Test de Predator : Hunting Grounds (PS4, PC)

CONCLUSION

Si la distinction entre le bon et le mauvais chasseur a toujours posé problème, Predator : Hunting Grounds ne va pas y apporter davantage de clarté. Entre une réalisation en dents de scie et une optimisation loin d’être fonctionnelle, le spécimen n’excelle pas vraiment dans son domaine. Et il a beau utiliser sa capacité d’invisibilité, les défauts restent tout de même bien visibles. Néanmoins, il se montre comme une adaptation correcte qui sait exploiter les éléments identitaires de l’oeuvre d’origine pour construire son gameplay. Bien qu’il soit avant tout dédié aux fans de la saga cinématographique, le titre de Illfonic ne manque pas de bonnes idées qui plairont aux amateurs d’épreuves multi asymétriques. Il lui faudrait améliorer son équipement tout en ajoutant des cordes à son arc... La chasse pourra-t-elle alors s’ouvrir à un plus large public ?

Véritable icône de la pop-culture qui peut se vanter d’avoir battu Superman, massacré le casting de Mortal Kombat ou encore d’avoir épaulé les Ghosts de Call of Duty, le Predator est de retour au devant de la scène vidéoludique afin d’honorer son rang. Accompagné par le studio Illfonic, il s’attaque cette fois à une proie délicate : le multi asymétrique. Bon ou mauvais chasseur ? Une chose est sûre, dans la jungle de Predator : Hunting Grounds, tout le monde vous entendra crier.

Predator vs. the World

Non content de ne faire qu’une furtive apparition lors d’un événement spécial de Ghost Recon : Wildlands, ou d’être toujours exposé aux côtés de son grand rival, le Xenomorphe de Alien, le puissant Predator s’est dit qu’il était temps de partir chasser dans son propre jeu.

L’extraterrestre féru de dépeçage a donc profité du State of Play organisé par Sony en mai 2019 pour annoncer Predator : Hunting Grounds. Un retour inattendu autant dans son fond que dans sa forme puisqu’il ne s’agit pas d’un jeu d’action-aventure classique, mais une expérience multijoueur menée par le studio Illfonic à qui l’on doit une autre adaptation d’une grande série de slasher : Friday The 13th The Game.

Il ne serait d’ailleurs pas étonnant d’apprendre que Friday The 13th The Game était omniprésent lors de la création du projet Predator : Hunting Grounds, tant son ADN y est lié. Mais si l’assassinat d’adolescents dans un camp de vacances est réservé à Jason Voorhees, dans le cas présent il est question d’aller traquer des humains en pleine jungle d’Amérique centrale. Les habitués aux compétitions asymétriques l’auront vite décelé, les rencontres se jouent en 1 contre 4 avec, d’un côté, le joueur qui incarne le Predator féroce et surarmé en technologie et, de l’autre, ceux qui composent l’escouade. Mais contrairement aux autres titres du genre, Hunting Grounds innove quelque peu la recette en y ajoutant une dimension PvE, elle-même saupoudrée d’une pointe de narration.

Rendez-vous en terre connue

Apercu trial weekend predator hunting groundsEt les fans peuvent d’ores et déjà se rassurer car parmi les quatre films qui composent la saga cinématographique (sans compter les crossover), c’est bel et bien le long métrage de 1987 qui fait office ici de background, du moins sous une allure plus contemporaine. Un groupe de quatre agents d’élite est envoyé dans les profondeurs hostiles et exotiques du Guatemala afin de démanteler un cartel de drogue. Cependant, leur mission va être perturbée par une menace bien plus grande et étrange. Il pèse 190 kg de muscles et mesure 2m20. Reconnaissable par ses dreadlocks et sa gueule de porte-bonheur, il s’agit bien évidemment du Predator.

De ce point de vue, le principe même de la créature imaginée par les frères Thomas n’a assurément aucun mal à coller au jeu du chat et de la souris. Les règles de cette chasse à l’homme sont d’ailleurs on ne peut plus simples. En incarnant un des marines, le but est tout naturellement de survivre. Pour ce faire, il doit veiller au bon déroulement de la mission car c’est uniquement une fois tous les objectifs accomplis qu’un hélicoptère viendra exécuter son extraction. De la cible à éliminer aux documents confidentiels à télécharger, en passant par le sabotage de matériel ou la récupération de reliques volées, les ordres sont multiples mais pas pour autant difficiles à surmonter en tant que tel.

