Test de Persona 5 Strikers (PS4, PC, Nintendo Switch)

CONCLUSION

Lorsqu'il s'agit d'aborder l'adaptation d'une œuvre dans le style Musou, les chances de tomber sur un simple skin accolé à l'architecture des Warriors sont plutôt élevées. Mais il semblerait que, depuis quelque temps, Koei Tecmo soit bien résolu à imposer une nouvelle cadence. Après un Hyrule Warriors : l'Ère du Fléau fort convaincant, le studio se joint à Altus et P-Studio pour proposer Persona 5 Strikers, une formule hybride - avec d'un côté, l'écriture soignée des Persona et, de l'autre, l'action intense des beat'em all de masse. En dépit d'un manque de contenu annexe et d'une technique qui commence à dater, la réunion des deux forces réussit à merveilleusement retranscrire la philosophie du voyage sans même réévaluer la notion de liberté. Sans pour autant prétendre vouloir surpasser ses aînés, Persona 5 Strikers représente ainsi un tournant autant pour le genre que pour les marques.

Après avoir enflammé les pistes de danse à travers des jeux de rythme, fait parler les poings sur le ring au sein de jeux de baston ou encore croisé ses univers dans des Dungeon Crawler, la série des Persona, avant tout connue en tant que représentante du JRPG à l’ancienne, s’attaque à présent au genre des Musou. Au programme, de l’action en pagaille, de la Metanoïa psychologique, des montagnes russes émotionnelles et de la découverte culturelle. Préparez vos bagages ! Persona 5 Strikers vous embarque pour un sacré voyage.

Bas les Masques !

persona 5 strikers screenshot testCrossover, jeu de cartes, de réflexion, de sport, de société ou même pachinko, contrairement à la vision occidentale, il n’est pas rare de voir une licence japonaise prendre au cours de sa vie différentes formes et couleurs. Parmi les plus expressives, celles de la maison Atlus savent bien se défendre. Il suffit de jeter un coup d’œil à la cinquantaine de jeux que comptent les Shin Megami Tensei pour voir à qui on a affaire. Bien décidé à continuer d’explorer différents horizons, le studio avait d’ailleurs fait part en 2015, suite à un sondage du magazine Weekly Famitsu concernant les franchises de jeux que son lectorat souhaitait voir adapté en Musou / Warriors, de sa volonté à s’essayer à un tel genre, notamment avec la série des Persona.

Cinq ans ont passé et voilà que la graine germe en apparaissant sous le nom de Persona 5 Scramble : The Phantom Strikers, un action RPG développé par Omega Force de Koei Tecmo, en collaboration avec Atlus et P-Studio. Ceci étant dit, voir un tel projet passer les frontières de l’archipel n’était pas forcément gagné d’avance. Mais c’était sans compter le succès, autant critique que commercial, que Persona 5 et son édition Royal ont recueilli à travers le monde.

Au-delà même d’avoir redonné au JRPG ses lettres de noblesse, ce diptyque a aidé de manière générale la culture vidéoludique nippone à prendre de la voix à l’international, ce qui a sans doute dû faire grandement pencher la balance en faveur de l’exportation. C’est donc en échange d’une année de patience que les fans occidentaux peuvent à présent mettre la main sur ce Persona 5 Strikers qui, sans trop de justification, verra effectivement en chemin son titre amputer d’une partie – en espérant que ce soit la seule chose.

Persona 5 R-2

persona 5 strikers art test 2Si cela n’était pas totalement clair jusqu’à présent au vu des trailers, il s’agit bel et bien ici de la suite de Persona 5. L’histoire de Strikers se place en effet juste quelques mois après les affaires survenues dans Royal. Il est donc fortement conseillé d’avoir terminé ce dernier pour pouvoir comprendre pleinement l’intrigue, ou ne serait-ce qu’apprécier les liens entre les personnages. D’autant plus que la licence et de manière générale, celle des Shin Megami Tensei ne font jamais dans la simplicité lorsqu’il s’agit de monter une trame narrative. Néanmoins, bien que le studio mère se soit occupé de l’écriture, il ne faut pas s’attendre non plus à ce que le scénario de cette séquelle surpasse ce qui a été fait avant.

