous de remarquer que le choix de faction est assez étoffé, un peu à l’image d’un Rome 2 ou d’un Shogun 2. Aussi, un choix nous est proposé, de jouer en mode Histoire ou en mode Romance. Le mode Histoire se focalise sur une expérience de jeu quasi-similaire à ce que l’on pouvait avoir justement dans les jeux historiques précédents. Les généraux des armées sont accompagnés de troupes qui l’entourent, à la manière de Shogun 2 : Total War. Le mode Romance quant à lui ressemble plus à une expérience à la Warhammer, où le général est un personnage-héros seul et puissant.

La force du mode Romance est aussi de casser certaines habitudes qu’ont les joueurs de Total War. Sur le champs de bataille, votre général pourra se faire provoquer en duel (ou lui-même en provoquer), ce qui donnera lieu à une séquence assez cinématographique où les deux ennemis vont se caler sur un coin du champs de bataille pour se fritter, sans qu’aucune des armées ne viennent les déranger. Un duel se soldera par la mort, l’abandon ou la capture de l’un des deux généraux, affectant grandement le moral de ses troupes.

Il arrivera parfois qu’une bataille quasiment perdue d’avance soit retournée du tout au tout grâce à un duel remporté, les troupes ennemies ayant perdu trop de moral en voyant leur général se faire déboîter.

Histoire d’Hommes & de Femmes

Total War : Three Kingdoms met le paquet concernant les personnages qui vont se mouvoir durant notre épopée. Chaque général, gouverneur, espion, membre de votre cour dispose d’une fiche de personnage, avec un inventaire à gérer, un arbre de compétence à faire évoluer au rythme des level up, une jauge de satisfaction (selon le poste occupé, l’ambition, l’époux ou l’épouse, ses collaborateurs etc.). Vous vouliez un RTS ? On vous livre aussi un simulateur de dynastie dans la foulée.

Pire ! C’est bien foutu. S’il faudra certes quelques heures pour bien être à l’aise avec le système et son interface, suffisamment claire pour ne pas trop être largué. On se plaît donc à suivre l’histoire de notre général qui progresse, devient de plus en plus fort, se lie d’amitié avec son chef de division, on enrage de voir notre espionne se faire exécuter. On refuse de marier notre dauphin car on voit que sa promise ne lui conviendrait pas sur le plan “moral”… Tout ça en suivant l’évolution du rang de notre faction et de son leader.

Sun Tzu et Confucius

Côté armée, là-encore les habitudes ont été un peu bousculées. Fini le temps où l’on avait son général et 19 unités à aligner derrière lui. Dans Three Kingdoms, un général peut commander jusqu’à 6 unités. Une armée complète sera donc composée de 3 généraux et de 18 unités. Et ces personnages qui commanderont vos armées ont des archétypes, qui orientera leurs forces et faiblesses dans la bataille. Certains amélioreront l’efficacité de vos unités de cavaleries, d’autres vos lanciers… Voilà, je vous laisse imaginer donc les possibilités offertes au joueur qui va mettre les mains dans le cambouis pour faire son armée.

Il est à noter aussi que le déblocage des unités se fait via l’arbre de technologie, comme d’habitude. Mais certaines unités ne sont accessibles que grâce à certains types de généraux. Par exemple, un général dont l’archétype sera d’améliorer l’efficacité de vos archers pourra (et lui seul) rendre disponible des catapultes dans le recrutement de son armée.

Sur le terrain hélas, ça sera l’armée de clones. Vos soldats auront quasiment tous la même gueule, et on regrette un peu les petites variations qu’il y avait dans des jeux comme Total War Attila ou Rome 2 au sein d’une même unité. Ensuite, on perd aussi en diversité. Il y aura quasiment pas d’unité différente d’une faction à l’autre. Si ça tient la route sur le plan de la logique, une fois encore ça casse les habitudes des joueurs.

La réelle différence entre les factions se situe dans un tout autre système, à mi-chemin entre la réputation, une ressource et une barre d’expérience. Par exemple, prenons la faction de Cao Cao, le fourbe. Sa ressource lui permet d’influencer les autres factions pour qu’elles s’entendent bien, se détestent. Il peut même déclarer une guerre de proxi. Cette ressource se détériore avec le temps, forçant le joueur à continuer d’enchaîner les victoires militaires, ou de construire des bâtiments spécifiques permettant de l’entretenir. Dans le fond, ce système de gameplay changeant d’une faction à l’autre permet de donner le choix au joueur de la façon dont il va résoudre son problème actuel (une guerre lui est déclarée) ou arriver à son objectif du moment (affaiblir telle province). C’est d’autant plus appréciable que la guerre n’est plus la finalité du titre de Creative Assembly.