Apercu trial weekend predator hunting groundsEn plus d’être assez timides en réponse, les guérilleros contrôlés par l’IA se montrent peu gênés par notre présence. Ils ont davantage tendance à servir d’amuse-bouches avant l’arrivée du monstre qu’à réellement pimenter l’action. Leur rôle aurait ainsi mérité plus du subtilité, d’autant plus que leur localisation, qui se situe principalement dans les zones d’intérêt, est indiquée sur la mini-carte.

Quoi qu’il en soit, ces criminels, aussi bien équipés qu’ils soient, ne volent en aucun cas la vedette au fameux Yautja dont l’aura envahit littéralement toute l’atmosphère. Mais qu’en est-il réellement lorsque celui-ci se trouve sous notre contrôle ? Retrouve t-on la puissance impérieuse de ce boogeyman extraterrestre une fois manette en main ? La réponse n’est pas aussi évidente qu’il n’y paraît dans ce Predator : Hunting Grounds.

“Le Diable qui se fait des trophées avec des hommes”

Une fois larguée de son vaisseau, la créature n’a qu’une seule idée en tête : ramener des souvenirs de type osseux de son voyage. Il lui revient ainsi d’aller massacrer les quatre marines en leur soutirant crâne et colonne vertébrale. Au-delà de sa force et de son agilité qui lui permettent de bondir haut dans les airs et de se déplacer d’arbre en arbre, la bébête dispose de tout un éventail d’armes et de gadgets pour se faire plaisir lors de sa séance de chasse. Capacité d’invisibilité, canon laser à l’épaule, lance télescopique, double lames au poignet, piège à ours, pistolet à filet d’acier ou encore disque télécommandé, tout y est pour permettre aux fans de rejouer les scènes emblématiques de la saga.

Apercu trial weekend predator hunting groundsEn ce sens, il y a un réel plaisir à avancer dans la jungle en mode invisible tout en observant par le biais de la vision thermique les mouvements de nos proies sans qu’elles puissent nous voir. Pour autant, le sentiment de domination n’est pas aussi fort qu’à travers le rôle de Jason des Enfers dans le jeu Vendredi 13. Bien qu’il dispose de la technologie dernier cri de sa planète, le Predator n’en demeure en réalité pas moins une créature mortelle. Il serait d’ailleurs une erreur de foncer tête baissée sur nos cibles, surtout lorsque celles-ci sont réunies. Il suffit que le quatuor arrive à encercler la bête et à concentrer ses tirs sur elle pour voir la victoire se profiler. Il leur restera ainsi à sortir de la zone d’autodestruction émise par le Predator et l’affaire sera dans le sac.

A vrai dire, dès lors que la coopération est bien gérée, les rôles du chasseur et du chassé ont tendance à se confondre. D’autant plus qu’un commando tombé au combat n’est pas synonyme de mort définitive. Les survivants restants peuvent accomplir des opérations de sauvetage faisant ressusciter ledit camarade décédé. Le joueur contrôlant le Predator voit quant à lui sa partition partir en fumée, ce qui, autrement dit, remet tout simplement les compteurs à zéro. Le seul moyen de s’en sortir véritablement est d’utiliser efficacement les caractéristiques de sa classe ; quatre pour les humains (Assaut, Éclaireur, Soutien et Ranger) face à trois pour le monstre (Chasseur, Éclaireur et Berserker). Aussi prenante que stressante, cette configuration pousse à revoir constamment sa stratégie ; le but étant pour chacun de devenir non pas l’objet mais le meneur de la traque.

Aiguises moi ça !

predator hunting grounds screenshot testCette manière de se chercher, qui rappelle étroitement le défunt Evolve de Turtle Rock Studios, fonctionne bien. Bien que le fait de disposer d’un arsenal tende à avantager le camp des humains, la tension n’en reste pas moins palpable et cela du début jusqu’à la fin. Toutefois, là où le bât blesse, c’est au niveau de la réalisation. Les développeurs semblent en effet avoir été trop ambitieux dans la création des environnements. Loin d’être des plus laides, les différentes jungles sont surtout volumineuses et extrêmement denses.

Si ce n’est en soit pas un défaut, il le devient lorsque l’optimisation n’est pas au point. La traversée des marécages, des stations scientifiques, des champs de coca ou des anciens sites Maya est plus que gâchée par des problèmes de framerate et d’aliasing. À cela s’ajoutent des soucis de scintillement et une mauvaise gestion des contrastes, rendant ainsi la lisibilité de l’action fort laborieuse, voire quasi-impossible par moment.