La crise identitaire, le harcèlement, la corruption politique, ou encore la manipulation de masse, les thèmes et autres problématiques sociales abordés se veulent dans la continuité des autres épisodes, voire déjà traités pour certains. En revanche, leur traitement se veut toujours d’une grande profondeur, et ce n’est certainement pas la longueur des dialogues qui dira le contraire. En effet, ceux n’étant pas habitués doivent bien avoir en tête que de nombreuses lignes de textes les attendent avant de passer à l’action.

Alice in Borderland

persona 5 strikers screenshot testNous retrouvons ainsi notre fine équipe de voleurs alors qu’elle a décidé de se réunir pour passer les vacances d’été ensemble. Mais à peine ont-ils le temps de savourer leur retrouvailles à Tokyo que nos malheureux voient leur plan être chamboulé. En effet, dès la nuit de son arrivée, Joker reçoit la visite de Larenza qui l’avertit d’un cataclysme sans précédent. Aussitôt mis en garde, lui, Ryuji et Morgana auront rapidement de quoi confirmer les prédictions de leur prophétesse, notamment en faisant la rencontre d’une idole connue sous le nom d’Alice Hiiragi.

La qualité du scénario de Persona 5 Strikers est plutôt exceptionnelle en comparaison avec ce qu’il se fait habituellement du côté des Musou.

Loin d’être bienveillante, cette dernière les invite à rejoindre l’espace “Wonderland” de l’application dite lifestyle en vogue, EMMA, suite à quoi ils vont se retrouver transporter dans une zone inconnue du Metaverse. Sur les lieux, ils se font appréhender et capturer par le service d’accueil, à savoir une armée de Shadows. C’est après un petit interrogatoire mené par Alice elle-même, sous sa forme obscure, que notre trio se fait alors secourir par Sophia, une IA humanoïde doté d’une grande force et d’une profonde sensibilité.

persona 5 strikers screenshot testDe retour à la réalité, le groupe découvre en fait qu’une grande partie de la population de Shibuya se trouve sous l’emprise de ladite starlette dont le pouvoir est de voler le désir de ses victimes. Comme si cela ne suffisait pas, un membre de la police préfectorale de Kyoto du nom de Zenkichi Hasegawa vient les informer des soupçons qui sont portés à leur égard concernant les récents cas de changements de cœur qui ont touché le pays. Étant toutefois convaincu de leur innocence, le jeune agent leur prie d’accepter la coopération, auquel cas il serait obligé de les arrêter. Avec quelques réserves, les Phantom Thieves se soumettent alors à sa requête, ce qui marque pour eux le début d’un road trip à travers le Japon afin de rétablir l’ordre et la justice.

Encore une fois, même si le scénario accordera peu de surprise, voire aucune aux connaisseurs de la licence, il n’en reste pas moins important de souligner que sa qualité est plutôt exceptionnelle en comparaison avec ce qu’il se fait habituellement du côté des Musou. Et il est d’autant plus plaisant de pouvoir retrouver nos personnages, après une année scolaire plutôt mouvementée, dans une ambiance estivale qui sent bon la carte postale, les chansons à partager en voiture et les pique-niques sur les airs de repos.

Yoi tabi o ! (Bon voyage en japonais)

persona 5 strikers screenshot testL’heure est, vous l’aurez compris, au voyage. Les obligations scolaires n’étant plus à l’ordre du jour, l’organisation quotidienne se base essentiellement sur les excursions justicières et les activités touristiques. Plus exactement, les journées se clôturent uniquement dès lors qu’un élément scénaristique a été complété. Il n’y a donc pas à proprement parler de restriction de temps, ce qui permet de profiter plus librement de l’aventure. Mais si cette nouvelle structure agit de manière globale en faveur du rythme, elle n’est malheureusement pas pleinement exploitée.

