Test de Observer : System Redux (PC, PlayStation, Xbox)


Développeur : Bloober Team

Éditeur : Bloober Team

Sortie : 23 juillet 2021

Supports : PC / PS4 / PS5 / Xbox Series X / Xbox Series S

CONCLUSION

S’adonner à Observer, c’est accepter de s’immerger dans un futur tout sauf enviable, à travers un huis-clos parfaitement ficelé, maîtrisé de la première à la dernière seconde. Naturellement, l’intensité et la noirceur de l’aventure nous poussent à le déconseiller aux âmes les plus sensibles, les équipes créatives de Bloober Team n’étant jamais les plus frileuses pour mettre les deux pieds dans le plat. Mais tout amateur d’horreur psychologique se doit de jeter un œil à la meilleure production polonaise de la décennie. C’est dit.

Au début de l’année 2021, entre deux confinements, sortait The Medium, le dernier jeu en date de Bloober Team. À l’époque, certains le qualifiaient de titre le plus ambitieux de la petite équipe, quand d’autres en faisaient même la plus grande réussite des développeurs Polonais. Si nous sommes d’accord pour ce qui est de l’ambition, difficile d’approuver la seconde affirmation, la faute à un autre jeu sorti quatre ans auparavant, Observer, alors que Bloober Team n’avait pour ainsi dire que deux très bons Layers of Fear à son actif. Depuis, le techno-thriller a eu droit à une ressortie du plus bel effet sur consoles next-gen. Une version Observer : System Redux, excellente occasion pour (re)plonger dans les méandres de l’immeuble le plus terrifiant de la dysto-sphère.

Craquage à Krakovie

Observer System Redux screenshot test jeuxvideo24Le cyberpunk est un genre qui, depuis ses débuts il y a plusieurs décennies, se caractérise non pas par des bugs à outrance, mais plutôt par une ambiance futuriste bien peu jouasse. En s’inscrivant dans un cadre très “Blade Runneresque”, Observer ne trahit pas les principes de ce genre ô combien apprécié des nerds du monde entier. En revanche, contrairement à leurs confrères de CD Projekt ou Reikon Games, pour qui le cyberpunk rime avec cool par on ne sait quelle opération du Saint-Esprit, les polonais de Bloober Team ont mis de côté toute forme d’attirance pour plonger les joueurs dans un univers crade, rugueux et, disons-le, un tantinet flippant.

Il faut dire que son intrigue ne prête pas trop à la rigolade puisque le joueur y incarne Daniel Lazarski, un “Observer” justement. Membre d’une police capable d’entrer dans la tête de la population pour résoudre ses enquêtes. Notre personnage se retrouve coincé dans un immeuble après avoir reçu un appel de son fils, Adam, et s’être rendu sur les lieux d’un crime sordide. Voilà une excellente base à un “walking simulator” plus habile que la moyenne. Où le simple fait de parcourir l’environnement ne suffit pas à faire avancer une histoire linéaire dénuée d’interactions, bien au contraire. Ici, sans non plus parler d’une liberté totale, Observer nous laisse quelque peu livrés à nous-mêmes dans un environnement unique quasi-hostile. À la recherche d’indices, de traces et de suspects à interroger, un excellent prétexte pour utiliser l’attirail mis à notre disposition.

Implant sans accroc

Observer System Redux screenshot test jeuxvideo24L’observation, en dehors de la vue du joueur qui servira déjà à repérer les plus gros indices, se fera au travers de différents types de scanners. Ces outils sont capables de détecter tous les câbles et autres taches de sang nécessaires à la progression de notre enquête. Parce qu’il s’agit bien d’une enquête, menée en solitaire par notre personnage, coupé du reste du monde et avec pour seuls interlocuteurs les étranges locataires de l’immeuble. On passe ainsi de porte en porte, à la recherche de la moindre petite donnée utile qui pourrait appuyer les découvertes faites à l’aide de nos scanners. Parfois, les personnages n’ont rien de bien passionnant à raconter et on découvre simplement des tranches de vie pas forcément réjouissantes. De temps à autre, ils ont même un petit quelque chose à nous demander, enrichissant légèrement un journal de bord chiche en missions mais riche en informations.

Bloober Team fait fort, s’appropriant sans mal les codes d’un sous-genre de la science-fiction très apprécié et trop souvent mal exploité.

Là où Observer se distingue vraiment des autres “simulateurs de marche”, c’est dans le sentiment qu’il donne au joueur d’être réellement acteur de l’histoire racontée par Bloober Team. Loin d’être en mode pilote automatique comme 90% des autres jeux du genre, Observer s’apprécie comme un polar interactif bien troussé, avec ce qu’il faut d’interaction et de liberté pour ne pas donner l’impression de n’être qu’un joli couloir, et suffisamment de mise en scène pour que le joueur puisse appréhender ce que l’équipe de développeurs a écrit pour lui. À ce petit jeu, il faut dire que Bloober Team fait fort, s’appropriant sans mal les codes d’un sous-genre de la SF très apprécié et trop souvent mal exploité. Nombreuses sont les œuvres qui aimeraient parler de transhumanisme, d’addiction et de virtuel, mais rares sont celles qui parviennent à en véhiculer toute l’angoisse. En optant pour un axe horrifique, Bloober approche le genre cyberpunk par sa dimension la plus cauchemardesque possible. Cela se matérialise par le principal problème des Observers qui, à force de jouer avec les souvenirs d’autrui, finissent eux-mêmes par perdre pied.

What’s in your head…

Observer System Redux screenshot test jeuxvideo24Devenir Observer, c’est accepter de faire un grand pas dans l’inconnu et ainsi risquer de se perdre dans les souvenirs d’autrui. S’immiscer dans la tête de quelqu’un à l’aide du “Mange-Rêve”, surtout dans une société aussi décadente, n’a rien d’une promenade de santé. Non pas parce que le challenge est relevé, bien au contraire puisqu’il s’agit des passages les plus dirigistes du jeu, mais plutôt parce qu’ils révèlent des visions terrifiantes. En jouant à fond la carte du glitch et d’un rythme ultra soutenu, Observer balance à la tronche du joueur des images torturées, parfois épileptiques et suffisamment fortes pour marquer sur la durée. La bande originale y revête une importance particulière, en appuyant chaque nouvelle horrible trouvaille par des sons stridents.

Surtout, ces séquences évitent de tomber dans le piège de la redite. En s’enfonçant de plus en plus loin dans la tête de ses “victimes”, l’enquêteur mêle sa propre réalité à des souvenirs impliquant pêle-mêle l’usage de drogue, un séjour en prison ou encore des machines à laver. Difficile dès lors de distinguer le vrai du faux, ce qui appartient au fouillé et les souvenirs du fouilleur. Terrible, immersif et probablement ce que le jeu vidéo a produit de plus angoissant depuis un bail. Comme quoi, il est possible de traiter de thématiques futuristes sérieuses sans avoir à se vautrer dans la coolitude forcée avec nonchalance !

Ce test a été réalisé à partir d’une version physique, fournie par l’éditeur, sur Xbox Series X.

Kurutchin
Adulescent bienheureux, tantôt compagnon d'infortune de dieux Nordiques, tantôt jardinier attitré pour des Piñatas furieuses. Dans les deux cas, c'est avec le sourire et au trot !

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