Test de The Great Ace Attorney Chronicles (PC, PS4, Switch)


Développeur : Capcom

Éditeur : Capcom

Sortie : 27/07/2021

Supports : PC / PS4 / Nintendo Switch

CONCLUSION

Que l’on soit adepte ou pas du visual novel, Phoenix Wright : Ace attorney fait indéniablement partie de ces licences qui marquent le joueur au point même de lui bousculer sa perception du monde vidéoludique. Si à travers le remaster de la trilogie d’origine, Capcom offrait, à juste titre, une nouvelle portée à sa saga, avec la compilation The Great Ace Attorney Chronicles le studio propose tout simplement d’en découvrir la formule la plus aboutie. De son élégante patte artistique anglo-japonaise à son ambiance cluedo / whodunit, en passant par sa narration riche en émotion, son empreinte historique, ses mécaniques toujours aussi accrocheuses et son contenu étoffé, il en résulte même, ce qui pourrait bien être, l’œuvre la plus inspirée de Shu Takumi. En revanche, parmi les maigres affaires de défaut non-classées qu’il reste à élucider, il y en a une qui mérite une attention particulière : l’absence, encore une fois, de traduction française.

Maintenant que les monstres de Resident Evil 8 Village ont été exterminés, puis ceux de Monster Hunter Rise et Stories 2 chassés, il est temps pour Capcom de clôturer son calendrier estival en livrant une bataille d’une toute autre forme. Car ici, point d’arme létale au sens propre, mais il s’agit avant tout de brandir l’épée de la justice en allant donner une leçon de droit pénal aux monstres les plus réels : les humains. Longtemps espérés, The Great Ace Attorney : Adventures et sa suite Resolve sont enfin arrivés sur nos terres occidentales et qui plus est, réunis au sein d’une même compilation. Entièrement remastérisée, elle se nomme The Great Ace Attorney Chronicles et a tout pour convaincre.

Ab Initio

Avant tout propos, il convient d’évoquer les faits. 2001, au Japon – 9h00 (heure locale), la maison Capcom sortait sur Game Boy Advance une nouvelle licence mettant en scène les péripéties d’un avocat débutant. Baptisé Phoenix Wright : Ace Attorney, ou Gyakuten Saiban de son blase d’origine, l’appelé connaîtra un succès à la fois critique et commercial, ce qui lui vaudra, un an plus tard, une suite intitulée Justice for All et un troisième épisode, Trials of Tribulations, en 2004.

Le réalisateur lui-même, Shu Takumi, concepteur ayant notamment participé à la création de Resident Evil 2 et des deux premiers Dino Crisis, ne s’attendait pas à un tel accueil et encore moins à ce que son œuvre soit en mesure d’être exportée hors de l’archipel. C’est pourquoi, pendant un temps, à des milliers de kilomètres de là, l’Europe n’avait pas encore la chance de pouvoir toucher au phénomène. Ce n’est finalement qu’à partir de 2006 que la série prendra le cap vers l’Occident avec, pour le coup, une première remasterisation de sa trilogie d’origine sur Nintendo DS.

L’Ordre du Phoenix

Des nouvelles fonctionnalités, un nouveau nom et un nouveau public, le phénix renaissait ainsi de ses cendres. De là s’enchaînent alors, non seulement des adaptations en manga, en film et en anime, mais aussi huit nouveaux titres dont quatre spin-off pour le moins inattendus. Parmi eux, il est question non pas de faire régner la justice à travers un Japon contemporain, mais durant l’ère Meiji, aux côtés, vous le voyez venir, de Ryunosuke Naruhodo, l’ancêtre de notre célèbre Phoenix Wright (ou Ryuichi Naruhodo en vo).

Mais, une fois encore, ce prequel, intitulée The Great Ace Attorney : Adventures (Dai Gyakuten Saiban : Naruhodo Ryunosuke no Boken) , ainsi que sa séquelle, Resolve, sortis respectivement en 2015 et 2017, n’avaient jamais dépassé les frontières nippones, du moins jusqu’à présent. Après une compilation HD des trois premiers opus qui, malgré son manque d’innovation, se faisait difficilement refusée, le studio japonais a décidé de poursuivre sur sa lancée. Ce qui amène donc à la date du 27 juillet 2021, lancement du portage compilé des deux jeux autour de Ryunosuke Naruhodo.

