Test de NEO : The World Ends With You (PC, PS4, Switch)


Développeur : Square Enix

Éditeur : Square Enix

Sortie : 27/07/2021

Supports : PC / PS4 / Nintendo Switch

CONCLUSION

Avec un tel saut temporel à effectuer, les risques de chute pour NEO : The World Ends With You étaient, en toutes évidences, élevés. Et ce n’est pas forcément un remake du grand frère, sorti entre temps, même si qualité il y a, qui allait rassurer la plèbe. À l’inverse, au lieu de choir, le petit nouveau a préféré feindre le problème en devenant, ni plus ni moins, sa propre allégorie. Ce qui est suffisamment rare pour être souligné. Mais n’allons pas en dévoiler davantage. Il serait dommage de se gâcher une telle profondeur narrative. Ce qu’il faut avant tout retenir est que NEO : The World Ends With You est du type à ne pas hésiter à mettre en déroute une bonne partie des joueurs. En d’autres termes, s’il ne s’agit pas ici d’un AAA annonçant la fin du monde de la concurrence, le dernier JRPG des papas de Kingdom Hearts offre de belles perspectives pour un sous-genre en marge des conventions.

Dans la catégorie des studios qui pratiquent l’hibernation de projets, Square Enix est plutôt un bon représentant. Si pour beaucoup, le cas de Final Fantasy Versus XIII est entré dans la légende, la maison japonaise est semble-t-il loin d’avoir libéré toutes ses créatures. Après 14 ans de gestation, le caisson de sommeil marqué d’un NEO et faisant suite à un certain The World Ends With You vient enfin d’être ouvert. Attendu notamment pour son univers mystérieux et son système de combat électrisant, va-t-il cependant pouvoir s’adapter à la nouvelle génération ? Une chose est sûre : une pluie de réponses s’apprête à s’abattre sur le monde de NEO : The World Ends With You.

This is the end, beautiful friend

En 2007, la Nintendo DS vivait tranquillement ses beaux jours en garnissant son catalogue de titres en tous genres. Parmi eux, du cœur de chez Square Enix, naissait un action-RPG pour le moins atypique. Rien qu’à la lecture de son nom, une étrangeté familière semblait s’en émaner. Développé en collaboration avec Jupiter, une petite boite avec laquelle l’éditeur japonais avait notamment déjà collaboré sur Kingdom Hearts : Chains of Memories, il s’agissait de The World Ends With You. Derrière cet énigmatique projet, Tatsuya Kando, mais aussi Tomohiro Hasegawa et Tetsuya Nomura, ni plus ni moins le duo créateur des Kingdom Hearts – comme on s’y retrouve. Lesquels nous proposaient de plonger dans les rues animées d’un Shibuya actuel, mais fictif, en compagnie d’un certain Neku Sakuraba.

Alors âgé de 15 ans, celui-ci se retrouvait transporté dans une dimension parallèle, baptisée l’Underground ou abrégé en UG, afin de participer au jeu des Reapers (pouvant être traduit par Les Faucheurs en français). Les règles ? Chaque participant devait, pendant une durée de sept jours, accomplir diverses missions quotidiennes tout en faisant face non seulement à la malice des autres concurrents, mais aussi aux dangereux monstres qui y rôdent. Auquel cas, le perdant voyait son existence complètement effacée. De cette compétition de la mort se ficelait une histoire, signée Sachie Hirano et Yukari Ishida, où sombres mystères et lourds sujets s’entrechoquaient. Pourquoi Neku se retrouve dans l’Underground ? Que sont ces monstres appelés les échos (ou Noises en vo) ? Qui a organisé tout ce cauchemar ?