Le Predator est d’ailleurs le premier à en pâtir car contrairement au gameplay des commandos qui se joue en caméra subjective, lui doit composer avec une vue TPS. Cela permet certes de profiter de l’esthétique du mastodonte mais n’aide pour ainsi dire ni l’immersion, ni la lecture des combats. De leurs côtés, les soldats terriens ne s’en tirent pas non plus indemnes.

La partie FPS fait dans le classique. Et si elle ne cherche à révolutionner le genre à aucun moment, elle est en plus perfectible dans ce qu’elle fait. Cela s’explique notamment par une certaine discordance entre le rythme de la pièce et le comportement de ses acteurs. Si en effet la trame d’une match se montre nerveuse et dynamique, notre personnage a du mal à suivre la cadence avec ses lourdes rangers. Mais au-delà de la raideur des déplacements, c’est surtout la prise en main des armes qui manque véritablement de consistance et d’impact.

Pred, à tort ou à raison

predator hunting grounds screenshot testCette adaptation d’une des plus grandes sagas cinématographiques de science-fiction n’est donc pas forcément à conseiller à ceux cherchant un shooter exigeant. L’accent est avant tout mis sur le plaisir coopératif et bien évidemment le fan-service. Sur ce dernier point, Illfonic réussit encore une fois un quasi sans faute. Que ce soit dans son ambiance ou sa direction artistique, Predator : Hunting Grounds fait admirablement honneur à l’oeuvre de John Mctiernan, à commencer par sa bande-son. En plus des bruitages et des répliques cultes, qui bénéficient d’un doublage en français, le jeu reprend les musiques percutantes et sauvages d’Alan Silvestri.

Il sera également difficile pour tout bon fan de la série de rester insensible face à la section customisation tant elle regorge de clins d’oeil. Chaque affrontement est l’occasion de remporter à la fois des XP et de la monnaie virtuelle nommée Véritanium. Si le premier élément permet de faire évoluer notre classe en débloquant de l’équipement et des atouts, le second trouve son utilité dans l’achat d’objet de personnalisation (à la carte ou via des lootboxes). Entre le physique, la tenue et les accessoires, le joueur dispose de tout un éventail de choix esthétiques pour offrir un minimum de style à son héros. La palme revient évidemment au Yautja qui a droit à tous les skins des différents films et même à une Predator femelle.

predator hunting grounds gif femelle

En revanche du côté adverse, les possibilités se veulent bien moins impactantes. Il aurait été plutôt amusant de pouvoir interpréter l’une des figures star de la licence comme George Dillon, Bill Duke ou même Mike Harrigan du second volet. Mais, il en est pour l’instant rien. Pour cela, il faudra attendre semble t-il les différents DLC payants dont le premier inclura l’apparence de Dutch interprété par Arnold Schwarzenegger.

predator hunting grounds screenshot testPredator : Hunting Grounds a fait ainsi le choix de se donner corps et âme à la cause des multi au gameplay asymétrique, un genre aussi intéressant à découvrir que risqué à préserver. Ses tares, et plus particulièrement son manque de contenu, semblent toutefois lui tracer un avenir quelque tortueux. Pour l’heure, seuls trois terrains de chasse, à la géographie qui plus est très similaire, sont disponibles. Aucune campagne solo n’étant proposée, il en devient ainsi difficile de ne pas tomber dans une certaine monotonie. Et ce n’est pas le système de progression, aussi riche qu’il soit, qui va permettre de tenir en haleine. D’autant plus lorsque l’état actuel du matchmaking n’est pas à la hauteur. Il faut en effet se montrer bien patient avant de trouver une partie et doublement, voire plus, en tant que Predator.

Pourtant, l’expérience de Hunting Grounds ne manque pas de potentiel, notamment dans sa manière d’inverser la formule. Sa composante coopérative est d’ailleurs mieux gérée que dans la production précédente des développeurs. Malheureusement, sans correction ni activité complémentaire, il se pourrait bien que notre rasta de l’espace soit contraint de rentrer bredouille sur sa planète.

Ce test a été réalisé à partir du version dématérialisée, fournie par l’éditeur, sur Playstation 4.

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Mr.J
Aucun super-pouvoir, gameplay limité, fait partie du comité de protection des licornes. Recherche en vain cet alter ego qui lui permettra de mener à bien sa vendetta - "The monster you created has returned to kill you"

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