Mise à part des requêtes facultatives qui s’ajoutent au fil de l’aventure, en demandant par exemple à nos héros d’éliminer des Shadows spéciales, de résoudre des énigmes ou trouver des objets spécifiques, les vacances se déroulent de manière assez linéaire. Il n’aurait donc pas été de trop d’avoir quelques loisirs ou autres mini-jeux en complément, dans le but de rendre l’expédition encore plus entraînante.

persona 5 strikers art testParmi les changements, le système autour des relations sociales n’a plus exactement la même place et forme qu’auparavant. Tout est cette fois condensé à l’intérieur d’une barre dite de lien qui se remplit en fonction de nos offensives, de nos découvertes et des répliques choisies durant nos discussions. Une fois complétée, cette jauge donne accès à des points de compétences qui, comme leur nom l’indique, servent à développer différents segments de performances, en allant des dégâts physiques au coup d’utilisation de la mana, en passant par le nombre d’objet récupéré lors de l’exploration ou encore le prix des produits vendus en boutique. Autrement dit, négliger le rapport de nos amis revient à rendre l’aventure et plus précisément notre avancée au sein des donjons beaucoup plus compliquée.

Mettons de côté les Palais de l’épisode principal, notre fine équipe n’évolue plus dans ces donjons dont la structure était conçue autour d’une seule et même bâtisse close. Cette fois, il s’agit de nettoyer le miroitement ou la version altérée d’une ville entière qu’il convient d’appeler Prison. Dans le fond, le principe reste le même. Les Phantom Thieves doivent s’infiltrer afin de trouver et voler le cœur du fauteur de trouble, le gardien de la cité pénitentiaire : le Monarque. Bien évidemment, afin de ne pas rendre la tâche trop facile, des hordes de Shadows barreront la route de nos héros en faisant office de service de sécurité.

Touiller le Muso

persona 5 strikers art test Arrive à présent la partie qui aura sans doute déstabilisé plus d’un à l’annonce du projet, à savoir les combats. Pour ceux à l’inverse qui seraient parvenus jusqu’ici sans en être informés, Persona 5 Strikers marque l’introduction de la licence dans le genre Musou. Du moins, il s’en rapproche car si dans le cas présent, la structure en tour par tour laisse sa place à de l’action en temps réel, elle ne se donne pas pour autant corps et âme aux traditions du hack’n slash. Contrairement en effet à la plupart des œuvres estampillées Warriors qui mettent largement en valeur l’art du bourrinage, les affrontements invitent ici à davantage adopter une approche furtive et tactique.

Et pour cause, les adversaires ne fourmillent pas abondamment à travers la map tels des pions se demandant le pourquoi de leur présence. Les Shadows sont avant tout les protecteurs des Prisons. Ils rôdent attentivement dans les rues, bien déterminés à montrer la porte de sortie à toute intrusion. Ce n’est que lorsque l’assaut est entrepris que les lieux deviennent une arène où apparaît un bataillon prêt à en découdre. Qui plus est, une certaine verticalité est venue s’adjoindre au level-design en contrepartie d’une architecture dorénavant divisée en plusieurs zones, donnant ainsi un peu plus d’épaisseur au système d’embuscade intégré dans le jeu d’origine. Bien évidemment, comme auparavant, cette opération est fortement recommandée afin de prendre l’ascendant sur l’adversaire en début de rencontre, sachant qu’à l’inverse, toute interpellation aura pour effet d’assommer notre troupe tout en augmentant leur taux de recherche.

Si la structure en tour par tour de Persona 5 Strikers laisse sa place à de l’action en temps réel, elle ne se donne pas pour autant corps et âme aux traditions du hack’n slash.

