Test de The Caligula Effect : Overdose (PS4, Nintendo Switch)

Ce test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée, fournie par l’éditeur, sur Nintendo Switch.

Un animatrix signé Aquria

Les années lycées ne sont pas synonymes de bons moments pour tout le monde. Beaucoup de changements interviennent durant cette période et peuvent désorienter les jeunes élèves. Ce n’est donc pas anodin que The Caligula Effect ait choisi de prendre un tel cadre pour dessiner son histoire. Nous avons là les aventures d’un groupe de lycéens qui ,lors de leur rentrée scolaire, vont découvrir que le monde dans lequel ils se trouvent n’est pas réel.

Certains individus se mettent à se comporter bizarrement, une étrange musique résonne dans les couloirs de l’établissement et une demoiselle du nom de μ (Myu) apparaît et se dit être la créatrice de cet endroit qu’elle nomme Moebius. Ainsi, afin de comprendre ce qui se passe et de trouver un moyen de revenir par la même occasion dans la réalité, nos innocents petits élèves vont décider de se réunir et de créer un club baptisé “Go Home”.

The Caligula Effect : exorcisme

Bien évidemment, les héros que l’on dirige n’ont pas été choisis au hasard. Ils ont chacun développé ce que l’on appelle le Catharsis Effect, un don qui leur permet de maîtriser leurs émotions les plus sombres comme la peur et la colère et de les matérialiser en de puissantes armes. C’est d’ailleurs le point du vue du protagoniste ayant manifesté en premier un tel pouvoir que le joueur suivra plus particulièrement. Il est même possible de choisir au préalable son sexe et son nom bien que cela n’ait pas d’incidence directe sur la progression du jeu.

Que l’on soit une femme ou un homme notre pouvoir prend la forme de deux gros pistolets et les maux qui rongent les cœurs de notre troupe restent les mêmes. Quoi qu’il en soit, cette capacité va surtout leur être indispensable afin de libérer les Digiheads, des êtres qui, contrairement aux membres du club, n’ont pas eu la chance de pouvoir canaliser leurs traumatismes personnels. Errant telles des âmes perdues, ces personnes sont reconnaissables grâce aux bugs qu’elles présentent sur leur corps. Malheureusement, pour délivrer nos camarades de leurs tourments, il n’y a pas d’autre solution que de les affronter.

Là où The Caligula Effect fait preuve d’une grande habileté, c’est lorsqu’il utilise son gameplay pour enrichir son propos.

Le scénario est signé Tadashi Satomi connu principalement pour avoir écrit l’histoire des deux premiers Persona, et cela se sent. La ressemblance entre la célèbre série de RPG d’Atlus et celle de FuRyu se situe non seulement dans la narration mais aussi dans les thèmes abordés. En effet, bien qu’ils soient très nombreux, les dialogues savent nous tenir en haleine avec des sujets qui nous invitent à nous interroger non seulement sur notre condition sociale mais aussi sur ce qu’est une société et cela, de manière parfois bien subtile. De plus, toutes ces questions ne manquent pas d’être d’actualité en étant intelligemment traitées dans un contexte où le virtuel et le réel tendent à se confondre. Mais là où le jeu fait preuve d’une grande habileté, c’est en utilisant son gameplay pour enrichir son propos.

Minority Report

Depuis le milieu de la 7ème génération de consoles, il devient de plus en plus difficile de trouver des jeux de rôles japonais qui arrivent véritablement à faire avancer les codes du genre en proposant quelque chose d’innovant. Certains préfèrent se cantonner à un schéma classique au risque de trop désorienter le joueur, pendant que d’autres n’hésitent pas à changer complètement leur position initiale pour aller vers un type d’action plus occidental. Contre toute attente, The Caligula Effect fait partie de ceux qui réussissent à se créer une vraie identité, notamment grâce à un système en tour par tour novateur. À la frontière entre temps réel et à tour de rôle, les combats s’organisent à travers une jauge ATB qui pour le coup, ne nuit pas au rythme de l’action.

Tout d’abord, il s’agit pour le joueur de sélectionner trois mouvements à effectuer pour les quatre membres de son équipe. C’est bien beau, me direz-vous, mais où est la particularité de ce type d’affrontement ? La donne prend une tout autre tournure grâce au fait qu’il soit possible de voir le futur, du moins à l’avance le déroulement de nos commandes mais aussi les combinaisons adverses. Cette gestion temporelle permet ainsi d’établir un plan stratégique. L’importance n’est pas uniquement de choisir les bons enchaînements mais aussi le bon timing.