Autant de questions qui ont vite donné aux fans de quoi nourrir nombreuses théories. Au-delà de son univers captivant et de son game-design exploitant judicieusement les propriétés de sa plateforme d’accueil, The World Ends With You a également su se distinguer grâce à son trait esthétique et sa bande-son soigneusement inspirée de la pop culture japonaise. De ce succès, suivirent alors une adaptation en manga par Shiro Amano, un caméo dans Kingdom Hearts 3D : Dream Drop Distance, une version remaniée sur iOS, marquée d’un Solo Remix, un remaster sur Switch, sous-titré Final Remix, une série d’animation de douze épisodes. Jusqu’en novembre dernier, avec l’annonce de NEO : The World Ends With You qui nous amène à ce jour.

Jusqu’à ce que la fin du monde nous sépare

C’est donc quatorze ans plus tard que la centrale de l’Underground est de nouveau réactivée. Ce qui peut paraître lointain pour les joueurs de la première heure, et encore plus imperceptible pour les néophytes. Mais inutile, pour autant, pour ces derniers d’y aller à reculons. Bien que les références aux incidents passés sont légion, il est ici avant tout question d’une suite indépendante. Il serait d’ailleurs plus juste de parler d’une séquelle à l’anime qui, pour le coup, se modernisait sur quelques lignes, notamment sur le plan technologique. Plus précisément, l’histoire se situe trois après les événements survenus dans ce dernier. Le rôle de protagoniste est ici attribué à un lycéen du nom de Rindo. Alors qu’il se promène peinardement dans Shibuya en compagnie de son pote Fret, une horde de créatures hostiles envahie, de part et d’autre, le quartier hautement fréquenté de Tokyo.

Toutefois, entre explosions et destructions, seuls quelques individus, dont eux, semblent avoir remarqué le fléau. C’est alors que sur l’un des écrans principaux du Scramble Crossing, apparaît un inconnu leur annonçant qu’une nouvelle partie de Reapers vient d’être lancée. Une nouvelle application au logo menaçant s’affiche alors sur leur smartphone prouvant ainsi que notre duo de canailles a bel et bien été enrôlé dans le manège. De là, se dessine ainsi la même trame qu’auparavant avec la même liste d’interrogations situationnelles à résoudre. Les notifications s’enchaînant, les missions se présentent rapidement d’elles-mêmes pour donner à notre équipe, celle des Wicked Twisters, la marche à suivre. Une chose est sûre : seuls ceux qui exécuteront correctement les ordres des Reapers pourront retrouver leur liberté.

Battle Royale

Simples en apparence, les directives de ces dieux de la mort (Shinigami, surnom donné en VO) consistent, la plupart du temps, à élucider des petites enquêtes qui se ponctuent par l’éradication de meutes de monstres au sein d’une zone donnée. Loin d’être non-qualifiés pour ce job, nos jeunes héros vont, entre temps, découvrir qu’ils sont, en réalité, dotés d’un pouvoir qui leur est propre. Rindo, par exemple a la capacité de jouer avec les lignes du temps pour en modifier les faits, pendant que son comparse, dispose, quant à lui, d’une faculté à rétablir, voire manipuler, le mental des gens. Leur utilisation intervient tout naturellement dans la résolution d’énigmes, ce qui crée au passage quelques sympathiques mini-jeux. Certes, rien de très compliqué, ni même très profond en soi, mais leur présence suffise à varier, un tant soit peu, les plaisirs.

NEO The World Ends with You screenshot may 2021D’autant plus qu’au fur et à mesure de notre progression, certaines rencontres résultent sur une alliance, donnant ainsi à notre escouade une nouvelle recrue dans ses rangs. C’est d’ailleurs autour de son casting singulier que l’univers de NEO : The World Ends With You se façonne une réelle aura. Certes, il est vrai que personne n’a véritablement la langue dans sa poche ; les lignes de textes jaillissant comme une fusée. Toutefois, chaque personnage est là pour offrir son lot de complexité.

À la fois techniques, dansants et évolutifs, les affrontements sont là pour assurer tout le sel de cette nouvelle recette.

