Test de Red Dead Redemption 2(PS4)

Ce test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée fournie par l’éditeur, sur PS4.

Dutch qualität

Red Dead Redemption 2 n’est en fait pas une suite, mais plutôt un préquel. John Marston est bel et bien là, mais le héros est cette fois-ci un certain Arthur Morgan, dont on suit les aventures, même s’il n’est pas uniquement question de lui. En réalité le nouveau titre de Rockstar décide en fait de raconter l’histoire de tout un groupe de hors-la-loi fuyant loin de Blackwater après un casse ayant très mal tourné. Cette petite famille un peu spéciale obéit aux ordres de Dutch, la figure paternelle, personnage charismatique et quasi gourou tout puissant de cette communauté. Considérant ses ouailles comme ses fils et filles, l’homme fait tout son possible pour les protéger en les tenant à l’écart des forces de l’ordre, des gangs ennemis ou encore des villages en établissant leur camp dans un coin reculé, loin de la population. Mais les habitudes ont la vie dure et les envies de braquages ne sont jamais très loin. Après tout, pourquoi tourner le dos à de l’argent aussi facile ? Quitte à parfois prendre un peu trop de risques et éveiller des doutes chez ses compagnons. Dont Arthur Morgan. Si, au début, le héros n’hésite pas à obéir les yeux fermés aux demandes de son ”père” – au risque d’être un peu trop lisse pendant de nombreuses heures de jeu, il va petit à petit mettre en doute sa morale et ses décisions.

Une évolution vraiment intéressante tant elle laisse le temps au joueur d’apprivoiser ce nouveau héros, de s’y identifier et de le personnaliser avant de le voir s’étoffer de lui-même, exprimer ses idées, prendre des décisions collant un peu plus à sa morale, et ainsi de suite. Et les personnalités de Morgan et Dutch ne sont pas les seules à avoir été peaufinées de la sorte, la petite famille de ce Red Dead Redemption 2 mettant en avant une poignée de personnages intéressants même si tous plus ou moins clichés, comme John Marston, bien entendu, mais aussi la forte tête Sadie Adler ou encore l’imprévisible Micah Bell. Et avec un scénario s’étalant sur une bonne cinquantaine d’heures, ce travail d’écriture était indispensable pour que les joueurs s’attachent à cette communauté de hors-la-loi. Même si l’on peut regretter quelques idées de mise en scène parfois un peu bancales, Rockstar a tout de même globalement fait un excellent boulot à ce niveau-là, et le (long) voyage aux côtés de tout ce beau monde est un réel plaisir. Le campement est vivant, on s’interpelle, on s’insulte, on joue aux cartes, on chante, on en apprend plus sur le passé de tel ou tel personnage, et toutes ces petites interactions viennent renforcer la sympathie que l’on a pour eux. Tant et si bien que l’on prend toujours plaisir à partir en mission avec les uns et les autres, même pour des choses assez peu intéressantes en soi, telle une partie de pêche tout ce qu’il y a de plus banale.

Far West, rien de nouveau

Mais ces missions restent très peu nombreuses, la plupart des quêtes comprenant dans la grande majorité des cas une ou plusieurs phases de gunfights. Malheureusement, ces derniers ne se montrent guère intéressants : trop faciles (surtout lorsque l’on utilise le Sang Froid), trop mous, parfois un peu fouillis, vite répétitifs, ces passages sont en fait plus un prétexte à, une fois de plus, étoffer les relations entre les personnages et comprendre un peu plus leurs envies et leurs motivations. Et cet élément de gameplay n’est hélas pas le seul sur lequel on aurait des choses à redire. On pense tout d’abord au héros, Arthur Morgan, qui se montre affreusement lourd dans ses déplacements et prend tout son temps pour effectuer l’action qu’on lui demande de faire. Et encore, ça c’est quand il obéit, car il lui arrive parfois d’en faire un peu à sa tête, en sautant sur une caisse au lieu de se mettre à couvert derrière ou en prenant un corps sur ses épaules au lieu de fouiller le tiroir d’à côté, la faute aussi à des commandes étrangement attribuées. Toujours en ce qui concerne la fouille, par exemple, les boutons ne sont pas les mêmes pour un corps ou pour une armoire. Autant dire que l’on s’emmêle facilement les pinceaux.

