Test de Little Nightmares II (PS4, Xbox One, Switch, PC)

CONCLUSION

Sans grande surprise, Little Nightmares II poursuit son exploration du bizarre, du difforme et du grotesque sans daigner lever l'épais voile de mystère qui embrume l'univers de la licence depuis maintenant quelques années. Sa logique de train-fantôme, enchaînant les tableaux malsains sans parvenir à créer de véritables enjeux, finit par le desservir sans pour autant rendre le voyage indigeste. Y a-t-il une réelle histoire derrière Little Nightmares ? Nul ne le sait et si ça continue comme ça, personne ne le saura jamais.

Trois ans, deux jeux et quelques comics plus tard, on se rend compte que Little Nightmares a pris plus de galons que ce à quoi on s’attendait lors de la sortie du premier titre en 2017. Porté par un Bandai Namco confiant, les petits cauchemars de Tarsier Studios sont devenus une saga à part entière, que vient alimenter un Little Nightmares II plein de promesses et attendu au tournant par ceux qui espèrent obtenir des réponses satisfaisantes aux questions laissées en friche jusqu’alors. Navré de les décevoir, mais ce n’est pas avec cette suite que les grands mystères de l’univers de Little Nightmares seront révélés…

Golden Age of Grotesque

Little Nightmares II screenshot testNombreux sont les jeux qui se rêvent à devenir les nouveaux Limbo ou INSIDE. Il faut dire que les deux créations de Playdead ont marqué l’industrie au fer rouge, instaurant un genre complet, doté de ses codes, d’un langage propre et d’une logique que plus personne n’ose remettre en question. En 2017, Little Nightmares faisait partie de leurs héritiers. La perspective était un peu différente, ajoutant un soupçon de profondeur à l’ensemble, mais l’essentiel était là : une narration muette, des puzzles simples et un immense travail sur l’ambiance. Aujourd’hui, Little Nightmares II, c’est exactement la même chose.

Exactement. La même. Chose.

Le joueur se retrouve dans la peau d’un nouveau personnage, déjà aperçu au travers des comics téléchargeables sur n’importe quel smartphone. La vorace Six laisse donc sa place à Mono, un enfant muni d’un simple cabas troué en guise de couvre-chef, livré à lui-même au beau milieu d’une forêt pas franchement enchantée. Comme dans le premier opus, Mono devra traverser une poignée de niveaux, cinq en comptant l’acte final, chacun gardé par un adulte monstrueux auquel il devra échapper. L’Antre du premier jeu est ici troquée pour la Cité Pâle, une ville dominée par une grande tour sombre qui semble émettre des ondes malveillantes. Mais dans la structure, dans le déroulement des événements et dans la progression, Little Nightmares II est une copie carbone de son prédécesseur.

Des bienfaits de la téléportation

little nightmares 2 artEst-ce une mauvaise chose pour autant ? Oui et non. On ne le répétera jamais assez : changer une formule pour la simple raison d’avoir de la nouveauté n’est pas toujours une bonne idée, loin de là. Tarsier Studios s’appuie sur une formule maîtrisée, même si celle-ci bénéficierait fortement d’un petit affinage. On pense notamment à toutes ces séquences de fuite impliquant un déplacement sur trois dimensions, entachées par des mouvements manquants de précision. Autrement, Little Nightmares II offre exactement ce que l’on attend de lui, à savoir un court trip à travers des décors parfois vertigineux, souvent effrayants, face à des monstruosités marquantes, bien qu’elles le soient moins que par le passé.

Dans la structure, dans le déroulement des événements et dans la progression, Little Nightmares II est une copie carbone de son prédécesseur.

Contrôler un autre personnage permet de renouveler les énigmes de manière naturelle, en exploitant tour à tour les capacités de Mono (impliquant notamment des télévisions) et la coopération entre ce dernier et Six, puisque le personnage du premier jeu est ici présent en tant que soutien. Cependant, si l’enrobage permet d’éviter d’avoir trop cette impression de redite, le fond du jeu nous renvoie constamment à l’incompréhension provoquée par le final du premier jeu, non pas en termes de thématiques, mais d’histoire pure et simple.

L’art de la dégoration

Little Nightmares II screenshot testLa question est simple : que raconte Little Nightmares ? Nous n’avons toujours pas la réponse. Il est question d’enfants, de contrôle, d’adultes malfaisants, certes. Mais dans quel but allons-nous d’un point A à un point B ? Quelle est la finalité des jeux ? Si le choix de ne rien révéler peut être compréhensible dans le cas d’un one shot très sensoriel comme INSIDE, dont la fin n’est pas repoussée au prochain épisode, opter pour cette solution sur une licence qui s’étale sur plusieurs médiums (jeux et BD) et sur la durée a tendance à générer plus de frustrations qu’autre chose. Donner une finalité n’empêche pas de cultiver cette envie d’abstraction qu’ont les concepteurs du jeu, qui paraissent plutôt choisir une forme de facilité. “Voici des personnages et un univers, imaginez ce que vous voulez”. Acceptable une fois, pas au-delà.

Du coup, au lieu d’être réellement pris par Little Nightmares II, on se contente de le traverser comme le train fantôme de la fête foraine du coin. Chaque nouveau tableau est l’occasion d’admirer l’incroyable travail des artistes de Tarsier Studios et leur usage sensationnel des différentes sources de lumière. Little Nightmares était une œuvre visuellement très forte et ce nouvel opus, s’il n’est pas aussi dépaysant que le voyage offert par le premier épisode, remplit largement son quota de morbidité. On saluera notamment les quelques emprunts au cinéma d’horreur, Ring en tête. Idem pour le sound design, toujours juste quand il s’agit d’accompagner les lieux traversés de quelques bruitages ou d’une discrète mélodie.

Ce test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée, fournie par l’éditeur, sur Xbox.

Kuru
Kuru
Adulescent bienheureux, tantôt compagnon d'infortune de dieux Nordiques, tantôt jardinier attitré pour des Piñatas furieuses. Dans les deux cas, c'est avec le sourire et au trot !

L'ACTUALITÉ

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

quatre × cinq =