Test de Super Lucky’s Tale (PC, Xbox One)

Ce test a été réalisé à partir d’une version physique sur Xbox One, fournie par l’éditeur.

21th Century Fox

Plutôt habitué à flâner au bord de son étang préféré, Lucky se retrouve embarqué bien malgré lui à l’intérieur même d’un bouquin, le Livre des Âges. Malheureusement pour lui, il n’est pas seul. Jinx et sa terrible bande de Mistigris (ça ne s’invente pas) font le voyage eux-aussi et c’est ainsi que débute Super Lucky’s Tale. On ne va pas se mentir, l’écriture ne mérite pas un Pullitzer. Un héros mignon trop mignon, des méchants vraiment trop méchants, on est ici en plein bac à sable. Pensé pour des enfants, Super Lucky’s Tale ne prétend pas être plus malin qu’il ne l’est. Son histoire simpliste le rend accessible aux (tout) petits et même si le genre nous avait habitué à des choses autrement plus travaillées, on n’en tiendra pas rigueur. Parce que Lucky et son monde ont un capital choupinitude irrésistible. Impossible de ne pas esquisser un sourire en découvrant le concert de vers de terre ou de ne pas fondre devant les cris des fantômes. Même les chats-boss ne demandent qu’à être cajolés. Cette espèce de machination rejoint le complot My Little Pony : ces œuvres veulent faire de nous des fragiles. Sans surprise, ça marche.

Pour autant, ce n’est pas l’habillage qui fait le jeu (sauf si vous êtes David Cage), mais bien le gameplay. Autant la direction artistique remporte vite l’adhésion, autant le cœur du jeu a de quoi laisser perplexe. Non pas que Super Lucky’s Tale soit injouable ou particulièrement mal foutu, loin de là. Il respecte un cahier des charges trop peu chargé. Le renard se manie comme tous les meilleurs, en moins bien. Il a la même panoplie de mouvements, en moins riche. Il doit remplir les mêmes objectifs, en moins grande quantité. Il est le jeu de la minoration, incapable qu’il est de délivrer autre chose que de la copie bon marché d’une élite qu’il semble visiblement s’interdire d’atteindre. De la simple collecte de pièces au lever de trèfle final, impossible de ne pas voir ses influences. Dommage que le jeu de Playful ne cherche même pas à prendre au moins une de ses influences pour essayer de la surpasser et se créer une identité propre. Pourtant la variété est au rendez-vous, entre puzzles, plates-formes et niveaux façon Super Monkey Ball. Hélas, tout est si réchauffé que même un enfant aurait du mal à y trouver son compte.

Dans un sens, il est presque positif de savoir que cette fadeur ne s’étale que sur une poignée d’heures et on en vient à bout avec une extrême facilité. Imaginez la difficulté du tutoriel de Knack 2, en boucle pendant 6 heures. C’est approximativement le temps que nous avons mis pour atteindre les 100%. C’est court. Très court. Trop court ? Pas vraiment, si on considère que quelques heures supplémentaires auraient été un supplice. Malgré sa variété, le jeu ne se renouvelle qu’assez peu et il est radin en tout : en challenge, en contenu, en originalité, en ambition.

Fox angine

Petite particularité tout de même, Super Lucky’s Tale est un jeu de line-up, un porte-étendard, celui de la Xbox One X, aka la console la plus puissante jamais sortie. C’est plutôt culotté quand on offre un titre techniquement aussi abouti que le premier Viva Piñata (et encore). Le jeu ne brille jamais par ses effets et s’est même permis de crasher sur notre machine. On est loin de la richesse visuelle de Super Mario Odyssey et encore plus de la maestria technique de Ratchet & Clank, qui, on le rappelle, date de 2016. A ce stade, Super Lucky’s Tale n’est même pas mineur, il est tout juste anecdotique. Même à côté de Crash Bandicoot N’Sane Trilogy, Lucky le renard fait un peu tâche. On saluera tout de même un solide framerate, même en 4K. On se console comme on peut.

Malgré toutes ces tares, Super Lucky’s Tales fonctionne à peu près, pendant un temps. Ses dialogues niais mais pas bêtes pour autant (et même drôles parfois), le charme de son univers, son immédiateté, tous ces éléments font qu’on accroche au résultat final. Son petit prix fait passer la pilule et c’est sans déplaisir que l’on parcourt l’aventure. Il aurait pu être bien meilleur si Playful avait compris une évidence : les enfants jouent déjà à Mario et à Ratchet. Ce n’est pas en simplifiant un jeu à l’extrême qu’on rend un jeu accessible à tous. Tout ce que Playful a fait, c’est supprimer intégralement toute notion de butoir dans la progression, une notion nécessaire pour gratifier la progression du joueur et le pousser à continuer l’aventure.

LE VERDICT
PAS SI RUSÉ
5
Adulescent bienheureux, adepte des causes perdues et du tabassage en règle de Piñatas.