Test de No Straight Roads (PC, PS4, Xbox One, Nintendo Switch)

CONCLUSION

Pour son tout premier album vidéoludique, Metronomik frappe fort en plaçant le sound design au centre de son concept. Autant pour son ambiance métaphysique que pour son gameplay survitaminé, No Straight Roads est ce type de composition qui résonne longtemps dans la tête, et cela en dépit de ses tares. Les férus de challenge rythmique n’auront aucun mal à prendre leur pied dans les combats nerveux de cette aventure, pendant que les mélomanes apprécieront sa bande-son éclectique. Au-delà d’être un hommage au médium qu’est la musique, NSR est un bel hymne au monde du jeu vidéo.

Composer une bande-son est devenue pratiquement un chaînon indissociable de la conception vidéoludique. En revanche, intégrer la musique dans la construction du game design relève d’une toute autre entreprise, et pas des moindres. Pourtant, c’est bel et bien la mission que le petit studio malaisien indépendant Metronomik s’est donné pour sa toute première oeuvre, intitulée nos premières impressions sur No Straight Roads. À présent disponible dans les bacs, après plus de trois ans de développement, il est heure de répondre à nos réserves, notamment en ce qui concerne la personnalité propre du titre. Place à la musique !

Le Rock ne meurt jamais !

no straight roads screenshotLa musique comme langage universel ? À cette question, No Straight Roads pourrait bien avoir des pistes de réponse. Porté par l’amour de la musique, et surtout du rock, le groupe Bunk Bed Junction incarné par Mayday et Zuk, une guitariste et un batteur hors pairs, se présente à une audition façon téléréalité dans le but d’intégrer la NSR (pour “No Straight Roads”).

Cette compagnie réunit les meilleurs artistes afin de générer l’électricité de Vinyle City grâce au pouvoir de la musique. Mais malgré son talent, le duo est recalé, notamment pour avoir jouer du rock, un genre, selon les juges, démodé contrairement à l’électro. Non content d’avoir échoué, tout en étant persuadés d’avoir été sujets à une machination, nos héros vont alors se lancer dans une vendetta en donnant une bonne leçon de musique aux membres du NSR.

Si le thème de la vengeance fait souvent l’effet d’un disque rayé, l’histoire de NSR ne tient pas uniquement sur le caractère rancunier de nos personnages principaux. Avec le rock’n roll comme arme de révolte, les aventures de nos deux musiciens marginaux évoquent l’opposition entre la sphère indépendante face au terrain des grandes productions, tout en traitant de sujets tantôt philosophiques, tantôt sociologiques. Certains passages parlent de la création artistique, lorsque d’autres s’attaquent aux inégalités sociales, ou débattent de la transmission intergénérationnelle. En plus de renfermer tout un tas de références à la pop culture, ces messages sont surtout portés par des personnages aussi colorés qu’attachants. Entre la capricieuse prodige du piano, l’extravagante diva, l’animateur radio branché, ou encore le technicien aux bons tuyaux, chacun ne manque pas d’amener sa touche humoristique à un tableau où se mélangent et s’harmonisent diverses visions de l’art sonore.

Psycho-notes

no straight roads screenshotComme le souligne le métronome en forme de coeur de leur logo, le studio Metronomik mené par Wan Hazmer, Lead Game Designer de Final Fantasy XV, et Daim Dziauddin, Concept Artist sur Street Fighter V aime la musique, et ça se ressent. Tout le game design ainsi que la structure narrative de No Straight Roads sont construits autour de la bande-son. Si de base l’exercice se veut pour le moins risquée, dans le cas présent la partition est très bien orchestrée.

Chaque niveau représente l’univers d’un des artistes du label qui bien évidemment prend place en tant que boss de fin. Du classique au hip-hop, en passant par le Dubstep ou même encore le Vocaloid – clin d’oeil à Hatsune Miku, la route menant vers le succès est un véritable voyage musical. Que ça soit les éléments du décors, les effets visuels ou le bestiaire, chaque monde fourmille de détails liés au domaine du son et du divertissement.