We live in a society

persona 5 strikers screenshot testUne fois la transition marquée, les personae entrent en scène et les choses sérieuses commencent vraiment. L’alchimie entre nos héros et leur manifestation intérieure spirituelle crée d’ailleurs cette variété au niveau du gameplay qui manque généralement au sein des Musou. Non seulement, le duo Carré / Triangle (Y / X) offre une liste bien portante de combos, mais la magie fait aussi son entrée en apportant toute cette profondeur à la dimension stratégique. En ce sens, chaque ennemi dissimule une faiblesse selon un tableau élémentaire. Feu, glace, électricité, vent ou encore lumière, l’issue de la bataille dépendra de la manière dont le joueur saura tirer profit de la bonne combinaison. C’est d’ailleurs dans ce cadre que l’aspect tactical prend pleinement forme puisque la partie se met automatiquement en pause le temps de choisir avec R1 ( R ) son persona et / ou ses sorts à lancer.

En outre, à défaut de pouvoir donner des ordres à ses partenaires, il est désormais possible d’en prendre entièrement le contrôle, ce qui ne manque pas d’étendre la palette de coups, et celle des plaisirs par la même occasion. Lancer une compétence spéciale, poursuivre sur une attaque de transfert ou finir sur un assaut général, chaque personnage sait se montrer convaincant dans l’art de casser des gueules à des ombres. Ajoutez à cela, les armes à distance ainsi que les éléments de décor à utiliser, et vous obtenez une dynamique extrêmement captivante et jouissive. Il est toutefois dommage que des problèmes de caméra et une surcharge d’effets visuels viennent perturber la lisibilité du spectacle.

persona 5 strikers screenshot testDe plus, il faut bien souligner que d’un point de vue technique, Persona 5 Strikers commence à accuser un certain retard, surtout en le comparant avec un Final Fantasy VII Remake (sorti au Japon la même année). Cette qualité esthétique peut certes se justifier par la présence du jeu sur Nintendo Switch. Il n’empêche que pour les plus regardants, et notamment du côté des possesseurs de PS4, certaines textures et modélisations auront de quoi facilement rebuter. Les équipes créatrices auraient, de ce fait, tout à gagner en choisissant d’opter pour un moteur plus performant.

L’art de la Métanoïa

En revanche, le style artistique mélangeant pop art façon Andy Warhol et le crayonnage à la Monkey Punch fait heureusement toujours autant son effet. Les défauts sévissant par-ci, par-là du paysage auront vite fait de quoi rapidement prendre une autre couleur face à la magie qui gravite autour des environnements. Entre les temples de Sendai, les jardins de Sapporo, les plages d’Okinawa ou encore les quartiers animés d’Osaka, le travail de l’ambiance de la part des développeurs est encore une fois pleinement à saluer. Il en va de même de la bande-son qui bénéficie désormais d’une enveloppe mélodique plus frénétique et rugissante, afin de coller davantage à la rapidité des combats. Autant dire que la collab rock’n groove de Atsushi Kitajoh, Gota Masuoka et Shoji Meguro fait encore des merveilles.

persona 5 strikers screenshot testQu’on le veuille ou non, la fin fait partie du voyage. Vient alors le moment du retour, de dire au revoir à ses compagnons et la nostalgie prend place en compagnie d’une envie profonde d’en vivre davantage. Pour autant, aucun mode alternatif, ni même narration à embranchements multiples comme ce fut le cas précédemment, n’est ici proposé, histoire d’étendre le plaisir ou de justifier le démarrage d’un nouveau tour. Il reste tout de même que la durée du trajet se veut déjà fort conséquente. Sans compter les missions secondaires et le post game qui ajoute quelques boss supplémentaires, une trentaine d’heures est à estimer pour pouvoir finir la campagne principale. Persona 5 Strikers est indéniablement une destination à saisir, voire obligatoire pour tout bon fan du genre et / ou de la licence. Au-delà d’offrir à cette dernière une structure plus libre et ouverte, l’hybridation résultant de la rencontre d’Altus et d’Omega Force s’insère comme une nouvelle proposition dans l’apanage vidéoludique, du moins il tend à donner l’élan à une sous-catégorie du Musou.

persona 5 strikers art test

Ce test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée, fournie par l’éditeur, sur PlayStation 4.

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Mr.J
Aucun super-pouvoir, gameplay limité, fait partie du comité de protection des licornes. Recherche en vain cet alter ego qui lui permettra de mener à bien sa vendetta - "The monster you created has returned to kill you"

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