Total War : Three Kingdoms a été l’occasion d’un grand dépoussiérage sur le système de diplomatie. Ainsi, en plus des accords basiques que l’on trouvait dans tous les titres précédents (paix, guerre, pacte de non agression, accord commercial, mariage etc.), viennent s’ajouter l’échange de ressources pour dix tours (or/nourriture), le commerce d’items que les personnages peuvent équiper, l’échange de territoire, parmis d’autres.

Comble de notre époque, la diplomatie devient plus intéressante que dans d’autres jeux de grande stratégie concurrents. Le seul regret que l’on peut avoir à ce sujet, c’est que CA s’est sorti les doigts pour rendre l’interaction avec les IA amusantes, que la tendance du jeu à toujours vous pousser au cul pour qu’il y ait de la guerre ici et là est un peu frustrante. C’est bête, mais la diplomatie dans Total War : Three Kingdoms fait que l’on aimerait parfois aborder la partie comme dans un Civilization !

Les Trois Royaumes ont quand même morflé

Si visuellement le jeu a un aspect soigné, que ça soit dans les menus, l’interface, la mauvaise surprise se présente lorsqu’on lance une partie et qu’on arrive sur la carte de campagne. “C’est pas ouf” pourrait bien résumer la situation. Couleurs trop saturées, sans parler de ce zoom sur textures pas folles qui n’était pas la meilleure des idées. Une fois dézoomé ça passe mieux mais bon, le mal est fait. En bataille, on regrettera que ce que le nouveau moteur nous affiche semble encore bien trop proche d’Attila et Warhammer. C’est joli, mais pas fou non plus. Les FX ne sont pas franchement folichons, pour rester correct, et vous feront goûter à la joie du “retrogaming” en jouant à un AAA de 2019.

L’optimisation quant à elle, un fois encore c’est la déception. On doit sacrifier la qualité de quelques éléments visuels pour espérer un 60 fps stable pendant la bataille. Et c’est là qu’on se demande si Creative ne se fout pas un peu de nous, après toutes ces années à nous ressortir la même resucée du moteur de Rome 2, un poil “mieux”. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le jeu peine à exploser les mirettes.

Côté son, l’équipe audio du studio a fait une fois de plus un super boulot. La qualité est au rendez-vous et il faut noter que la bande originale du jeu est un régal pour les oreilles. Problème cependant, le mixage est vraiment bancal (le jeu ne respectant pas la norme des -23 lufs, crachant bien en dessous). Résultat, on a tendance à devoir monter le volume pour se faire plaisir.

Lancer le jeu en multi a été aussi l’occasion d’avoir la définition du “on a pas testé, on s’en tape”. Le rythme y est plus mou que d’habitude, avoir son coéquipier qui charge lentement le champ de bataille vous placera dans les limbes, une map vide, sur laquelle vous ne pourrez faire qu’attendre comme on con. Sur la map de campagne, la caméra aura le plaisir de forcer des mouvements idiots et de zoomer sur des parcelles que vous n’avez pas encore exploré. Quitte à zoomer sur du laid, autant rajouter le filtre du brouillard de guerre par dessus. Et quand tout va bien, préparez-vous quand même à changer à chaque tour l’orientation de la caméra.

Enfin, histoire d’achever de gâcher la fête, il y avait à nouveau un DLC de précommande (indisponible pour le test) qui permet de jouer une des factions présentes à la sortie du jeu. L’avidité étant péché de SEGA/Creative Assembly, on assiste à nouveau et sans surprise à la sortie du DLC intégrant le sang pour la modique somme de 3 euros. On y est habitué : sans aucune espèce de honte, ni malaise, un travail d’amputation est réalisé pour pouvoir toujours venir piller notre porte-monnaie. Alors oui, on sait que Creative Assembly vise un PEGI moindre pour mieux se vendre sur le marché asiatique et que les Trois Royaumes cible plus précisément cette clientèle-ci. Mais visiblement les gens viennent bouffer au râtelier, donc la pratique risque de s’éterniser.

Nous attendons la tripotée de DLC qui viendra étoffer le jeu et continuer de le faire vivre, en ayant une once d’espoir que l’on assiste pas à nouveau au foutage de gueule des DLC de Warhammer (prix fort pour un service bâclé, jugez vous-même ici et ici).

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