Au nom de l’arrière-arrière-grand-père

Vous pensiez avoir tout vu, en termes de procès juridique, à travers la carrière de Nick ? Attendez de voir le parcours de son arrière-arrière-grand-papa. L’histoire s’ouvre alors que ce dernier est accusé du meurtre du Professeur John H. Wilson. Mais, bien qu’il se trouvait sur les lieux au moment du crime, et que toutes les preuves s’articulent contre lui, il n’aurait jamais pu penser à un tel acte. Bien déterminé à mettre en lumière la vérité sans que personne n’ait à mettre en jeu son honneur pour lui, notre héros, alors à peine étudiant en second cycle à l’université impériale de Yumei, prend le risque de se représenter lui-même.

Cependant, il était loin d’imaginer que son cas cachait en réalité de nombreux et lourds secrets. Entre vengeance et manœuvres politiques, jeux de mensonges ou encore conflits d’intérêt, cette enquête le mènera jusqu’aux terres sacrées de la couronne britannique, où il fera notamment la rencontre d’un certain détective du nom de Herlock Sholmes. Assisté également par Susato Miktoba, ils agiront tous ensemble afin de défendre le glaive et la balance de Thémis. Ainsi commence l’aventure qui marquera à jamais la lignée des Naruhodo. Du moins en résumé, car il serait dommage, voire délictuel, d’en dévoiler davantage sur le scénario.

Élémentaire mon cher Ryu, élémentaire !

Mais, inutile d’avoir des réserves sur la qualité d’écriture. Au-delà d’avoir été amplement inspiré, Takumi-sama livre, une fois encore, une intrigue policière des plus enivrantes. Si le casting change en même temps que l’époque, l’ambiance quant à elle, préserve soigneusement toute sa stature, et à cela, des personnages toujours aussi hauts en couleur. Le contexte à la fois temporel et géographique, mariant l’esthétique raffinée du japon de l’ère Meiji à l’élégance anglaise de l’époque victorienne, insuffle même un véritable vent de fraîcheur et de poésie. Les aficionados de Sir Arthur Conan Doyle auront de quoi se laisser facilement emporter par le récit, tant les références à l’univers de ledit écrivain ne manquent pas.

En outre, le cadre possède tout naturellement une forte densité historique. La révolution culturelle que vit la nation japonaise durant ce siècle impacte non seulement la narration, mais aussi le gameplay avec notamment des nouvelles approches d’investigation. Ici point de technologie numérique, tout doit être résolu dans les règles de l’art de l’époque et du territoire donné. Ce qui offre une savoureuse dimension artisanale. Jouer ici les limiers, en examinant les différentes scènes à la recherche d’indices, a quelque chose de plus tangible. De là, l’immersion au sein des dialogues gagnent en intensité. Et ce n’est pas les six membres du jury, auxquels le joueur doit dorénavant faire face, qui diront le contraire.

Tout est savamment mis en place pour que le joueur se sente transporté au sein d’un roman policier en tant que protagoniste principal.

Comment ne pas les évoquer ? Les procès sont, comme à l’accoutumée, de vraies pièces de théâtre où la parole est à l’humour et l’extravagance. Entre le magicien pour le moins excentrique, le vieux médecin qui n’a pas toute sa tête et la mamie qui se fait un petit tricot en pleine séance, chaque personnalité est plus loufoques, et surtout attachantes les unes que les autres. Mais mieux vaut ne pas trop se laisser prendre par leur folie. Le but est avant tout de déceler les incohérences au sein de leur témoignage. À ce titre, l’auteur ne se cache pas de jouer avec les stéréotypes culturels. Même si le tir manque parfois sa cible, les répliques et situations ne tombent jamais dans la grossièreté. Bien au contraire, la plume de Shu Takumi atteint ici une finesse des plus exemplaires.

