Test de Marvel’s Avengers (PS4, PC, Xbox One)

CONCLUSION

À l'image du MCU, Marvel's Avengers est cette petite expérience pop-corn où la déception ne peut s'empêcher toutefois de pointer le bout de son nez. Un gameplay jouissif au temps mort quasi inexistant, une progression à la fois prenante et impactante, une ambiance révérencieuse et un casting aussi attachant que complémentaire, luttant au sein d'un récit qui sait surprendre où on ne l'attend pas, toutes les mailles du chaînon sont présentes pour passer un excellent moment. Mais ce serait passer outre la formule de « jeu service » qui, une fois la dizaine d'heures de la campagne solo terminée, dévoile pleinement son vrai visage. Dès lors la redondance s'installe, à l'inverse de l'implication du joueur qui a de quoi prendre son envol. Pour répondre, Crystal Dynamics et Eidos Montréal ont tout intérêt prochainement à approfondir l'identité de leur création, ne serait-ce avec un peu de Tomb Raider ou de Deus Ex. Auquel cas, les Avengers pourraient bien avoir une nouvelle raison de se désassembler.

Une paire de lunettes cassée, un gantelet à rayon répulseur arraché de son corps, le Mjöllnir laissé à l’abandon, au même titre qu’un bouclier en vibranium au couleur des États-Unis d’Amérique, Marvel Entertainment n’a pas manqué de faire vibrer de nombreux recoins de la toile en teasant, en 2017, un projet collaboratif avec Square Enix. Trois ans plus tard, la première phase sort sous le nom de Marvel’s Avengers, un beat them all multijoueur à la sauce Destiny. De l’action avec un grand A, une bande-son explosive, du super-contenu évolutif, et des… microtransactions : le monde du jeu vidéo détient-il son Marvel Video Game Universe ? L’heure du rassemblement est arrivée.

MVGU

marvels avengers artwork jeuAu vu de l’importance qu’a pris Marvel Studios dans l’industrie cinématographique, est-il réellement encore nécessaire de présenter la franchise de comics, ou même de justifier la venue d’une adaptation vidéoludique ? D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que les personnages pour la plupart, créés par le regretté Stan Lee, ont été réunis dans un jeu vidéo. À ce jour, plus d’une cinquantaine de titres leur sont dédiés. En exemple, il était possible de les retrouver dernièrement dans Marvel Ultimate Alliance 3 : The Black Order (2019), LEGO Marvel Super Heroes 2 (2017) ou encore Marvel Vs Capcom Infinite (2017). Mais contrairement à ces derniers qui se collent davantage au style caricatural des bandes dessinées américaines, Marvel’s Avengers a choisi de prendre une approche réaliste.

Pour le coup, mettre en parallèle l’oeuvre de Crystal Dynamics et l’univers filmique n’a même rien de malvenu tant les deux objets entretiennent de nombreux points communs. Excepté le chara design de ses personnages qui a d’ailleurs suscité pas mal d’agitation, notamment à cause de la notoriété de Chris Evans, Chris Hemsworth, Scarlett Johansson, Mark Ruffalo ou encore Robert Downey Jr., Marvel’s Avengers partage avec le MCU ce goût pour la mise en scène démesurément spectaculaire, les conflits manichéens, l’action musclée, le drame héroïque, les musiques épiques et l’humour sans complexe.

Qu’on aime ou pas la saga de super-héros estampillée Disney, il n’empêche qu’elle a de quoi réveiller en nous cette âme juvénile qui rêvait d’avoir des super-pouvoirs et d’aller battre le mal sous une identité secrète. C’est donc là que la sphère vidéoludique prend, d’une certaine manière, le pas sur le cinéma, en donnant notamment la possibilité au joueur de se mettre dans la peau de son justicier préféré.

La Vengeance des Vengeurs

screenshot test Marvel's Avengers PS4Et dans le cas présent, ce n’est pas un, ni deux, ni même trois mais bien six super-héros qu’il est possible de contrôler. Si pour Bruce Banner alias Hulk, Tony Stark alias Iron Man, Thor alias le Dieu du tonnerre, Natasha Romanoff alias Black Widow et Steve Rogers alias Captain America, leur popularité n’est plus à faire, la jeune dénommée Kamala Khan alias Miss Marvel qui n’a été introduite qu’en 2013 dans la série de Captain Marvel(#14), fait probablement moins l’unanimité. Quoi qu’il en soit, il semblerait que cela n’ait pas refréner l’envie des papas de Gex et sauveurs de Kain de placer ce personnage en vedette de leur nouvelle création. En effet, en plus d’être la tête d’affiche, la petite protégée de Carol Danvers marque ici le début de l’aventure, en s’offrant au passage sa propre origin story.