Le croisement de certaines personnalités engendre même d’intéressantes joutes intellectuelles, auxquelles le joueur sera souvent amené à participer. Les réponses apportées pourront, qui plus est, avoir des répercussions sur nos propriétés personnels selon un tableau dit de lien social. Entre Nagi Usui, une jeune étudiante introvertie cachant un grand esprit stratège, Sho Minamimoto, aussi sombre que calculateur, ou encore Shoka Sakurane qui ne semble éprouver aucune empathie, ni même sensibilité humaine, l’impression d’être bien entouré n’a pas de mal à s’installer. Et ce n’est pas l’imposant chara-design de Nomura qui les mettra en porte-à-faux.

En parlant de la réalisation, ceux ayant joué au précédent opus l’auront sûrement remarqué, mais après une transition d’une génération et demie, NEO : The World Ends With You s’est tout naturellement offert un nouvel habillage. Une 3D cel-shadée jouant avec les lois géométriques vient gracieusement illustrer la dimension brisée dans laquelle nos adolescents sont perdus. Du moins, lorsqu’il s’agit d’explorer et combattre auprès d’eux, car concernant les dialogues, il faudra en grande partie se contenter de saynètes en plan fixe façon bande-dessinée. Des petites animations soulignant les réactions et quelques cinématiques entre les chapitres viennent légèrement vivifier l’ensemble. Mais il est tout de même assez dommage qu’avec une direction artistique aussi inspirée, il n’y ait pas davantage de folie en termes de mise en scène. Surtout lorsqu’on compare avec un Final Fantasy 7 Remake ou même un FF XV, sorti cinq ans auparavant.

À chacun son badge !

En revanche, pour ce qui concerne le gameplay, NEO n’a nullement besoin de prendre exemple sur ses aînés. D’ailleurs, au vu des origines, il conviendrait de rendre à César, ce qui appartient à César. The World Ends With You fait partie des titres qui ont ouvert la voie à la nouvelle vague d’action-RPG se voulant plus directe, voire dynamique, au sein de Square Enix. Et ce cépage estampillé NEO n’a aucun mal à faire prévaloir son héritage. À la fois techniques, dansants et évolutifs, les affrontements sont là pour en assurer tout le sel. Ici, point d’épées, de boucliers ou autres armes sur lesquelles exercer sa maîtrise, ou encore, de niveaux à échelonner.

Tout repose sur un système de badges/pins matérialisant les pouvoirs psychiques (Psychs) de nos héros. Avis donc aux amateurs de ces fameux objets typés années 80/90 qui, sur leur épinglette, ont su prendre diverses formes, ce ne sont pas moins de 300 insignes différentes qu’ils vont pouvoir récolter et faire évoluer au cours de leurs aventures. Lancer une comète de feu, invoquer un trou noir, enchaîner l’ennemi d’une liane épineuse, parsemer son chemin de bombes ou tout simplement lui ponctionner de la vie, l’objectif, au-delà de collectionner ces objets, est bien évidemment de concevoir le meilleur maillage stratégique possible. Car une fois sur le terrain, même si l’envie de bourriner est source de démangeaison, mieux vaut avant tout calculer son approche.

Entre décadence sociale et crise identitaire, les thèmes abordés sont maîtrisés et bien amenés autant que les codes.

Pour cause, le nombre d’attaques de chacun est limité par une jauge de type ATB (Attack Time Battle), et seul un badge peut être porté par tête. De plus, le bestiaire, sous ses multiples visages, cache des points faibles. Et une fois un seuil de combos abouti, une touche se met alors à briller indiquant la possibilité de maximiser les dégâts par le biais d’une frappe ultime. Autrement dit, il revient de lire à travers les lignes adverses, et d’agencer précisément les membres de sa troupe en conséquence. Tout se joue en imposant son tempo. En ce sens, il y a une vraie musicalité qui se dégage de cette chasse aux échos. Chaque Psych étant assigné à une touche, il y a, pour ainsi dire, de quoi éveiller l’âme d’un maestro à travers cette dynamique. D’autant plus que les compositions de Takeharu Ishimoto (Before Crisis : Final Fantasy VII, Crisis Core : FF VII, Dissidia : Final Fantasy, D012), sont là pour rendre les coups.

