Test de Kingdom Hearts III (PS4)

Ce test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée, sur PS4, fournie par l’éditeur.

C’est l’histoire de la vie

Attendu comme le messie par les fans de la première heure, Kingdom Hearts 3 a la lourde tâche de clôturer une saga longue de huit jeux (sans compter les versions internationales et les compilations HD), répartis sur plusieurs plateformes. Autant dire d’emblée qu’en finissant cette épopée débutée en 2004 au Japon et en 2005 en Occident, on se sent un peu comme un lecteur d’Harry Potter ayant savouré les dernières lignes des Reliques de la Mort. Tout comme les aventures du célèbre sorcier de Poudlard, celles évoquées dans ce crossover ont donné vie à une mythologie qui demande de bien s’accrocher. Pour ceux n’ayant jamais entendu parlé de cette franchise de Square Enix, Kingdom Hearts est le résultat d’un pari fou : faire coexister les univers de Disney avec ceux des Final Fantasy dans un même jeu de type action-RPG.

L’histoire de Kingdom Hearts 3 prend place juste après les événements de l’épisode 3DS, Dream Drop Distance. Au cours de ce chapitre, le joueur en apprenait davantage sur les projets du grand méchant à la tête de l’Organisation XIII. Connu sous le nom de Xehanort, cet ancien Maître de la Keyblade qui est persuadé que l’équilibre entre la lumière et les ténèbres doit être maintenu, souhaite déclencher une nouvelle guerre des Keyblade. Afin de contrer cette menace, Sora et ses fervents acolytes Donald et Dingo sont envoyés à travers le royaume avec pour mission de réunir les sept Gardiens de Lumière. Toutefois, lors de sa dernière rencontre avec son ennemi, Sora perdit toutes ses capacités alors qu’il passait l’examen du Symbole de Maîtrise. L’aventure reprend lorsque le grand sorcier Yen Sid convoque nos héros dans la Tour Mystérieuse pour les informer qu’il reste encore un espoir face aux ténèbres. Il s’agit pour notre élu de la Keyblade d’acquérir le Pouvoir de l’Éveil. Notre équipe se lance alors dans un nouveau voyage initiatique à la recherche dudit pouvoir pendant que sa majesté Mickey et Riku tentent de retrouver Aqua, bloquée dans le Domaine des ténèbres, et Terra porté disparu.

Il est intéressant de voir comment la série Kingdom Hearts respecte son statut de crossover même dans son scénario qui, pour le coup, fonctionne sur deux niveaux. D’un côté, nous avons l’âme de Disney dont la structure se veut accessible à tous, et de l’autre, l’esprit de Final Fantasy qui propose une trame beaucoup plus complexe. Les péripéties que mènent Sora à travers les mondes qui, au passage, font revivre des moments clés des films Disney, sont facile à aborder. Toutefois, lorsqu’il s’agit de comprendre tout le lore et le lexique de la saga, cela prend davantage la forme d’un casse-tête. Pour ainsi dire, il est préférable d’avoir jouer aux précédents volets pour apprécier entièrement l’oeuvre de Nomura. Néanmoins, même si l’on n’a jamais touché à la licence, il n’en faut pas beaucoup pour que la nostalgie Disney montre le bout de son nez. Les débutants un tant soit peu friands des films de la marque de la souris aux grandes oreilles seront sûrement ravis de pouvoir plonger dans la Grèce antique avec Hercule, dans la mer des Caraïbes avec Jack Sparrow ou d’anéantir des Sans-cœur avec Ralph et Bob Razowski. Pour le côté Final Fantasy, ce troisième opus se montre à contrario, moins généreux que ces aînés. Les références faites à la célèbre série de jeux de rôles se font de manière plus subtile. Il y en a quelques-unes qui relèveraient presque de l’easter-egg.

Autant dire d’emblée qu’en finissant cette épopée, on se sent un peu comme un lecteur d’Harry Potter ayant savouré les dernières lignes des Reliques de la Mort.

Miroir, mon beau miroir, dis moi qui est la plus belle ?