Tout commence lorsque notre héroïne se rend, en tant que fervente admiratrice des Avengers, et auteure de fan-fiction, au A-Day. La fête dédiée à l’inauguration du second quartier général du S.H.I.E.L.D situé à San Francisco bat son plein en présence des membres fondateurs, lorsqu’un groupe de terroristes mené par un certain Taskmaster intervient pour semer le trouble en attaquant le Golden Gates. Les Vengeurs se lance alors en direction du pont afin de repousser la menace. Mais cette frappe n’était en réalité qu’une diversion pour détourner l’héliporteur central. À peine prennent-ils conscience du guet-apens que notre équipe de héros voit leur navire aéroporté tombé à la suite d’une terrible explosion. Outre d’avoir causé de nombreuses pertes humaines, et même au sein de nos super-héros, cette catastrophe a libéré un nuage de brume terrigène, provoquant ainsi des mutations au sein de la population.

screenshot test Marvel's Avengers PS4Après ce funeste prologue, l’histoire reprend son cour, à la manière d’un certain Endgame, cinq ans plus tard. Depuis les événements de l’A-Day, les Avengers n’existe plus. La protection du monde est à présent assurée par une organisation indépendante du nom de l’AIM (Advanced Idea Mechanics). Non contente des pratiques utilisées par cette dernière, Kamala Khan, qui s’est depuis découverte des capacités pour le moins extraordinaires, rêve par-dessus tout du retour de ses super-idoles. Bien déterminée, elle se lance alors dans un petit road-trip dans le but de les rassembler à nouveau. Cependant, il se pourrait qu’un certain MODOK fomente un plan dans l’ombre et il ne serait pas seul.

Il y a un véritable respect du matériau d’origine dans ce Marvel’s Avengers, voire un peu trop.

Infamous Avengers

C’est donc bel et bien la future Ms. Marvel qui ouvre cette campagne solo en tant que perso jouable. À ce titre, son rôle de fangirl est une bonne manière de connecter le joueur à l’univers Marvel. Entre les petites anecdotes énoncées par les PNJ, les collectibles à ramasser, ou encore les interactions avec certains éléments du décor, les références et clins d’oeil aux comics et autres supports sont légion. Il y a un véritable respect au matériau d’origine, voire un peu de trop. Les scénaristes ne sont pas risquer à trop étendre la mythologie en ajoutant, par exemple, des figures inédites (en tout cas, pour l’instant), ou de réels nouveaux enjeux. Tous les composants narratifs donnés sont plus ou moins connus.

screenshot test Marvel's Avengers PS4Néanmoins, ce n’est pas pour autant que Marvel’s Avengers n’arrive pas à tirer son épingle du jeu. Si voir nos protagonistes échouer dès le départ peut s’avérer déroutant, le choix de placer le joueur dans un contexte post-catastrophe a de quoi offrir des directions scénaristiques fort intéressantes. De ce postulat initial, naissent notamment des réflexions sur des sujets profonds, voire tabous, tels que les inégalités sociales, l’influence religieuse, la position des médias, ou encore l’utilisation des technologies. Leur traitement est bien évidemment très succinct pour laisser davantage de place à l’action. Mais, même s’il ne mérite pas une distinction de la part du Writers Guild America Awards, comme ce fut le cas pour Rise of Tomb Raider (Outstanding Achievement in Video Game Writing) en 2016, ce scénario signé Crystal Dynamics se montre d’une qualité bien supérieur à ce qu’on peut attendre d’un GaaS.

Pour ceux qui prendraient l’affaire en cours de route, Marvel’s Avengers est effectivement un Game as a Service (Jeu – en tant que – service). Qu’on se le dise, aborder ce genre n’est pas vraiment des plus simples, notamment à cause du fait que la plupart du temps chaque proposition se veut assez clinique. Mais, dans le cas présent, on doit dire que notre sextuor de héros s’en tirent plutôt bien. Il semblerait même que leur rôle soit véritablement taillé pour une telle expérience. Un costume / armure à fabriquer, des super-pouvoirs à développer, de nouvelles techniques de combat à apprendre ou encore une base secrète à entretenir, tous les ingrédients sont en soi réunis pour faire une recette suffisamment goûteuse.

Reste à savoir comment les mécaniques ont été imbriquées de manière à ce que le joueur puisse se sentir entièrement impliqué dans le caractère mutable du concept – sans mauvais jeu de mots.