Le coupable idéal ?

En ce diptyque, semble se cacher une lettre d’amour rendant hommage à un âge littéraire autant marqué par ses auteurs que par les mouvements qui en découlent. Aux côtés des clins d’œil à l’imaginaire doylien, se dessinent également des marques de respect envers des maîtres tels que Alexandre Dumas, Jules Vernes, Maurice Leblanc ou encore Oscar Wilde. Le joueur quant à lui plonge dans ces dix affaires avec la sensation d’être transporté dans un roman policier en tant que protagoniste principal. Tout est savamment mis en place pour maintenir en haleine de bout en bout. Entre suspense et mystères, les rebondissements se bousculent, tandis que la manette reste collée aux mains.

Portée par des cordes aux archets romanesques, des instruments à vents largement dominés par le soufflet des accordéons, et des corps de percussions aux accents épiques, la bande-son participe incontestablement à la grandeur du voyage. Son compositeur, Yasumasa Kitagawa (Professeur Layton VS Phoenix Wright : Ace Attorney, Mega Man X Legacy Collection 1 et 2) a réussi avec brio à matérialiser toute l’aura énigmatique qui en émane. De sa baquette, il laisse entendre les rouages et mécaniques d’un esprit en travail. Pour au final se montrer aussi pointilleux, subtile, étonnant et parfois même espiègle envers ses gammes que peut l’être le jeu envers le joueur.

Bien évidemment, la direction artistique mêlant cel-shading 3D et arrière-plan pictural, n’est pas en reste. Bien plus lisse et chatoyant que sur la monture 3DS, l’enrobage visuelle est baignée d’une atmosphère qui laisse difficilement indifférent. Entre les bancs cirés des tribunaux, les ruelles londoniennes aux parfums quelque peu steampunk, le cottage reposant au milieu des landes ou encore le sombre manoir à la Agatha Christie, tout y est pour se mettre dans la peau du justicier enquêteur.

Maître Naruhodo

Au milieu de ces charmants décors, on en oublierait presque le manque de traduction. En effet, jusqu’à que Capcom veuille bien intégrer un patch linguistique, il faudra se contenter des sous-titres en anglais. Le ton étant par moment assez soutenu, il se pourrait que parmi les moins à l’aise avec la langue, il y’en ait qui se perdent à l’intersection de certaines tournures ou autres expressions. Même si dans les grandes lignes, la trame reste accessible, il faut néanmoins bien garder à l’esprit que, de par le genre, le gameplay se veut très verbeux. Mais inutile de reculer pour autant. Afin de pallier à une certaine difficulté de compréhension et ne pas mettre ainsi une part des néophytes sur la touche, cette édition Chronicles propose un mode story qui, comme son nom l’indique, se concentre sur le déroulement de l’histoire en s’occupant de résoudre automatiquement les divers puzzles.

Les procès sont de véritables pièces de théâtre où la parole est à l’humour et l’extravagance.

L’autre grande spécificité de ce remaster est assurément son contenu additionnel. Les fans ou simples curieux auront de quoi faire : une galerie renfermant illustrations et dessins préparatoires, un auditorium dédié à la bande originale et aux données sonores et, pour les amateurs de textile, des costumes alternatifs. Enfin, Capcom semble également avoir entendu les critiques portées à l’égard de l’Ace Attorney Trilogy au sujet de l’absence de nouveautés. Car, ce ne sont pas moins de huit mini-chapitres, de surcroît, riche en détails et révélations, qui viennent s’ajouter aux campagnes principales. Et même après la palpitante cinquantaine d’heures que regroupent les deux volets, la seule envie est de continuer à crier « objection ». En fin de compte, il serait criminel de notre part de vous déconseiller de ne pas rejoindre le barreau des Naruhodo.

Ce test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée, fournie par l’éditeur, sur Nintendo Switch.

Mr.J
Aucun super-pouvoir, gameplay limité, fait partie du comité de protection des licornes. Recherche en vain cet alter ego qui lui permettra de mener à bien sa vendetta - "The monster you created has returned to kill you"

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