Test de The Medium (PC, Xbox Series X|S, PS5)


Développeur : Bloober Team

Éditeur : Bloober Team

Sortie : 3 septembre 2021

Supports : PC / PS5 / Xbox Series X|S

CONCLUSION

Les finitions imparfaites et le manque de budget ne sauraient taire les ambitions narratives et artistiques de Bloober Team. Certes, The Medium est pauvrement animé, manque d'optimisation et ne dispose pas des technologies de Quantic Dream pour afficher des visages criants de réalisme. Mais à aucun moment ça ne l'empêche d'être ce qu'il a envie d'être, à savoir un thriller psychologique de très haut vol, aux thématiques fortes et au rythme ciselé. The Medium prouve surtout que le paysage horrifique continue de s'étendre au-delà des frontières du walking simulator, du gore et des jump scares faciles, pour notre plus grand bonheur. Vivement la suite !

Encore inconnu il y a à peine 5 ans, le studio polonais Bloober Team a profité de quelques balades horrifiques réussies pour s’installer un nid bien douillet dans le coeur des joueurs à la recherche de sensations fortes, au point même de leur faire oublier une tentative de tirer quelque chose des films Blair Witch. Il faut dire qu’en s’associant avec Microsoft pour sortir The Medium, projet le plus ambitieux de la petite équipe et première véritable exclusivité des Xbox Series X et S, Bloober Team s’est vu propulsé sous le feu des projecteurs, malgré des moyens modestes et un amour certain pour les jeux “AA” de niche. Parce que c’est bien de ça qu’il s’agit : The Medium n’a rien d’un gros jeu, mais il a tout d’un grand. Une expérience atypique, torturée et ô combien marquante, désormais disponible sur PS5 et en version boîte sur tous les supports.

the medium screenshot test PS5
La règle aurait voulu que le début de cette nouvelle génération faite de SSD et de Teraflops en pagaille se serait fait à coups de triple A et de moyens démesurés. Il n’en fut rien. Après le douloureux report de Halo Infinite (suite à une présentation autrement plus douloureuse, soyons honnête), The Medium se trouva être la nouvelle vitrine technologique des dernières Xbox. Une position bien inconfortable pour un titre qui n’avait jamais vraiment eu vocation à décrocher les mâchoires. Heureusement pour eux, les développeurs de Bloober Team ont de la réserve et si The Medium est loin d’être aussi rutilant qu’un Gears 5, un Demon’s Souls ou un Last of Us, il a dans sa botte quelques atouts techniques impressionnants, à commencer par la notion de split screen, maintes et maintes fois mises en avant lors de sa campagne promotionnelle.

 À retrouver : À découvrir : Notre vidéo des premières minutes de The Medium.

Habituellement, le split screen est un outil dédié au multijoueur, lorsque deux joueurs ou plus se partagent un seul et même écran pour s’affronter. En solitaire, son usage est nettement moins fréquent et se limite à quelques fulgurances de mise en scène, comme dans les excellents XIII et Fahrenheit, qui l’utilisent de manière très mesurée dans leur narration. Depuis, peu de titre se sont amusés avec, ce qui fait de The Medium un quasi-pionnier dans le genre. Il a la particularité d’illustrer de nombreuses scènes sous un seul et même angle, mais rendues en double avec des pattes artistiques et des assets différents. L’effet est particulièrement réussi, mais il ne le serait pas autant s’il n’était qu’esbroufe et poudre aux yeux, pour ne pas dire cache-misère, aux yeux des joueurs. Or s’il y a bien une chose que Bloober Team fait admirablement bien avec The Medium, c’est concilier contraintes narratives et audace technique avec une maîtrise certaine.

Monde physique et monde psychique

the medium screenshot test PS5
Le split screen n’est pas là que pour faire joli, loin de là. Il est l’illustration parfaite des capacités du personnage qu’incarne le joueur, Marianne, une médium capable de percevoir à la fois le monde réel et physique, et le monde des esprits, immatériel. De cette manière, certains passages proposent d’admirer les deux “versions” d’un lieu simultanément, à l’aide d’une séparation verticale ou horizontale de l’écran. Pour ne pas abuser de son gimmick, Bloober Team procède à quelques pirouettes scénaristiques. Souvent, l’écran de jeu demeure intact. Parfois, il est divisé en deux. Et de temps à autre, on passe simplement d’un monde à l’autre sans aperçu sur “l’autre côté”. En résulte une formidable trouvaille visuelle bien pensée, utilisée avec parcimonie et pleinement justifiée par la narration.