On sent la volonté de Tetsuya Nomura de vouloir à la fois, rattraper plus de six ans d’absence tout tant donnant aux néophytes, assez de matière pour qu’ils puissent se familiariser avec la série. Bien qu’elle soit justifiable, cette intention a malheureusement tendance à desservir le rythme du jeu. Pour exemple, il n’est pas rare d’avoir des phases de combats très dynamiques entrecoupées de longues cinématiques aux dialogues lents et monotones. Bien évidemment, les cutscenes prennent soin de faire des piqûres de rappel sur les pans de l’intrigue des précédents volets, mais la manière dont cela est implanté dans les différents tableaux Disney provoque une certaine lourdeur à la narration. Toujours est-il que, si durant les première heures du jeu, le récit prend son temps pour reposer certaines bases, la cadence prend une toute autre tournure dans la seconde partie. En tout cas, cette petite maladresse de mise en scène n’empêche pas le joueur de s’attacher aux relations des personnages et de s’immerger dans leurs histoires. D’autant plus qu’elle est rapidement balayée par le soin apporté à l’esthétique du titre.

N’ayant pas marqué la génération de console précédente si ce n’est à travers ses portages HD, la série passe ici un tout autre cap en termes de graphisme avec ce Kingdom Hearts 3. Le jeu embrasse la qualité visuelle des films d’animation de Disney et Pixar, notamment lors des cinématiques. Certaines d’entre elles donnent réellement l’impression de voir l’oeuvre cinématographique originale s’animer devant nos yeux nostalgiques. Il ne faut bien évidemment pas se cacher que des contours mal lissés, des textures pas très huilées et des baisses de framerate traînent par-ci, par là. Mais, à aucun moment, ces légers défauts ne viennent renverser notre plaisir contemplatif surtout face à une direction artistique aussi maîtrisée. Tout est chatoyant, coloré et débordant de vie. Il en est même frustrant de ne pas pouvoir aller se balader au-delà du cadre imposé malgré l’architecture plus ouverte des maps.

La clé de la victoire

Heureusement que les Sans-cœur, Simili et autres Nescients sont là pour nous rappeler notre mission principale. Une fois que ces monstres ont envahi le terrain, il n’est plus question de vaquer à nos activités d’explorateur. C’est à nos Keyblade de prendre la parole et de donner une bonne leçon à tous les ennemis qui viendront nous barrer le chemin. A la fois fluide et intense, chaque affrontement prend les allures d’un véritable spectacle où s’orchestrent chorégraphies épiques et effets spéciaux féeriques sur les magnifiques compositions de Yoko Shimomura. Les combos s’enchaînent et défilent dans les airs, au sol et même sur les murs sans temps mort.

Et si nos coups ou attaques spéciales ne suffisent pas à prendre le dessus sur nos adversaires, on prend un malin plaisir à appuyer sur triangle pour invoquer après quelques enchaînements réussis, un extraordinaire manège. Du bateau pirate, aux tasses tournantes en passant par le train-train magique, les invocations sont cette cerise sur le gâteau qui en plus de rendre l’animation encore plus sensationnelle, diversifient profondément le gameplay. Pour varier encore plus les plaisirs, notre arme principale peut désormais prendre plusieurs formes et cela directement en pleine bataille. Transformer la Keyblade en un duo de pistolet laser pour frapper à distance, en un sceptre magique pour couvrir une zone plus importante ou encore en marteau géant pour augmenter ses dégâts, sont autant de possibilités offertes au joueur pour qu’il puisse élaborer son propre style de combat.

Le jeu embrasse la qualité visuelle des films d’animation de Disney et Pixar, notamment lors des cinématiques.

La Belle et la Bête

Devant une telle effervescence de mécaniques, on pourrait croire que la prise en main en devient alambiquée. Au contraire, la gestion des commandes se fait à travers le traditionnel menu d’actions présent en bas à gauche de l’écran ce qui facilite grandement le travail. Par ailleurs, plus le gameplay s’enrichit au fil de notre progression, plus il semble se confirmer un problème au niveau de l’équilibre des forces. En effet, notre puissance est bien trop grande par rapport à celle de nos opposants qui en plus d’imposer aucune réelle stratégie, peinent à montrer de la résistance. Même si au niveau de difficulté le plus élevé les choses s’arrangent un peu, le gameplay du jeu aurait fortement gagné en densité avec plus de challenge. Malheureusement ce sont davantage les caprices de la caméra et les déplacement parfois imprécis du personnage qui viennent apporter, à leur façon, du piment aux affrontements.

