Test de The Sinking City (PC, Xbox One, PS4)

Ce test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée, sur Xbox One X.

C’est pas l’homme qui prend la Maer…

Bienvenue à Oakmont, petit fief perdu au coeur du Massachussets, qu’un Mal grandissant aura transformé en poissonnerie géante. Un Mal inconnu, prétexte à l’arrivée de Charles Reed, le détective privé que le joueur incarne dans cette aventure directement inspirée des écrits de Lovecraft. On ne parle pas simplement du style ou du genre, mais bel et bien d’emprunts complets à la mythologie des écrits Lovecraftiens. Attendez-vous à entendre parler des hommes-poissons de Innsmouth, du dieu Dagon ou encore de quelques incantations d’obsédés de l’apostrophe.

Pour autant, The Sinking City est bel et bien une histoire originale et c’est là que réside tout le paradoxe de ce titre qui affiche officiellement ses inspirations tout en proposant une écriture en demi-teinte. Si le scénario en lui-même tient en haleine comme il faut, montrant un profond respect pour l’héritage de l’auteur, les dialogues ont de quoi laisser perplexe. Difficile d’imaginer un détective privé des années 20 constater qu’un homme est “mort de chez mort” sans glousser.

Charles Reed, le punchliner dont Lovecraft a toujours rêvé ?

Imbitable ? Non. Anachronique ? Certainement. Le problème quand on prend la suite d’un auteur, c’est qu’il faut savoir s’en montrer digne. On ne dira pas “être au niveau” parce que c’est perdu d’avance, mais au minimum faire preuve d’une certaine cohérence vis-à-vis de sa façon de faire, d’écrire ou même de l’époque. Si on saluera l’utilisation d’un certain vocabulaire, de nombreuses répliques semblent tout droit sorties d’un mauvais téléfilm. Charles Reed, le punchliner dont Lovecraft a toujours rêvé ? On en doute. Cela étant dit, c’est une simple goutte d’eau dans un titre finalement plutôt ambitieux, découpé en trois phases distinctes.

La première est certainement la plus présente, et la plus réussie, fort heureusement : il s’agit de l’enquête. Si le joueur incarne un détective privé, ce n’est pas pour rien. L’investigation est au coeur de The Sinking City. Chaque quête part d’un élément unique, une piste, qu’il faudra explorer pour en découvrir plus. On collecte des indices, qui alimentent la première piste, avant d’en dévoiler une seconde, et ainsi de suite. Parfois, les indices ne sont là que pour l’enrobage, glaner quelques détails supplémentaires. Souvent, ils servent à creuser plus loin et nécessitent d’aller dans des endroits bien spécifiques, de parler à des personnages précis. C’est une belle occasion pour Frogwares de dérouler des mécaniques parfaitement huilées et plutôt variées, au début tout du moins.

Notre détective bénéficie d’une Bat-vision, qui lui permet de souligner des détails, révéler des passages secrets ou simplement procéder à des reconstitutions des événements. Rien qui n’ait pas déjà été vu ailleurs, néanmoins leur intégration est suffisamment soignée et pertinente pour séduire. Il est très facile de se prendre au jeu, d’autant plus que les développeurs ont eu l’excellente idée de minimiser les aides aux joueurs. Pas de marqueurs sur la carte, pas d’indicateurs d’objectifs, tout doit être “réfléchi” par le joueur. Bien que ce ne soit jamais insurmontable, il est plaisant d’évoluer par soi même pour une fois !

Do you love craft ?

Malheureusement ces phases d’enquête sont entrecoupées de scènes d’action, mal pensées sur toute la ligne. Le héros n’est pas Marcus Phenix, c’est une évidence. Il ne peut pas se mettre à couvert, n’a pas de chargeurs à rallonge, ni de tronçonneuse. C’est même tout l’inverse. Sa réserve de munitions est anémique et ses capacités de combat le rendent totalement inaptes à la moindre confrontation. Le personnage, balourd comme pas deux, est un véritable calvaire à manier en situation de conflit, d’autant plus qu’il est contraint de crafter ses propres munitions. Sans le moindre raccourci. Vous avez bien lu : en 2019, il faut passer par un bouton pause, et trois ou quatre onglets pour commencer à fabriquer ses munitions, en plein coeur de l’action. Rien de mieux pour casser un rythme déjà vacillant et rendre des combats bien brouillons encore moins intéressants.

Pour la petite histoire, la même chose se passe sous l’eau. Lovecraft oblige, on passe un peu de temps dans la mer, vêtu d’un scaphandre et de quelques armes pour se défendre. Rien à faire, la lourdeur du personnage est accrue et finit d’achever la partie action de The Sinking City. De toute façon, qui a envie de défoncer du monstre tout moche dans un jeu inspiré de Lovecraft ? S’il y a bien une chose qui caractérise l’oeuvre du monsieur, c’est sa perception de l’horreur. Bizarrement, les phases d’action sont en totale contradiction avec cette conception, balançant petites créatures et monstres de série B au visage du joueur. La peur de l’inconcevable ? Difficile à retranscrire, on le sait. Raison de plus pour ne pas s’y essayer !

Open world, choix trop ambitieux ?

Ce n’est pas la plus grosse tare du titre, qui finalement propose bien plus de phases d’enquête que de shoot. Non, ce qui handicape le plus ce jeu, c’est le choix du monde ouvert. The Sinking City n’est pas un jeu AAA (à gros budget). Ce n’est pas une super production. Alors pourquoi vouloir en faire des caisses ? Le simple fait de s’attaquer à l’horreur lovecraftienne est une belle ambition. C’est une tâche difficile que The Sinking City remplit en grande partie.

En revanche, le monde ouvert est une belle erreur. On passe toujours de très longues minutes à aller d’un point A à un point B (souvent en tout point identique au point A), soit à pied, soit en bateau (à peine plus rapide et souvent obligatoire), soit en passant par le voyage rapide. Dans les trois cas, c’est tout au plus fastidieux. La plus-value est inexistante, rien de ce qui est fait ne pourrait pas l’être dans une aventure plus linéaire ou via quelques menus. C’est même à se demander si le jeu n’aurait pas gagné à exister sous un autre format. Une aventure textuelle par exemple, faite uniquement de cinématiques et de menus. Après tout, les phases les plus excitantes se déroulent toutes dans le menu pause ou dans des petits espaces entièrement confinés.

LE VERDICT
MITIGÉ
5
Kurutchin
Adulescent bienheureux, tantôt compagnon d'infortune de dieux Nordiques, tantôt jardinier attitré pour des Piñatas furieuses. Dans les deux cas, c'est avec le sourire et au trot !

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