Le goût de la mode

NEO The World Ends with You screenshot may 2021Ce mélange d’électro-rock, fusionné aux couleurs chaudes du Bepop, vient parfaitement embrasser le design pimpant des allées de Dogenzaka, le parfum de mode qui se dégage des halles de Mark City, l’atmosphère reposante de Cat Street ou encore l’ambiance hip-hop émanant des graffitis du parc Miyashita. L’envie d’escapades touristiques ne prend nullement quatre chemins pour s’inviter à la fête. Histoire d’aiguiller sur la direction à prendre, les bars et restaurants se montrent d’ailleurs grand ouverts. Y réserver une tabler sert non seulement à remplir le ventre de la bande à Rindo mais aussi à augmenter ses statistiques de base. Une barre de satiété est d’ailleurs là pour rappeler l’importance de s’alimenter. Il en va de même au niveau de l’équipement. Rien de mieux que de bons vêtements neufs, chauds et surtout stylés pour aller chercher la victoire.

Les magasins de fringues ne sont pas non plus ce qui manque à Shibuya. Disposant d’un large choix d’éléments et de marque, ils accueillent quiconque tenant à faire grimper son niveau de style et ainsi améliorer ses performances martiales. Petite subtilité commerciale, acheter d’une même marque a pour effet de récompenser le client fidèle par des items spéciaux. Encore une fois, comme dirait Cristina Cordula, il y a tout à gagner à soigner son look. Cependant, faire du shopping a beau être ici une activité utile. Elle ne suffit pas à briser la linéarité qui s’implante au fur et à mesure du jeu. Outre de faire l’impasse sur une liste de quêtes annexes, la campagne principale se permet, de temps à autre, de combler certains coins avec des missions de type : succession de bataille sans réel motif.

L’Apocalypse selon Noctis-damus

NEO The World Ends with You screenshot may 2021À défaut d’être évités, ces passages auraient pu mériter plus de consistance afin d’éviter au joueur ce sentiment de vide. Heureusement, pour compenser, la destination à atteindre essaye d’éviter le plus possible l’effet GPS autoguidé. C’est avant tout à notre club de détective de trouver son chemin en fonction des indices alloués. Cet aspect puzzle-game façon jeu de pistes à travers l’arrondissement de Shibuya fonctionne plutôt bien. Il n’empêche que, arriver au bout de sa quarantaine d’heures de voyage, NEO : The World Ends With You ne peut masquer l’impression étrange qui émane de ses entrailles. Entre décadence sociale et crise identitaire, les thèmes abordés sont maîtrisés et bien amenés autant que les codes. Dans cette optique, les développeurs ont su amplement rebondir sur l’époque actuelle.

Mais, en regardant de plus près le tableau, la taille de toile choisie ne semble pas toujours bien adaptée pour contenir l’envergure de l’œuvre, au point même, de laisser, par moment, le cadre flottant. Ce déséquilibre naît notamment lorsque les vestiges sur lesquelles s’appuie un projet, se veulent trop colossal, pour ne pas dire écrasant. Les lourds temps de chargement qui sévissent par-ci, par-là, sont d’ailleurs là pour en attester. Néanmoins, qu’on se le dise, NEO : The World Ends With You demeure tout de même un bon spécimen. Il explore des chemins qui méritent une attention particulière. Autrement dit, ce n’est peut-être pas la meilleure fin du monde imaginée, mais elle marque potentiellement le début d’une nouvelle ère pour les JRPG plus intimistes chez Square Enix.

Ce test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée, fournie par l’éditeur, sur PlayStation 4.

Mr.J
Aucun super-pouvoir, gameplay limité, fait partie du comité de protection des licornes. Recherche en vain cet alter ego qui lui permettra de mener à bien sa vendetta - "The monster you created has returned to kill you"

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