We’re up all night to get Loki !

screenshot test Marvel's Avengers PS4Pour faire justice, plusieurs types de missions peuvent être abordés. En plus de devoir remplir la trame principale ainsi que les pans dits “emblématiques” aux différents membres, le métier de justiciers peut également s’exercer auprès de la résistance en marche, représentée par le S.H.I.E.L.D et les Inhumains, qui tente tant bien que mal de contrer l’AIM à travers le monde. De temps à autre, ces opérations prennent un statut spécial et demandent de se confronter à un ennemi de taille, autrement dit, à un super-vilain. Dans un autre genre, nos services sont aussi parfois sollicités pour une élimination de cibles, une capture de zones, un sauvetage d’innocents ou un sabotage en territoire ennemi.

Enfin, il ne faut pas écarter non plus les bienfaits d’un bon entraînement. Entre deux expéditions, la salle de simulation, baptisée HARM (clin d’oeil à la Salle des Dangers où s’entraînent habituellement les X-men), située dans le Chimère, met à disposition divers défis à relever. Il restera ainsi au joueur de consulter le globe holographique, disposé à l’intérieur de ses repères et du Quinjet, afin de se lancer dans l’une de ces activités. Chacune d’entre-elles lui permettra de remporter non seulement des points d’expériences, mais aussi des segments d’armure, des éléments cosmétiques, des objets d’amélioration, des cristaux terrigènes (l’argent in-game) et sans oublier les nombreux fichiers à collectionner.

Une fois l’histoire terminée il est difficile d’empêcher une certaine redondance : la césure entre le mode scripté et le cadre multi est foncièrement marquée.

Reposant sur des mécaniques plus ou moins inhérentes au genre RPG, autant dans la gestion des équipements à looter que dans cette logique de grinder pour progresser, le schéma présenté par Crystal Dynamic semble tout tracé. Mais si la structure du game design se laisse assez facilement prévoir, il faut l’avouer que les ficelles du jeu à service sont plutôt bien cachées, du moins jusqu’à ce que le spectacle de l’histoire prenne fin. Passé ce cap, il est difficile d’empêcher une certaine redondance. Dès lors, l’intérêt d’évoluer a de quoi s’affaiblir, surtout sachant que la menace instigatrice a été éliminée. Pour ainsi dire, la césure entre le mode scripté et le cadre multi est foncièrement marquée. Quoi qu’il soit, les développeur ne devraient pas avoir de mal à nourrir leur imagination dans le but de lier le tout.

J’ai un plan : on attaque !

screenshot test Marvel's Avengers PS4Rien qu’en piochant correctement dans le lore initié par Jack Kirby, Steve Ditko et “Stan The Man”, Crystal Dynamics et Eidos Montréal ont suffisamment de ressources pour enrichir leur création pour un bon bout de temps. D’ailleurs, Katherine Bishop, la nouvelle Hawkeye (Oeil de Faucon) des Young Avengers, a d’ores et déjà été annoncée au même titre qu’un certain tisseur de toile qui, quant à lui, ne sera prévu que sur les consoles PS4 et PS5. Mais pour l’heure, c’est bel et bien auprès des six super-stars citées plus haut qu’il faudra jouer les protecteurs du monde. Et bien que l’effectif soit quelque peu inégal en termes de super-pouvoirs, aucun membre ne manque réellement d’argument pour justifier sa présence. Même notre agente secrète russe, qui hormis un vieillissement ralenti et un système immunitaire sur-développé n’a pas de réelle aptitude hors du commun, se montre intéressante à incarner avec ses flingues, ses matraques électriques et ses autres gadgets d’espionnage.

C’est d’ailleurs à ses côtés ou ceux de Cap qu’il faudra se positionner si vous êtes adeptes des attaques furtives et rapides, tandis que pour plus de bourrinage et de dégâts ce sera en compagnie de Ms. Marvel ou l’Incroyable Hulk. Enfin, si vous préférez quelque chose de plus polyvalent et aérien, Iron Man et Thor seront véritablement les deux chevaux sur lesquels miser. Mais, quel que soit la monture choisie pour flanquer une rouste aux armées de l’AIM, le plaisir est au rendez-vous.