Tout le game design ainsi que la structure narrative du jeu sont construits autour de la bande-son. Si de base l’exercice se veut pour le moins risquée, dans le cas présent la partition est très bien orchestrée.

Les développeurs ont été, à l’évidence, pleinement inspirés par le sujet au regard des diverses et fantasmagoriques atmosphères proposées, ce qui semble cependant moins le cas du point de vue du level design. “No Straight Roads” ? – Pas si sûr. À l’exception de quelques passages, le chemin menant au(x) maître(s) des lieux se veut très linéaire avec une architecture en couloir parfois très rectiligne. Heureusement, la bataille musicale ne résume pas seulement à l’élimination de vilains artistes. Il faut également se faire connaître auprès du public et le rallier ainsi à sa cause.

Pour y parvenir la ville de Vinyle City ouvre ses portes, tel un petit open world dans lequel les habitants ne sont pas contre un peu d’aide, notamment en ce qui concerne l’alimentation en électricité. L’une de nos missions consistent, par exemple, à explorer les rues à la recherche d’engins à recharger ou de quartiers à ouvrir via l’énergie de la musique. L’impression de remplissage pour ces activités annexes tend à se faire sentir. Par ailleurs, les rencontres qu’elles offrent sont l’occasion d’en apprendre davantage sur la diégèse de l’oeuvre, tout en faisant une pause avant de retourner dézinguer du méchant avec un bon bœuf improvisé à la gratte et aux percussions.

 À découvrir également : Notre vidéo de gameplay des premières minutes de No Straight Roads

Street Rocker V

no straight roads screenshotInutile ainsi d’attendre le refrain pour le comprendre, les combats constituent l’élément central de cette expérience. Et pour celles et ceux qui aiment quand ça bouge, ils vont être assurément servis. Mais accordons bien nos violons au préalable. Comme nous l’exposions dans notre preview, il ne s’agit ici nullement d’un jeu de rythme, mais plutôt d’un jeu d’action-aventure musical dont le principe est de détourner la chanson jouée par nos adversaires.

Éviter les marteaux d’un clavier, slalomé entre des doubles-croches, sauter au bon timing, ou encore s’adapter au sens de la platine, ceux-ci ne manquent d’ailleurs pas de ressource pour nous pousser à faire des fausses notes. Connaître leurs mouvements en se mettant en position d’observateur n’est pour ainsi dire pas à lésiner.

Une fois les différentes compositions bien assimilées, le temps est venu d’imposer son propre tempo. Et pour le coup, notre duo fait la paire et pleinement l’affaire. Bund Bed Junction allie harmonieusement le swing puissant et sauvage de May, et la rythmique à la fois légère et frénétique de Zuke. Notre guitariste se fait plaisir dans les assauts lourds et directs, tandis que notre batteur montre tout son potentiel lors des approches rapides et à distance. Leur prise en main peut, de prime abord, sembler relativement classique : B pour le saut, Y pour la frappe de mêlé, X pour transformer certains objets environnements, A pour l’esquive, R pour les jets de notes, L pour le changement de perso, les gâchettes supérieures dédiées aux capacités spéciales, et le combo des sticks pour une attaque combinée. Pour autant, l’union des deux donne lieux à des affrontements vraiment déjantés et incroyablement dynamiques.

Des bémols dans l’armure ?

no straight roads screenshot testTelles les mesures d’une partition, les niveaux de No Straight Roads sont clairement découpés en plusieurs parties avec un boss en tant que représentant du dernier mouvement. Si cet agencement reste, encore une fois, quasiment le même du début à la fin, il ne se fait malheureusement pas sans quelques dissonances. À vrai dire, l’aiguille indiquant le degré de difficulté a tendance à faire de brusques variations en passant d’une zone à une autre.

