« Oz didn’t make you a bitch. You were born one. »

Si vous faites parties de ceux qui ont dévoré la série TV Oz ou de ceux qui ne jurent que par l’âge d’or des jeux de gestion, alors vous avez déjà certainement entendu parler de Prison Architect. En proposant son projet en Early Access il y a trois années de cela, l’équipe d’Introversion Software (Darwinia, DEFCON) s’est donnée le temps de peaufiner un soft qui ne cache donc pas ses inspirations mais qui, surtout, a habilement accueilli, mise à jour après mise à jour, un lot incroyable de fonctionnalités. Et même si l’on salue son long parcours qui devrait inspirer un grand nombre de titres lancés trop tôt ou en étant trop mal finis, ce dont il est question aujourd’hui c’est bel et bien de Prison Architect version 1.0, officiellement libéré début octobre en échange d’une caution de 30€. Une libération pour bonne conduite certainement, tant cette gestion carcérale a de belles choses à nous soumettre. Sa Campagne, tout d’abord, n’est pas vraiment le genre de mode qui va vous captiver de longues heures durant. Il s’agit en réalité d’un didacticiel en cinq chapitres, sur fond d’un scénario bien ficelé à base de mafia et d’un monde bien évidemment corrompu.

Un lot de 5 missions qui sont prétextes à nous en apprendre davantage sur les éléments de base de construction et de gestion d’une prison, même si cette Campagne aborde parfois des choses que l’on ne voit pas forcément durant les premières heures de jeu en mode Libre. On pense notamment à la chaise électrique, une scène forte qui intervient dès les premières minutes de jeu et qui, tout en nous apprenant à construire une salle et tout ce qui va avec, nous prouve que Prison Architect aborde un univers fort, mature. La Campagne permet aussi de se familiariser avec une interface de prime abord effrayante, avec ses grandes colonnes pleines d’icônes comme autant d’éléments à prendre en compte, ses onglets pour les données un peu plus subtiles et sa barre d’informations pour un regard global et rapide de la situation du moment. Impressionnante certes, mais finalement assez claire et capable de tout proposer en un minimum de clics, l’interface de Prison Architect assure comme il faut.

Se lancer dans le mode libre du jeu n’est pas chose aisée, même après avoir plié le didacticiel. On le répète, le titre d’Introversion Software est intimidant et même après une dizaine d’heures au compteur, on se surprend à tourner en rond en cherchant quelque chose que l’on sait pourtant sous notre nez, au point de nous frustrer au plus haut point. Patience, une dizaine d’heures de plus et vous voilà prêt à affronter l’univers carcéral en étant capable d’en gérer tous les aspects. Construire une nouvelle prison c’est bien, mais développer un réseau électrique de manière intelligente, veiller à ce que l’eau soit accessible partout, à ce que chaque prisonnier soit enfermé dans une cellule adaptée (en fonction de sa dangerosité), à ce que telle porte soit adaptée à telle structure, faire attention à disposer d’une cantine assez grande, surveiller les ouvriers lors d’une construction et encadrer les pompiers si une intervention est nécessaire, organiser les rondes des gardes, gérer le bien-être de ses prisonniers ou choisir de tout diriger d’une main de fer, créer une armurerie “au cas où” en prenant le risque que cela se retourne contre nous, développer la sécurité en abolissant le moindre moment d’intimité ou tout faire pour la future réinsertion des fautifs bref, il y a énormément de choses à prendre en compte dans Prison Architect. Autant sur un plan uniquement architectural que tout ce qui concerne la gestion, nous voilà ici face à un jeu qui trouve le parfait équilibre entre le plaisir de concevoir et celui de voir notre petit monde tourner.

Prison Break

Attention tout de même, l’idée d’Introversion Software est de coller au plus près de la réalité carcérale et il n’est pas possible de faire n’importe quoi trop longtemps, sous peine de se voir sanctionner. Insistons donc sur l’un des ingrédients clés du jeu : la mise en place de différents programmes (cure de désintoxication, thérapie comportementale, remise à niveau scolaire, cours de menuiserie, etc.) privilégiant la réinsertion. Là encore, il ne suffit pas de bêtement créer un programme et de laisser faire puisque à chaque formation lancée, il faut revoir le planning des prisonniers et veiller à ce qu’ils soient envoyés dans un cours adapté à leur profil (imaginez une scie qui se retrouve entre de mauvaises mains…). Se faire taper sur les doigts par ses supérieurs n’est pas la seule voie qui mène à l’échec dans Prison Architect puisque ne pas être capable de maîtriser une émeute, laisser les gardes armés faire un peu trop de zèle ou encore laisser un groupe de prisonniers se faire la malle grâce au bon vieux tunnel creusé sous la prison sont des événements qui peuvent précipiter notre brillante carrière vers le gouffre.

Ils sont rares les jeux de gestion à proposer une expérience aussi passionnante et chronophage que celle de Prison Architect.

Faire de son établissement carcéral une référence n’est donc pas si simple et au-delà de tous les paramètres à gérer, il faut aussi surveiller l’argent à disposition. Pas assez de sous pour perfectionner votre infirmerie ou améliorer le confort du chef de la prison ? Pas de panique, il suffit de faire trimer les prisonniers via les différents ateliers à mettre en place. Une bonne idée puisqu’en plus d’améliorer nos finances, certains pensionnaires seront bien heureux de se voir confier des tâches plus divertissantes qu’à l’accoutumée. On peut aussi choisir de gagner plus d’argent en augmentant le nombre de cellules et donc en accueillant davantage de prisonniers, au risque alors de n’avoir que de petites cellules peu accueillantes et une population carcérale à la fois grandissante et bien sur les nerfs. Le choix ne tient qu’au joueur et c’est aussi une force de Prison Architect qui nous laisse le loisir d’utiliser ses outils pour bâtir et diriger une prison à notre manière, en fonction de nos envies. Pour apporter un peu de piment au train-train carcéral, des objectifs dynamiques viennent nous challenger et permettent, eux-aussi, de gagner de la monnaie mais au détriment, parfois, des règles que l’on a voulu instaurer.

Des exemples de ce qu’il est possible de faire dans Prison Architect, il en existe tellement que le jeu semble sans réelle limite. Et si certains trouvent une lassitude à gérer leur établissement, ils peuvent se tourner vers le mode Évasion. On y incarne un prisonnier dont l’objectif est aussi simple que complexe : s’évader. On se rend compte alors que tous les ingrédients du jeu d’Introversion Software se retournent contre nous, mais aussi qu’il existe de nombreuses failles que l’on peut apprendre à exploiter pour réussir à se faire la malle. Se tailler une réputation, créer son propre gang et développer une économie parallèle sont autant d’éléments à découvrir dans ce mode exigeant qui demande beaucoup de patience et pas mal de filouterie. Et pour peu que l’évasion deviennent votre spécialité, il est possible de récupérer via Steam Workshop des scénarios créés par d’autres joueurs avec leurs propres règles. Enfin, terminons par un petit mot sur la réalisation minimaliste de Prison Architect, un aspect qui ne surprendra pas ceux qui connaissent bien les autres productions des développeurs mais qui ne nous empêche pas de regretter un manque d’ambition.

LE VERDICT
ESCAPE GAME
8
Jerem
Passionné de jeux vidéo depuis qu'il est en âge de tenir un pad, adepte de la news publiée 24h/24 et du test relu 10 fois. Râleur pro et gros consommateur du café.

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