Une fois l’opération enclenchée, la fresque ATB devient une véritable partition de musique où le joueur prend place en tant que maestro qui veille à ce que le tempo soit bien respecté. Le rythme ne manque d’ailleurs pas de monter d’un cran lorsque les combos prennent un peu de verticalité. Car en effet, une attaque combinée ou une parade bien placée peuvent amener la danse à poursuivre dans les airs, ce qui ne laisse plus beaucoup de chance à la partie opposée de s”en sortir. Utiliser un champ lexical autour de l”art musical pour illustrer un tel spectacle n”est d”ailleurs pas gratuit étant donné que les antagonistes principaux sont une idole et ses musiciens.

Néanmoins, même si la boule de cristal est dans notre camp, la difficulté n’est pas pour autant absente du champ de bataille, surtout que nos coups n’atteignent pas forcément notre cible. Chaque adversaire dispose d’un niveau de risque qui indique plus ou moins sa capacité à rompre notre assaut. Il faut par conséquent, bien réfléchir et être avant tout suffisamment préparé, avant de partir à leur rencontre. Mais un rang élevé de risque ne se traduit pas non plus par un match à sens unique. En effet, si les choses tournent mal, il est toujours possible de décharger notre pouvoir spécial, le fameux Overdose Skill, qui une fois rempli peut clairement faire tourner la bataille à notre avantage.

Donjons & Gardons

N’est pas Persona qui veut. Jusque-là, The Caligula Effect avait tout pour devenir une licence aussi marquante que celle d’Atlus. Toutefois, au-delà de son gameplay innovant et son scénario bien taillé, la recette qu’offre Furyu ne se montre pas assez relevée en fin de compte. Non seulement les donjons souffrent d’une forte répétitivité, un défaut souvent reproché aux Shin Megami Tensei, mais contrairement à ces derniers rien n’est proposé en contrepartie pour casser la routine.

Au-delà du gameplay innovant et du scénario bien taillé, la recette qu’offre Furyu ne se montre pas assez relevée en fin de compte.

Le level-design en couloir rend la progression linéaire et très monotone. On a vite l’impression de faire constamment le même circuit, à savoir franchir un labyrinthe où se terrent quelques obstacles physiques, avant de battre l’un des Ostinato Musicians qui sont en d’autres mots, les boss du jeu. Cette construction est assez ironique sachant que l’Ostinato est un terme musical qui désigne une composition où se joue en boucle le même arrangement de notes ; un procédé qui est d’ailleurs subtilement repris pour l’OST de chacun de ces personnages.

“Vous les copains, je ne vous oublierai jamais”

Ceux cherchant un peu de contenu annexe pourront toujours essayer de trouver de quoi faire à travers les activités sociales. Le jeu compte pas moins de 500 PNJ avec lesquels le joueur peut se lier d’amitié. Certains d’entre-eux peuvent donner lieu à des quêtes de traumatismes qui une fois accomplies, offrent de nombreuses récompenses. A l’instar du Social Link des Persona, nous pouvons retrouver notre progression de nos relations et débloquer de sympathiques compétences à travers le Causality Link. Toutefois, en plus d’être assez inégales concernant leur qualité d’écriture, les interactions avec ces figurants prennent pour la plupart des formes similaires. Encore une fois, le sentiment de remplir constamment les mêmes cases apparaît rapidement.

On pourrait simplement croire que la répétition des mécanismes soit utilisée volontairement de manière à enrober la sensation d’enfermement ; le joueur ne pouvant ainsi pas échapper à un cycle sans fin. Toutefois, l’illusion est loin de marcher dans le bon sens et porte davantage préjudice à l’expérience de jeu. Il reste tout de même à saluer le travail sur la bande-son et la direction artistique des personnages. Pour la musique nous retrouvons Tsukasa Masuke, connu pour avoir composé une grande partie des bandes-originales des Shin Megami Tensei et qui, pour l’occasion, s’est entouré de célèbres artistes tels que PolyphonicBranch, OSTER Project ou encore UtsuP. Autant dire que les amateurs de Vocaloid et de J-Pop en général auront de quoi s’ambiancer.

La partie chara-design est, quant à elle, née de l’imagination d’Oguchi, un jeune dessinateur issu de l’animation japonaise (Kantai Collection : KanColle). Son trait fin et soigné permet d’oublier un tant soit peu la pauvreté des environnements dont certains auraient clairement mérité d’être plus inspirés. Pour contrebalancer, la mise en scène bénéficie de temps à autre de cinématiques entièrement en anime ce qui ne manque pas de faire son effet. En somme, The Caligula Effect : Overdose donne l’impression de jouer à la marelle sans savoir sur quel pied avancer. Il aurait gagné en qualité s’il était allé au bout de ses idées. Autrement dit, le RPG d’Aquria dispose des compétences nécessaires pour valider son année scolaire mais n’a malheureusement pas de quoi s’en sortir avec mention.

LE VERDICT
PERD SON A
6
Mr.J
Aucun super-pouvoir, gameplay limité, fait partie du comité de protection des licornes. Recherche en vain cet alter ego qui lui permettra de mener à bien sa vendetta - "The monster you created has returned to kill you"

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