Test de Life is Strange True Colors (PC, PlayStation, Xbox, Switch)


Développeur : Deck Nine Games

Éditeur : Square Enix

Sortie : 10 septembre 2021

Supports : PC / PS4 / PS5 / Xbox Series X|S / Nintendo Switch

CONCLUSION

Bien qu’il ne va pas jusqu’à créer une tempête, de ses ailes délicates, Life is Strange : True Colors est un papillon d’une espèce bien rare. Poignant, brillant, enrichissant, captivant et même bienfaisant, les adjectifs élogieux ne manquent pas pour qualifier cette magnifique thérapie sur le deuil, cette merveilleuse ode à la vie. Reprenant ainsi le flambeau, après un Before the Storm bien en deçà de la première saison dont elle est la préquelle, Deck Nine Game frappe cette fois tout simplement en plein cœur. Il lui reste à présent à trouver son propre chemin afin de libérer pleinement sa puissance. Car en soit, ce True Colors serait lui-même une belle manière pour ses auteurs de tourner la page avec la licence et de prendre son envol. En tout cas, nous ne pouvons que lui souhaiter de continuer à colorer ainsi la planète vidéoludique.

Trois ans après une seconde saison sous le signe de la fraternité, la série Life is Strange est de retour. Pour cette rentrée 2021, elle s’offre un nouveau spin-off intitulé True Colors et dirigé par Deck Nine Games, le même studio qui s’était occupé de Before the Storm. Décevoir les attentes, maintenir la qualité ou surpasser ses aînés : trois directions, mais un seul choix possible ? Entre deuil, pouvoir de l’empathie et enquête sur fond de phénomènes surnaturels, la réponse semble aussi colorée que toute tracée.

Ce que pense le monde

Life is Strange TC - Les retrouvailles en famillePréservant la structure anthologique de la série, Life is Strange : True Colors propose de suivre l’histoire d’Alex Chen, fraîchement arrivée dans la vallée de Haven Springs. Bien décidée à faire table rase sur son enfance, entre foyers et familles d’accueil, notre jeune américano-chinoise y rejoint son grand frère Gabriel – surnommé communément Gabe, après huit ans de séparation. Apprécié de tous, ce dernier vit maintenant une relation avec une certaine Charlotte, et travail en tant que serveur au bar appelé le Black Lantern. Accueillie, dès son arrivée, comme un membre à part entière de la communauté, Alex va aisément trouver ses marques au sein de la petite bourgade du Colorado. Mais malheureusement, ses espoirs d’une nouvelle vie, calme et paisible, aux côtés de son dernier parent, vont rapidement être brisés.

Le soir même de sa venue, son frère va trouver la mort dans d’étranges circonstances. Toutefois, ce que personne sait, c’est qu’Alex a un don – ou une malédiction selon elle. Celui de percevoir les émotions et de lire les pensées. Et c’est avec ce pouvoir que notre héroïne compte bien éclaircir le mystère derrière le terrible drame entourant son frère. Elle était en quête d’un nouveau départ au sein d’un véritable paradis terrestre, l’orpheline va y trouver une nouvelle épreuve dans laquelle de lourds secrets seront à déterrer. Vous l’aurez compris, dès le début, sans mauvais jeu de mots, ce True Colors annonce la couleur. Pour ainsi dire, la psychologie du joueur n’est pas là pour passer un moment de détente. Celle-ci est aspirée dans un manège émotionnel à la seconde où le premier plan s’ouvre sur notre nouveau protagoniste.

La Couleur des Sentiments

Life is Strange TC - Une grande empathie implique un grand pouvoirSi pour Before the Storm, Deck Nine Game laissait paraître un certain manque d’assurance, pour True Colors, le studio reprend le relais avec une maîtrise remarquable. Dans sa course, il va même jusqu’à modifier sa foulée sans pour autant altéré la cadence établie par ses camarades de Dontnod. À commencer par la relation entre le personnage principal et son pouvoir. Contrairement aux aventures de Max Caulfield et des frères Diaz qui prenaient le temps de consacrer un pan à la découverte des facultés spéciales de chacun, celles d’Alex Chen introduisent cette dernière directement des années après sa rencontre avec ses capacités surnaturelles.