Tant et si bien que l’on prend toujours plaisir à partir en mission avec les uns et les autres, même pour des choses assez peu intéressantes en soi, telle une partie de pêche tout ce qu’il y a de plus banale.

Surtout lorsque l’on rajoute par-dessus cela le fait que ces actions contextuelles demandent trois manières différentes d’être exécutées : soit en pompant sur le bouton, soit en appuyant une fois dessus, soit en le maintenant enfoncé. Un élément un peu lourdingue, qui vient s’ajouter à d’autres idées pas vraiment heureuses, comme la roue des armes et objets qui n’est clairement pas un modèle d’ergonomie. Mais la palme de l’agacement revient tout de même au cheval, que Rockstar a voulu rendre le plus réaliste possible, quitte à y perdre en fun. Elle est bien loin la facilité d’accès du canasson d’un Assassin’s Creed : Odyssey, par exemple. On a beau le siffler, il ne vient pas s’il se trouve trop loin, il n’évite pas les arbres et se les prend donc souvent en pleine face si l’on n’y prend pas garde, il trébuche facilement sur de petits rochers et refuse de grimper des pentes un peu trop ardues. On est donc bien loin du feeling “jeu vidéo” habituel à ce niveau-là, ce qui en rebutera sans doute plus d’un. Et c’est sans compter sur de vilains bugs se faisant parfois sentir, comme un cheval qui va se jeter sous une diligence passant à côté ou tout simplement tombant sans raison apparente. Autant dire que l’on a bien plus envie de le dépecer que de le nourrir, le réconforter ou le brosser, mais tous ces éléments sont obligatoires pour faire grimper le lien d’affection entre le héros et sa monture, rendant cette dernière plus performante.

Chasse sauvage

Et si le joueur doit chouchouter son cheval, il ne doit pas non plus oublier de s’occuper de son personnage principal. Manger en quantité suffisante pour garder un poids dans la moyenne, s’habiller plus ou moins chaudement en fonction de l’environnement, se raser et se coiffer, modifier sa tenue… Il y a pas mal de choses à faire avec Arthur Morgan et si la plupart de ces éléments n’a pas un grand intérêt au niveau du gameplay, il est nécessaire de le faire manger plus ou moins régulièrement (voire de le laisser se reposer) pour garder ses ”noyaux” de santé et d’énergie pleins. Plus ces derniers sont remplis et plus ils permettent au cowboy de se régénérer plus vite, il est donc indispensable de toujours garder un œil sur ces derniers, même si ce système reste tout de même beaucoup plus souple que dans un jeu de survie. Si les noyaux ne peuvent être améliorés, ce n’est en revanche pas le cas des jauges, représentées sous forme de fragments. Au départ peu nombreux, ces fragments augmentent au fur et à mesure de la progression du joueur, rendant Morgan plus solide et plus endurant. Et si jamais ces jauges mettent un peu trop de temps à se remplir, il suffit de donner un petit remontant au héros, comme du tabac ou de l’alcool.

Il est donc important de toujours garder un peu de nourriture et de remontants sur soi et dans la selle du cheval. Heureusement, Red Dead Redemption 2 se montre extrêmement généreux à ce niveau-là, tout comme avec les munitions. La fouille minutieuse de chaque cadavre que l’on laisse dans notre sillage renferme toujours un petit quelque chose d’intéressant, même si le plus rapide reste de récupérer tous ces éléments au camp de base. A condition en tout cas de le gérer correctement. Car le titre de Rockstar propose aussi tout un pan gestion, même si ce dernier reste relativement simple : on rapporte de l’argent ou des objets précieux au camp afin de faire grimper la cagnotte. Une fois cette dernière suffisamment élevée, on peut alors acheter des améliorations, comme le fait d’avoir davantage de nourriture dans la cuisine ou de munitions sous la tente du héros. Il suffit ensuite de se servir avant de partir en missions, quelles qu’elles soient. Le joueur peut également décider d’aller chasser le gibier, histoire de ramener de quoi faire un ragoût et nourrir toute la famille. Rien de plus facile avec l’aptitude Œil de Lynx qui, une fois activée, permet de repérer les odeurs des animaux afin de les retrouver plus facilement.