Pour contrebalancer ce déséquilibre, Kingdom Hearts 3 a travaillé le level-design de ses mondes de manière à ce que le joueur ne se sente jamais inactif durant ses missions. Qui plus est, notre œil est constamment attiré par un élément du décor. Comme si Disneyland ouvrait ses portes, les environnements mettent à disposition une abondance de mini-jeux et d’objets avec lesquelles il est possible d’interagir. Glisser sur des rampes de nuage au sein du Mont Olympe, faire de la luge sur les plaines du royaume d’Arendelle ou encore piloter un mini-mécha à l’intérieur d’un centre-commercial font que, à aucun moment, le voyage de Sora ne laisse place à l’ennui. On se plait à découvrir de nouvelles expériences à chaque fois que l’on débloque un nouvel univers.

Gummi ! Gummi ! (A Man After Midnight)

Bien décidé à être dans l’ère du temps, ce troisième épisode intègre une technologie qui ajoute de sympathiques nouvelles fonctionnalités au jeu, à savoir le Gummiphone. Comme son nom le laisse entendre celui-ci est, pour faire simple, un smartphone qui permet de prendre des photos, suivre sa progression, faire des selfies avec ses amis (lors des cutscenes) et jouer à des petits jeux au style assez particulier. Ceux ayant rencontré Roxas dans le second épisode se souviennent sans doute de ce passage en noir et blanc façon vieux dessin animé. Ici, nous avons droit à un clin d’œil du même acabit avec l’introduction d’une vingtaine de défis inspirés des consoles de poche Game & Watch. Adaptés des tout premiers court-métrages dédiés à Mickey Mouse, tels que Champ de Bataille (The Barnyard Battle) ou le Pays des Géants (Giantland), ces bonus sont des petites parties de scoring qui offrent d’agréables pauses entre deux combats.

Au-delà du simple gadget, le Gummiphone sert également à corser le parcours du joueur en lui soumettant des objectifs complémentaires. Ce dernier aura en effet, de quoi jouer les explorateurs en cherchant d’une part, les emblèmes à l’effigie du roi Mickey. Les niveaux regorgent de ces symboles parfois de manière assez ingénieuse, le but étant de les photographier afin de remporter des objets spéciaux. Il y a également la boutique Mog qui en plus, de présenter tout un étalage d’armes et d’équipements à vendre, propose son lot de quêtes annexes. Les mignonnes petites mascottes de Final Fantasy ont besoin en effet d’inspiration afin de créer de nouveaux matériaux. Pour les aider et recevoir en cadeau des formules de fusion spéciales, de nombreux environnements et monuments devront être trouvés à partir d’énigmes et pris en photo.

Vers l’infini et l’au-delà

Dans la famille des “gummi”, le fameux astronef fait également son grand retour et de surcroît, sous une nouvelle apparence. Si auparavant les séquences à bord du Vaisseau Gummi se présentaient simplement sous la forme de phases en rail shooter, elles sont dans ce Kingdom Hearts 3 désormais en monde ouvert. Au nombre de trois, les galaxies à découvrir fourmillent de trésors en tout genre, comme des pièces servant aux fusions ou même des plans de vaisseau, qui n’attendent qu’à être récupérés. Et si vous êtes en manque d’objectif des collectibles se cachent sous la forme de constellations qui une fois répertoriées via le mode photo, offrent de sympathiques récompenses. Mais il ne faut pas oublier que l’espace est aussi un lieu hostile où les Sans-cœurs sèment la pagaille. Tout en restant facultatives les rencontres avec ces êtres obscures au milieu des étoiles donnent lieux à des petites parties de shoot’em up qui savent prendre par les sentiments. Bien évidemment, chaque bataille accomplie se finalise par une prime.

Glisser sur des rampes de nuage au sein du Mont Olympe, faire de la luge sur les plaines du royaume d’Arendelle ou encore piloter un mini-mécha à l’intérieur d’un centre-commercial font que, à aucun moment, le voyage de Sora ne laisse pas de place à l’ennui.

