Test de Liberated (Nintendo Switch)

CONCLUSION

L’intention de base n’était pas mauvaise. Après tout, mixer deux médiums pour en tirer des œuvres uniques a déjà donné de belles choses. Liberated n’en fait pas partie. si les planches de BD valent le détour, la partie jouable se limite à une pâle copie des mécaniques de Limbo, Inside ou encore Deadlight. Il est encore plus triste de constater que, en dehors de l’habillage visuel, le jeu ne tire rien de sa dimension hybride. Jamais il ne surprend ou n’offre de compositions originales. Reste un récit dystopique de plus, dans un monde où la science-fiction commence doucement à tourner en rond...


Il est amusant de voir à quel point la réalité ressemble de plus en plus à une oeuvre de science-fiction. Vie privée, surveillance de masse, exploitations de données, drones, anarchie masquée : tous les ingrédients sont déjà là pour permettre au tout-venant de coucher sa dystopie-mais-pas-tant-que-ça sur papier. Ou sur nos écrans. C’est en hybridant ces deux possibilités que Liberated débarque sur nos machines, armé de son très bel enrobage en forme de comic book interactif. Hélas, il ne suffit pas de se prétendre révolutionnaire pour lancer une véritable révolution…

On ViT dAnS uNe SoCiÉtÉ

À l’heure où Anonymous sort de nouveau de son silence après de longues années de sommeil, Liberated apparaît comme presque familier. Serait-ce ces masques blancs rappelant furieusement le masque de Guy Fawkes ou cette tonalité inquisitrice et quelque peu pessimiste ? Atomic Wolf n’a pas eu à chercher bien loin pour compiler tous les éléments qui servent de base à l’histoire racontée dans Liberated. La liberté du peuple y occupe une place centrale, alors que la politique du gouvernement fait polémique. Doit-on sacrifier notre liberté pour un peu plus de sécurité ?

Ne vous attendez pas à beaucoup plus de philosophie, le titre se contente de ne pas prendre parti en déroulant des dialogues convenus, d’un côté comme de l’autre. La bonne vieille technique du “Oui mais, non mais”, qui ferait passer pour plus malin qu’il ne l’est n’importe quel soûlard du coin.

Si l’écriture n’évite pas les poncifs du genre et a même tendance à foncer dedans tête baissée, le format narratif demeure la plus grande réussite du titre. L’histoire racontée est tout juste moyenne mais les moyens de le faire sont plutôt inspirés. Tout le récit prend place dans des cases de BD, qui se remplissent au fur et à mesure. Le procédé rappelle certaines tentatives de rendre les comics plus “interactifs”, à travers l’ajout d’une bande sonore et de quelques mouvements au sein des cases. Sauf qu’ici, ça fonctionne et c’est parfaitement justifié par le médium.

Si la plupart du temps, les cases ne demandent rien de plus que de la lecture, avec animations et dynamisme à la clé, quelques-unes proposent de véritables phases de gameplay. C’est là que les choses se gâtent vraiment.

Run & grogne

Les phases jouables se divisent grosso modo en 3 catégories distinctes : les puzzles, les QTE et la plate-forme saupoudrée de shoot. Les énigmes, des casses-têtes à résoudre sur le smartphone de notre personnage, sont les plus réussies : elles sont peu nombreuses, simples et s’intègrent bien dans le récit. Les QTE sont un peu moins reluisants. Leur côté statique et forcé les fait baigner dans une certaine forme de ridicule. Les phases de plate-forme occuperont quant à elle la majeure partie du temps de jeu. Elles consistent simplement à aller de gauche à droite, comme dans tout bon “Inside-like”, en tirant sur quelques ennemis au passage.

Le problème, c’est qu’il est difficile de prendre ces phases au sérieux quand les développeurs sont incapables de les rendre intéressantes. La rigidité des animations nous renvoient de nombreuses années en arrière, sans parler de la petitesse du stick droit de la Switch, pas franchement apprécié pour sa précision. Tout devient pénible. Sauter, tirer, sauter, tirer. L’expérience ne se renouvelle jamais et la plupart de ces séquences traînent en longueur. Atomic Wolf ne profite pas du même talent que Playdead dans ce domaine et ça se ressent à chaque instant.

C’est d’autant plus problématique que techniquement, le jeu n’a rien de bien fou à proposer. Encore une fois, Limbo et Inside se détachent par des approches artistiques fortes, que l’on apprécie pour leur capacité à gommer le minimalisme technique dont les développeurs doivent faire preuve. La partie “dessinée” de Liberated a beau être propre, les phases jouables sont techniquement à la rue et ne véhiculent qu’à de très rares occasions les ambitions esthétiques du studio. On en vient à ne savourer que les planches fixes, au point de se demander si Liberated n’aurait pas mieux fait de n’être qu’une simple BD…

Ce test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée, fournie par l’éditeur, sur Nintendo Switch.

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Kurutchinhttps://www.goodtastepolice.fr
Adulescent bienheureux, tantôt compagnon d'infortune de dieux Nordiques, tantôt jardinier attitré pour des Piñatas furieuses. Dans les deux cas, c'est avec le sourire et au trot !

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