Comme évoqué auparavant, notre personnalité hors du commun du jour a l’incroyable aptitude d’entrer littéralement en contact avec le mental des gens. Ce phénomène se traduit plus particulièrement par le jaillissement d’une aura colorée – ou nova de lumière comme aiment le nommer les développeurs, autour d’un individu fortement sensible. Ce halo se teint d’un bleu aqueux lorsqu’il s’agit de tristesse, d’un mauve strident en cas de peur, d’un rouge feux en cas de colère et d’un jaune solaire en temps de joie. Dès lors, il convient à Alex de déployer pleinement ses sens afin de lire dans l’esprit de la personne émotionnellement chargée et peut-être l’aider à aller mieux.

Que ça soit à travers les différents choix moraux ou les thèmes abordés, la plume de Deck Nine vole avec grande précision.

I see your true colors shining through

Bien que parfois un peu casse-tête, ce pouvoir se veut en somme plutôt pratique. Cependant, il y a certaines contraintes dans son utilisation. Car en outrepassant les frontières affectives d’autrui, Alex se hasarde à se faire elle-même posséder par l’énergie parapsychique de son sujet. En restant trop exposée à quelqu’un fortement angoissé, elle peut, par exemple, voir son corps être saisi d’une certaine paralysie. Par ailleurs, une personne profondément en colère pourra la pousser à devenir violente au point de pouvoir s’en prendre à quelqu’un. Mieux vaut ainsi ne pas tenter des chemins trop hasardeux au risque de compromettre son investigation.

Life is Strange TC - I see your true colors shining throughEn outre, si ces manifestations métaphysiques sont avant tout humaine, elles peuvent également s’étendre jusqu’à submerger toute une pièce entière. Durant ces moments – que les développeurs ont appelés les « moments nova », les choses deviennent plus complexes. L’atmosphère change signalant ainsi à notre héroïne que plusieurs objets, liés notamment à un souvenir marquant, doivent être trouvés dans le but d’appréhender la situation. Et pour le coup, les développeurs se sont vraiment appliqués pour rendre chaque cas unique, et faire ainsi comprendre que personne ne vit une même émotion de la même manière. Bien évidemment, cette subjectivité passe, d’une part, par une mise en scène des plus soignées.

Un long épisode ou une petite saison ?

On est ici à mi-chemin entre un épisode de Euphoria et d’un de Big Little Liar. Le tout étant porté par une bande-son magistrale. Entre les compositions de Angus et Julia Stone qui invitent au voyage et les musiques sous licence de King of Leon, de Portugal. The Man ou encore de Mura Masa qui donnent littéralement envie de lâcher prise, les mélomanes trouveront assurément leur bonheur. Qui plus est, notre compagne de route étant elle-même une musicienne, quelques parenthèses chantées viennent, de temps à autre, offrir de quoi apprécier tout simplement le moment. Puis, pour la première fois, la narration s’émancipe du format épisodique.

Life is Strange TC - Et la vérité éclateraEn effet, à la différence de ses prédécesseurs, ce nouveau scénario est découpé en plusieurs chapitres. Ce qui permet d’avoir un rythme beaucoup plus souple et par conséquent, une lecture plus fluide. Si, en tout cas, au début, la contextualisation se fait de manière assez rapide, voire brutale, la mesure se veut ensuite davantage lente et posée. Dans la série Life is Strange, la notion de temps a d’ailleurs un rôle particulier. Ici, elle s’accorde autour d’un certain cycle qui est d’accepter le passé afin de s’adapter au présent et ainsi comprendre le futur donné. Il n’y a pas à proprement parler d’événement à éviter ou de menace à fuir. L’heure est avant tout au deuil. Et en ce sens, le manque d’un être cher se fait pleinement ressentir.

