Ce test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée, fournie par l’éditeur, sur Playstation 4.

Chasser ou être chassé

Au sein de la sphère vidéoludique, il n’est pas rare qu’un projet prenne plusieurs formes au cours de son développement. Certains essayent différentes directions, pendant que d’autres se voient passer de studio en studio avant de trouver leur réelle identité. S’il fallait un exemple pour illustrer ce propos, la production de Crytek en est un très bon. En juin 2014, le studio allemand annonçait la première licence de sa branche US baptisée Hunt : Horrors of the Gilded Age, un free-to-play coopératif à la troisième personne se déroulant dans un univers dark steampunk. Perturbé par les problèmes financiers de ses créateurs, le jeu (dont le développement sera finalement transféré à Francfort) va tout doucement disparaître des radars, alors même qu’une bêta fermée était prévue.

Les années passèrent sans une once d’information, ce qui laissa penser que l’affaire était ni plus ni moins tombée dans le carton des classées. Pourtant, contre toute attente, la firme finira par prouver le contraire en 2017 en publiant un petit teaser pour confirmer l’existence du jeu, mais sous une apparence et un nom quelque peu modifié. Il ne s’agit plus d’une aventure coopérative à proprement parler, ni même d’un TPS. Le projet s’appelle désormais Hunt Showdown et tranche dans le FPS compétitif.

Sur le papier, l’engouement d’avoir affaire à la nouvelle attraction des papas de la série Crysis et du premier Far Cry est tout aussi légitime que la crainte de voir arriver un ersatz banal de battle royale. Dans tous les cas, la démarche de vouloir trouver sa place au sein d’un marché pour le moins saturé n’est pas des plus faciles. Pour ainsi dire, Hunt Showdown va devoir avoir les épaules solides pour arriver à son but.

On dirait le Sud

Les voix des Houmas raisonnent sur les cordes torturées des instruments cajun pendant que les saules pleureurs, à leur écoute, déposent leurs larmes sur les marais qui ne rendent en retour que reflet médusé. Malgré les prières et les implorations, ces terres qui autrefois se voulaient fertiles et sacrées sont à présent l’antre des Enfers et de ses abominations. Bienvenue en Louisiane, année 1895, où les enfants de satan ont décidé de venir passer des vacances, non pas pour écouter du jazz en famille, mais plutôt pour assouvir leur soif d’annihilation. Face à ce cauchemar, le dernier rempart se trouve être un groupe de chasseurs de prime aux pouvoirs un tantinet spirituels. C’est donc, en incarnant un de ces mercenaires sauvages, au sein d’une grande chasse mêlant à la fois PvE et PvP que le joueur prend part.

En guise de contextualisation, il faudra se tenir à ces quelques lignes car le nouveau titre de Crytek n’est pas là pour les longs discours. Tranchant vivement avec les habitudes du studio, Hunt Showdown joue avant tout dans la cours des shooter compétitifs en ligne. Aucune campagne scénarisée n’est présentée ici au menu. Seuls deux modes de jeu à jouer en solo ou accompagné de maximum deux autres camarades sont à l’ordre du jour, ce qui est non seulement mince mais également fort dommage lorsqu’un background au potentiel aussi grand nous est proposé. Dans les façons de découvrir l’État du pélican sous les ténèbres, il y a tout d’abord les missions de chasse à la prime à l’intérieur desquelles le joueur est lancé sur une carte afin d’éliminer une horrible bébête. Mais avant d’en découdre avec celle-ci, il faut bien évidemment la trouver.

1, 2, 3, nous irons au bois

Pour ce faire, tout commence par une phase de traque qui rappelle pas mal le système de recherche d’un certain Monster Hunter World. Le premier objectif est de recueillir trois indices éparpillés sur la map. À ce moment, il est fort conseillé d’utiliser la vision de chasseur dont la particularité est de mettre en surbrillance les zones d’intérêt. Une fois les pistes tracées, le signal pour aller régler son compte à la créature qui hante les lieux est donné puisque sa cachette nous est tout bonnement révélée.

Les combats face aux boss de terrain se déroulent en trois temps : les tuer, exorciser leur âme et récolter la prime. Un boucher à la tête de porc, une araignée géante et une horrible entité faite d’insectes dévoreurs, chaque monstre dispose de caractéristiques qui lui sont propres. L’affrontement avec ces aberrations de la nature sont fort ardus et le chemin qui mène à eux est tout aussi périlleux. Mais, il reste qu’un bestiaire à l’effectif de trois boss est tout de même pauvre.

Le titre de Crytek n’est pas là pour les longs discours. Tranchant vivement avec les habitudes du studio, Hunt Showdown joue avant tout dans la cours des shooter compétitifs en ligne.