Naturellement, les pouvoirs de médium de Marianne ne se limitent pas à couper un écran en deux ou voir des esprits flotter. Elle peut aussi libérer les esprits, explorer les souvenirs des personnes disparues ou encore balancer quelques vagues d’énergie pour se défendre et débloquer des passages. Toute nouvelle mécanique trouve un intérêt dans ce que The Medium nous raconte. Notez au passage qu’avec ce jeu, Bloober Team s’est enfin débarrassé de la “magie” de la voix-off qui nous raconte les souvenirs derrière des objets, typiques de certains jeux d’horreur, sous prétexte que c’est horrifique donc qu’on entend forcément des voix. Dans The Medium, notre personnage peut examiner des peluches, des chaussures, des livres, tout simplement parce qu’elle est médium. Dit comme ça, ça paraît bête, mais en réalité, ça change tout et ça ancre cette tendance dans une forme de “réalisme” (avec de grosses guillemets).

Tout est fait dans The Medium pour mettre le joueur dans l’inconfort et, sans surprise, ça fonctionne du feu de Dieu.

Daddy issues

the medium screenshot test PS5C’est bien beau tous ces pouvoirs, mais dans les faits, à quoi servent-ils ? À comprendre le passé de Marianne et retrouver un certain Thomas, qui semble être au courant de ses capacités hors-normes. Elle se retrouvera dans le complexe de Niwa, abandonné depuis des lustres et fruit d’une poignée de légendes urbaines peut-être pas aussi fictives qu’elles en ont l’air. C’est surtout un prétexte pour les développeurs de raconter une histoire prenante au coeur de la Pologne, très dure dans ses thématiques et jamais avare en dédales scénaristiques. Comprenez par là que The Medium s’amuse régulièrement à nous renvoyer quelques heures en arrière pour mieux comprendre les enjeux de certains personnages, car il ne s’agit pas que de l’histoire de Marianne, mais aussi de quelques autres portraits tous plus malades les uns que les autres.

The Medium est un jeu assurément sombre, qui traite avant tout d’horreur psychologique. Il fait l’impasse sur les jump scares pour mieux installer son ambiance malsaine, tendue et implacable. Par conséquent, il ne plaira pas forcément à ceux à la recherche du frisson immédiat, de la soudaineté. Son rythme, lent mais crescendo, séduira plutôt les amateurs d’une peur insidieuse, qui naît petit à petit pour finir par éclater dans une conclusion remarquable de justesse. C’est fort, merveilleusement mis en musique par deux compositeurs au top de leur forme et illustré par des artistes inspirés comme jamais. Les lieux visités dans le monde réel sont un plaisir à explorer, mais ceux du monde des esprits sont un véritable régal à admirer. Des bras par-ci, des masques en céramique par-là, de la chair en guise de portes : tout est fait pour mettre le joueur dans l’inconfort et, sans surprise, ça fonctionne du feu de Dieu.

Impairs techniques

the medium screenshot test PS5Toujours est-il que The Medium a beau être un excellent exercice d’ambiance, d’expérimentation et de mise en scène, il est impossible de ne pas noter les quelques défauts qui le gangrènent, à commencer par ses modélisations pas toujours heureuses et des animations trop datées. C’est dans ces moments-là que les capacités financières modestes de Bloober Team se font le plus ressentir, en dépit d’un énorme travail sur les décors et le choix des angles de caméra (précaculés au passage). The Medium est très beau 90% du temps, et se débrouille tant bien que mal les 10% restants. Sa finesse ne saurait rattraper le manque d’émotion sur les visages des différents protagonistes, en dehors de quelques cinématiques très efficaces.

Autre problème, moins visible mais présent dans la plupart des jeux du genre, Marianne commentant toutes ses actions, elle fait parfois preuve d’un humour… inapproprié. Pas dans ce qu’elle dit naturellement, mais simplement dans les situations traversées. Une façon de désamorcer le dramatique de ce qui se passe à l’écran ? Peut-être. Est-ce que ça marche ? Pas vraiment. Néanmoins, rien de bien pénalisant pour The Medium, qui excelle littéralement dans tout ce qu’il entreprend. Il ne souffre que d’un manque d’argent ne remettant jamais en cause les qualités de la démarche de Bloober Team, seul et unique studio polonais capable de nous offrir un jeu abouti en ces temps tourmentés.

La Two Worlds Special Launch Edition

Pour son arrivée en version physique, The Medium s’offre une Two Worlds Special Launch Edition avec quelques bonus pour 10€ supplémentaires (59,99€). En plus du jeu, les amateurs en profiteront ainsi pour récupérer un boîter Steelbook, la bande-son sur disque et un artbook.

The Medium Two Worlds Special Launch Edition Beauty shot

Ce test a été réalisé à partir d’une version fournie par l’éditeur sur Xbox Series X.

Kurutchin
Adulescent bienheureux, tantôt compagnon d'infortune de dieux Nordiques, tantôt jardinier attitré pour des Piñatas furieuses. Dans les deux cas, c'est avec le sourire et au trot !

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