La caméra, automatiquement centrée, n’aidant pas à la manœuvre, il ne faut ainsi pas trop se laisser distraire au risque de voir nos héros tomber dans les cordes, ce qui remet immédiatement les compteurs à zéro. Et l’attention est doublement de mise, sachant que même si le second personnage est toujours en vie, la mort de celui contrôlé signifie ni plus, ni moins, que le game over.

Malgré cela, les séquences de bagarre restent entraînantes et qui plus est, un minimum instructives en termes de solfège. Et à ce titre, il est important de saluer encore une fois le travail des développeurs concernant le sound design qui s’adapte en fonction de notre progression. Plus la victoire se profile, plus le thème du niveau prend des airs électriquement rock. Dès lors, à aucun moment, le spectacle ne semble s’essouffler. En outre, la répétitivité n’a pas le temps de s’installer et aucun de nos deux rockeurs n’est plus mis en avant que l’autre. La complémentarité est, en d’autres termes, de rigueur pour pouvoir avancer, et cela autant en solo qu’en coopération. L’expérience peut se faire, en effet, à deux en local, et même à trois sur Switch (exclusivement) via le mode Assistance, avec un joueur qui incarne Elliegator, l’alligator et animal de compagnie de May et Zuke.

Il est important de saluer le travail de Metronomik concernant le sound design de NSR qui s’adapte en fonction de notre progression.

Histoire d’apporter plus de piment à l’action, NSR s’offre également une légère dimension RPG et de manière plutôt logique. En effet, au fur et à mesure que leur combat pour la chute du grand empire EDM de Vinyle City s’organise, Mayday et Zuke voient leur cote de popularité s’envoler. Et ce qui est assez subtile, c’est que nos opérations ne se finalisent pas grossièrement en gagnant des points d’expériences, mais plutôt en acquérant de nouveaux fidèles à notre fan-base. Dès lors, il faut se rendre à la salle de concert clandestine afin de débloquer de nouvelles compétences via un arbre qui leur est consacré. À cela s’ajoute également la possibilité de trouver à travers notre capitale de la musique des caisses contenant des stickers qui permettent, une fois collés sur nos instruments, d’augmenter nos statistiques (Points de vie, dégât d’attaque, rapidité, etc).

Mis ensemble, ces points sont en soi le reflet du fruit de notre apprentissage. Recevoir des likes de fans ou voir son nom grimper dans les charts sont des exemples qui participent indéniablement à intensifier le plaisir du jeu.

Mieux vaut déplacer le tabouret que le piano

no straight roads screenshot testEn ne se cachant pas de reprendre des mécaniques maintes fois exploitées, No Straight Roads montre avant tout qu’il connaît son sujet. En ce sens, rien n’est laissé au hasard, de trop, ou en contradiction avec le propos de base. Celui-ci est tenu de bout en bout et de surcroît, agréablement illustré par la direction artistique. Sans être une claque graphique ou même technique – de l’aliasing est à noter sur Switch, l’habillage esthétique plus ou moins porté sur le cubisme du titre a de quoi charmer, voire impacter le joueur par le message qu’il exprime.

Bien évidemment, tout n’est pas parfait. Le jeu de Metronomik se colle essentiellement deux défauts : une jouabilité quelque peu alambiquée et une durée de vie assez légère. Bien que la rejouabilité est au rendez-vous, seulement dix heures suffisent pour réussir notre carrière de rockeur, et même moins pour les plus habiles. Mais, au vu du caractère éditorial du projet et du travail fourni, il serait dommage de s’arrêter là, d’autant plus pour un jeu qui sent bon la passion et la réflexion. Enfin, outre de mériter son prix décerné au Indie Game Award dans la catégorie du meilleur son (lors du Tanpei Game Show 2019), il va de soi que No Straight Roads s’offre une place parmi les meilleures expériences vidéo-musico-ludiques indépendantes de cette année.

Ce test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée, fournie par l’éditeur, sur Nintendo Switch.

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Mr.J
Aucun super-pouvoir, gameplay limité, fait partie du comité de protection des licornes. Recherche en vain cet alter ego qui lui permettra de mener à bien sa vendetta - "The monster you created has returned to kill you"

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