Les mystères de l’Ouest

Comme la plupart des open-world actuels, Red Dead Redemption 2 est plus que généreux sur son contenu. Mais il n’est nulle question d’une map bardée de symboles, au risque de frôler l’overdose : ici, la carte est épurée et n’affiche que le strict minimum, comme les icônes des magasins ou celles des missions principales et annexes. Mais le jeu de Rockstar propose surtout moult événements ponctuels poppant plus ou moins régulièrement sur le chemin du joueur, histoire de le détourner de son objectif et de rallonger encore une durée de vie déjà plus que solide. Ici une diligence à braquer, là un prisonnier à libérer, de ce coté-là un PNJ qui demande de l’aide, de ce côté-ci une personne à ramener chez elle – des quêtes Uber, en somme, qui cohabitent avec les éternelles quêtes FedEx. Et c’est sans parler évidemment sur divers mini-jeux totalement chronophages, tel les jeux de cartes, ou encore les dominos, ainsi que sur quelques magasins permettant de toujours plus personnaliser son aventure, par exemple aux écuries ou chez l’armurier. Bref, on ne s’ennuie jamais et il y a toujours un petit quelque chose à faire au Far West, quitte à parfois perdre de longues heures de sa vie.

Un souci du détail qui se ressent également dans la réalisation de cet épisode, tout simplement bluffante. Le monde de ce Red Dead Redemption 2 est incroyablement criant de réalisme et l’on sent dès les premières secondes que les artistes ont chouchouté au maximum leur bébé. Le désert aride du premier opus a laissé sa place ici à de la végétation verdoyante, de grandes plaines bordées de rivières ou encore des forêts plus ou moins touffues. Des panoramas sublimes, débordant de nombreuses formes de vie – les équipes ayant développé quelques 200 sortes d’animaux différents – cohérentes avec leur environnement (les alligators, par exemple, sont à aller traquer dans le bayou), soutenus par des jeux d’ombre et de lumière maîtrisés de bout en bout et par une météo dynamique rendant le tout encore plus crédible. Si l’on évoquait un peu plus haut les heures perdues dans des mini-jeux ou des événements ponctuels, ce titre invite aussi le joueur à simplement contempler la nature, modélisée dans toute sa splendeur, en se baladant tranquillement à dos de cheval, sans se soucier du reste. Jusqu’à ce que des chasseurs de primes leur tombe dessus, mais c’est une autre histoire. Précisons, pour finir sur cet aspect technique, que ce test a été réalisé sur une PlayStation 4 classique : si, évidemment, tous ces décors sont un peu moins fouillés que sur une version Pro ou une Xbox One X et que les animations des visages sont moins fines, le tout reste tout de même largement au-dessus de ce que propose une grosse partie de la concurrence.

Arthur Morgan, hors-la-loi

Enfin, il serait injuste de ne pas rendre hommage aux artistes s’étant occupé du sound design. En tous moments, les musiques du bébé de Rockstar sonnent justes, tout comme les bruitages, et l’on est en permanence accompagné par des notes collant parfaitement à l’ambiance du moment. On peut ainsi passer d’une ambiance légère, gazouillis d’oiseaux et bruits de sabots durant une balade à cheval, à quelque chose de bien plus oppressant lorsque l’on rentre dans la tanière d’un couguar ou que l’on traîne un peu trop tard dans la forêt et que les loups tournent autour de Morgan. Un Morgan d’ailleurs redoutablement bien joué par son doubleur, tout comme tous les personnages que l’on peut rencontrer durant l’aventure, les acteurs ayant fait un vrai bon boulot. Hélas pour les allergiques à l’anglais, aucun doublage français n’est de mise, seuls les sous-titres sont disponibles dans la langue de Molière. De quoi peut-être en gêner certains durant les phases de dialogues pouvant survenir lors de longues chevauchées, même si le mode cinématique permet de remédier au problème, le cheval se dirigeant alors tout seul, laissant tout le loisir au joueur de se concentrer sur les discussions. À condition toutefois d’accepter de parfois rencontrer quelques soucis de pathfinding.

LE VERDICT
CHEVAUCHÉE FANTASTIQUE
9
Shauni
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