Totalement personnalisable, notre mode de transport permettant de faire la jonction entre les différents mondes bénéficie également d’un système d’expérience plus poussé. Les possibilités de personnalisation augmentent à présent, en fonction des niveaux gagnés. Concernant la partie création, tout se passe via les services du mythique duo tic et tac. Complet et ergonomique, leur garage réserve de longues heures aux constructeurs en herbe qui souhaitent modéliser de la tête au pied leur croiseur spatial. Chaque changement effectué sur celui-ci impacte sur ses statistiques. Accrocher par exemple des canons supplémentaires peut augmenter la puissance de frappe mais en contrepartie, baisser la mobilité. Libre au joueur de choisir ainsi quel genre de véhicule il souhaite commander. En d’autres termes, piloter le Vaisseau Gummi est un jeu à lui tout seul, qui ajoute des heures d’amusement au compteur. Certes, on peut s’accorder sur le fait que ces expéditions interplanétaires ne collent pas vraiment avec le cadre initial du jeu. Néanmoins, elles apportent à leur façon, de la consistance au voyage de notre héros et notamment dans la construction spirituelle de ce dernier.

Avant de rejoindre la lumière

Malgré son aspect enfantin, Kingdom Hearts est aussi une série qui a réussi, avec intelligence, à ne pas tomber dans un schéma classique où se joue un simple conflit manichéen. Bien que le concept de la “lumière contre les ténèbres” puisse faire penser le contraire, le développement du casting et les enjeux qui en découlent sont d’une grande profondeur. Que ce soit dans son propos, ou dans la manière dont est elle est traitée, la formule de ce crossover atteint ici un seuil de maturité qui donne matière à réflexion sur de multiples thématiques psychosociales.

Si une page importante vient de se tourner, que ce soit pour la licence ou pour le genre, le livre n’en reste pas moins ouvert. Beaucoup de questions demeurent encore sans réponse ce qui n’empêchent pas à d’autres arcs scénaristiques de les développer. En attendant, les fans ont de quoi nourrir leur esprit théorique. Quoi qu’il en soit, les pièces du puzzle s’emboîtent correctement et forment un tout parfaitement cohérent, même si quelques raccourcis viennent faciliter certains liens.

Comme si Disneyland ouvrait ses portes, les environnements mettent à disposition une abondance de mini-jeux et d’objets avec lesquelles il est possible d’interagir

Arrivé à la fin du périple du jeune prodige de l’île du Destin, alors que le générique défile, le sentiment d’avoir participé au dénouement d’une grande aventure submerge. Alors même que la durée de vie tend vers les 35h en allant plus ou moins à l’essentiel, on en vient à en demander encore plus. Un ou deux univers additionnels n’auraient vraiment pas été de trop. En tout cas, comme le souligne Woody aux termes de son passage, “les au-revoir sont difficiles”. Le soin apporté à l’écriture des protagonistes est maintenue jusqu’à la fin, au point de donner l’impression de devoir quitter des amis d’enfance. Et ce n’est pas la musique qui va aider à soulager notre mélancolie face à une telle situation, tellement elle prend aux tripes. Attachante et remplie de surprises, l’oeuvre Kingdom Hearts a de quoi faire partie de ces nombreuses expériences dont on aimerait oublier les souvenirs afin de redécouvrir et savourer ce sentiment de première fois.

C'est trop long votre test... Il faut retenir quoi en fait ?
    + L’ambiance Disney fidèlement retranscrite
    + Un gameplay jouissif et spectaculaire
    + Des personnages attachants
    + Une direction artistique grandiose
    + Les musiques de Yoko Shimomura
    + Une constante impression de mouvement
    + L’Unreal Engine très bien exploité
    + Les mini-jeux façon Game & Watch
    + En somme, tous les à-côtés
    + Une fin qui récompense les fans
    + Bonne durée de vie
    – Mais au final, on en veut plus
    – Il faut avoir joué aux autres épisodes
    – Une narration au rythme saccadé
    – Des déplacements qui manquent de précision
    – Une caméra un peu capricieuse
    – L’absence de challenge et de stratégie lors des combats

Mention HIT jeuxvideo24, les meilleurs jeux

LE VERDICT
FINAL FANTASIA
8
Mr.J
Aucun super-pouvoir, gameplay limité, fait partie du comité de protection des licornes. Recherche en vain cet alter ego qui lui permettra de mener à bien sa vendetta - "The monster you created has returned to kill you"

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