Sonate d’automne

Life is Strange TC - Haven Springs en carte postale 2De manière générale, à chaque point sensible qu’il évoque, True Colors arrive à toucher en pleine cible. Cette justesse est bien évidemment soutenue par la présence d’un casting haut en couleur – oui, j’avoue cette fois le jeu de mots venait du cœur. Tantôt attachants, tantôt détestables, tantôt émouvants, tantôt troublants, en termes d’écriture, nos personnages apparaissent tous plus vrais que nature. Et encore une fois, la branche américaine a pris soin de construire une empreinte sentimentale distincte à chacun sans même tomber dans la fosse aux clichés. Et ce n’est pas la qualité technique du jeu qui dira le contraire. La motion capture, notamment aux niveaux des visages, a atteint ici une hauteur pour le moins saisissante. Mais, s’il y a bien une figure qui sort du lot, c’est la ville en elle-même qui se présente véritablement comme un personnage à part entière.

Pouvant se traduire par « les sources d’un havre de paix », Haven Springs portent bien son nom. Entre ses horizons montagneux, la fraîcheur de sa rivière et ses rues bucoliques, il est difficile de ne pas tomber sous son charme. Également baignée de légendes et de cultures, cette petite ville fictive s’inspirant des contreforts du comté de Boulder, situé à côté de Denver (la ville où siège le studio Deck Nine), est le lieu idéal pour commencer une nouvelle vie. Les textures quelque peu décousues se font facilement oublier au milieu de ces plans de carte de postale. Il en est même dommage de voir l’exploration se contenir à un seul quartier. Il ne faut malheureusement pas s’attendre à de grandes balades en forêt ou à une visite des habitations environnantes. Seule l’allée commerçante principale sera à découvrir avec une poignée de boutiques accessibles.

Si pour Before the Storm, Deck Nine Game laissait paraître un certain manque d’assurance, pour True Colors, le studio reprend le relais avec une maîtrise remarquable.

Farewell Brother

Life is Strange TC - Une question de mise en scèneEncore une fois, s’il réussit brillamment à poursuivre la série tout en apposant d’intéressantes directions, Life is Strange : True Colors, de par son rôle de spin-off, semble toute de même se retenir. L’intrigue principale, bien qu’en retrait par moment, frappe en tout point dans le mille. Que ça soit à travers les différents choix moraux ou les thèmes abordés, la plume de Deck Nine vole avec grande précision. C’est indéniable. De plus, si certaines révélations se laissent devinées, celles liées à l’affaire de Gabe, au revanche, sont bien conservées jusqu’au dénouement. Cependant, là où les nuances manquent de chaleur, c’est au niveau du ton du jeu. À vrai dire, il y manque véritablement des moments où tout bascule.

Certaines scènes laissent pourtant la porte ouverte à ce genre de fulgurance. Pour au final n’être, le temps d’un frisson, qu’une caresse sur la détente d’un canon chargé. Attention, Life is Strange : True Colors n’en demeure pas moins une petite perle à découvrir et analyser au sein de la sphère vidéoludique actuelle. Le passage du jeu de rôle à taille humaine valant à lui seul le voyage. Et, outre d’être une jolie leçon d’empathie, il représente une bonne porte d’entrée pour ceux qui souhaitent approcher la série avant de s’attaquer à des arcs beaucoup plus délicats. Il convient toutefois de considérer qu’en restant dans l’ombre de Dontnod, l’équipe de Deck Nine Game ne délivre pas tout son potentiel. Du moins, c’est l’un des rares sentiments acidulés qui en ressort à la fin de cet excellent livre.

Ce test fut réalisé à partir d’une version dématérialisée, fournie par l’éditeur, sur PlayStation 4.

Mr.J
Aucun super-pouvoir, gameplay limité, fait partie du comité de protection des licornes. Recherche en vain cet alter ego qui lui permettra de mener à bien sa vendetta - "The monster you created has returned to kill you"

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