Les affrontements se basent sur une configuration de commande des plus simples : Crois/A pour le saut, Rond/B pour l’esquive, Carré/X pour les attaques légères, Triangle/Y pour les frappes puissantes, L2/LT (viser) et R2/RT (tirer) pour les coups à distances, R2/RT (seul) pour parer et les gâchées inférieures pour les trois compétences spéciales à gérer de manière limitée. À la fois variable et nerveuse, l’action ne vient malheureusement pas sans quelques couacs de caméra et imprécisions, notamment lorsqu’il s’agit d’éviter les coups de l’adversaire.

screenshot test Marvel's Avengers PS4En outre, les effets visuels ne manquent pas de venir dynamiser davantage la mise en scène. Mais ces artifices n’aident pas grandement à renforcer la visibilité. Bien au contraire, il suffit que le nombre d’ennemis à l’écran dépasse celui de notre troupe et c’est la confusion totale. Tomber au combat peut d’ailleurs vite arriver et à vrai dire, savoir quelles étaient nos erreurs n’était pas toujours évident. Il faudra ainsi bien être sur ses gardes lors de ces escarmouches, d’autant que de leurs côtés, les méchants sont loin d’être de simples soldats retraités ou des robots rouillés bon à la décharge. Non dépourvu de sournoiserie, le camp adverse n’hésite pas à isoler ses cibles pour prendre le dessus, ce qui pousse à travailler davantage en équipe.

Cookie Jar-vis ?

Ça cogne, ça castagne et ça re-bastonne sans conciliation possible. Les moments de pause se résument à avancer au prochain point d’intérêt avec de temps à autres, des phases très rudimentaires de plate-forme à surmonter. Malgré le grand espace fourni par les diverses zones à explorer, les objectifs se veulent très linéaires dans leur manière d’être complétés. L’intégration de quelques énigmes n’aurait pas été de trop, histoire de donner un peu plus de piment à l’attraction.

En somme, les séquences de bagarres ne sont pas toujours bien claires et nagent souvent dans l’ombre d’une certaine répétitivité. Mais la satisfaction de mener la résistance au sein des Vengeurs n’en perd pas pour autant de son intensité. La complémentarité entre nos vaillants combattants fonctionne très bien. Et bien que l’expérience se montre plus engageante avec d’autres joueurs en ligne, il est tout de même bon de savoir que l’IA de soutien demeure d’une agréable compagnie et surtout d’un bon aide.

Les bonnes idées sont bien là dans Marvel’s Avengers mais baignent malheureusement dans une mare de partis pris plus hasardeux.

Trailer E3 2019 de Marvel's AvengersEncore une fois, ausculter Marvel’s Avengers n’est pas une tâche aisée. Il faut bien comprendre par là que sa forme ne sera pas la même dans un an, voire un semestre. Du nouveau contenu viendra entre temps enrichir l’expérience. Mais pour l’heure, il convient de reconnaître que les Vengeurs de Crystal Dynamics se défendent plutôt bien. Les fans de l’univers Marvel ne devraient avoir aucun mal à s’immerger dans cette aventure tant la grandeur émanant des comics et autres films y est bien représentée.

La réalisation y est d’ailleurs pour quelque chose. En soi, le jeu est bien loin de porter atteinte à la donne visuelle de cette fin de génération. Sans forcément décrocher la mâchoire, le soin apporté aux éclairages, textures, animations et effets de particules est parfois assez saisissant. Il est cependant gênant que des bugs, tantôt de collision, tantôt d’affichage, ont décidé de perturber les festivités, en parallèle d’une certaine platitude au niveau de la direction artistique.

Mais d’ici là, les DLC et autres mises à jour arriveront sûrement pour corriger le tir, du moins c’est vers quoi les espoirs doivent se porter. Si l’état actuel de cette production Square Enix est satisfaisant, il soulève néanmoins une certaine problématique qui revient souvent lorsqu’il s’agit d’évoquer un tel modèle économique. En enlevant les éléments identitaires de l’univers dont il s’inspire, que reste t-il réellement de ce jeu, si ce n’est un cahier des charges de type Destiny-like ? Certes, la question mériterait ici d’être traitée dans le temps mais pour le moment, il n’empêche que la part des pères adoptifs de Lara Croft dans le processus créatif n’est pas toujours bien identifiable et celle d’Eidos Montréal encore moins. De manière plus précise, les bonnes idées sont bien là, mais baignent malheureusement dans une mare de parti pris plus hasardeux. En somme, le rassemblement fonctionne bien, mais manque encore d’harmonie pour pouvoir pleinement convaincre.

Ce test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée, fournie par l’éditeur, sur PlayStation 4.

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Mr.J
Aucun super-pouvoir, gameplay limité, fait partie du comité de protection des licornes. Recherche en vain cet alter ego qui lui permettra de mener à bien sa vendetta - "The monster you created has returned to kill you"

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