Histoire de rendre la rencontre plus équitable, notre traqueur, de son côté, peut trouver tout un lot de piège à utiliser sur son chemin. La grande mygale saura par exemple se montrer plus docile avec une lanterne à huile dans la gueule. Mais si vous pensiez qu’au terme de cet affrontement l’affaire serait dans le sac, vous n’êtes pas au bout de vos surprises. Il reste encore une épreuve à surmonter, et pas des moindres puisqu’elle s’avère même être la plus tendue de la partie. En vérité, il est à présent temps de rejoindre sain et sauf un point d’extraction.

D’ordinaire, cette tâche pourrait paraître simple, mais ce serait sous-estimer à la fois les hostiles créatures qui rôdent dans les parages, et les autres participants dont l’unique but est de récupérer le gain en notre possession. Avec ce schéma à l’esprit, la vigilance est tout naturellement de mise car la menace peut surgir de n’importe où, et ce à tout moment.

Il existe le bon chasseur…

Et autant ne pas perdre ce paramètre de vue car il s’applique également à l’intérieur du second mode de jeu. Purement baptisé partie rapide, celui-ci est, pour faire simple, comparable à un Battle Royal. L’objectif est ici de finir en tant que dernier survivant parmi 10 challengers (ou 5 duos) tout en refermant quatre failles situées aléatoirement sur le champ de bataille. Dans le cas présent, le piment est un peu plus relevé car la rencontre est limitée à 15 minutes, ce qui nécessite de gérer sa stratégie plus promptement.

En somme, quel que soit la campagne choisie, le programme proposé peut certes paraître classique, mais son système à double menace est suffisamment bien structuré pour donner une allure singulière à l’ensemble. Qui plus est, au milieu de toute cette équation, il ne faut pas omettre la place du level-design qui n’hésite pas à nous déstabiliser tout au long de notre avancée. Dans tout bon survival qui se respecte, le son est un élément central. Outre d’aider une oeuvre à renforcer sa puissance immersive, le sound design intervient également dans le gameplay en tant que mécanique programmé notamment à trahir ou suggérer la position de notre personnage.

Si Hunt Showdown n’échappe bien évidemment pas à cette règle, il va même plus loin en intégrant de véritables obstacles sonores. Des chiens qui aboient à notre vision, des corbeaux qui s’envolent par peur de notre approche ou la simple intonation de notre arme, nombreux sont les facteurs de localisation qui peuvent agir ou non en faveur de notre approche. Reste à savoir si les autres concurrents sauront les utiliser à bon escient. Autrement dit, piéger ou être piégé, telle est la question à laquelle le joueur devra répondre de la meilleure façon qu’il soit, s’il souhaite bien évidemment aller au bout de son parcours.

Encore une fois, ce système à deux variables fonctionne très bien. Tantôt on se sent démuni tel un animal en cage, tantôt on est convaincu d’avoir l’ascendant sur notre cible. Il est toutefois dommage que ce sentiment soit brouillé par une prise en main trop ancrée dans le sol. Les déplacements et la visée auraient notamment mérité un peu plus souplesse. Quoi qu’il en soit, la frontière qui sépare la proie et le prédateur n’est ici pas si évidente à borner. Au-delà d’illustrer convenablement le principe de base, ce tiraillement positif, pour le coup, est d’autant plus intéressant qu’il colle bien à l’ambiance même du titre.

La frontière qui sépare la proie et le prédateur n’est pas si évidente à borner. Ce tiraillement positif est d’autant plus intéressant qu’il colle bien à l’ambiance même du titre.

Et le mauvais chasseur

Sur ce point, l’équipe de Crytek ne tient apparemment pas à cacher son amour pour les univers lovecraftiens et les créatures à la Clive Barker et John Carpenter. Avancer dans l’étrange Bayou de Hunt Showdown est à la fois ensorcelant et terrifiant. Des marécages poisseux aux tas de cadavres purulents qui couvrent les champs d’avoine, en passant par les maisons inhospitalières et la tanière macabre du monstre à bannir, aucun lieu n’est plus rassurant que l’autre.

Pourtant, derrière ce décor qui sent bon la mort souffle un vent de fraîcheur qui chatouille notre curiosité (ou notre folie). Cependant, bien que d’un point de vue artistique, le tableau se veut très inspiré, il est difficile d’en dire autant de son habillage. Entre les contours mal lissés, les textures brouillonnes et les reliefs en carton, le CryEngine montre ici rapidement ses limites, du moins sur consoles. Si possible, la version PC est donc à privilégier.

Il n’y a rien d’autre à mettre en exergue sur Hunt Showdown si ce n’est qu’il manque clairement de contenu. La jonction entre chasse et survie est intéressante à jouer mais peu engageante sur le long terme. En proposant uniquement deux modes de jeu en ligne, Hunt Showdown peut à ce rythme vite se retrouver piéger par son propre concept. L’ajout de quelques activités supplémentaires ou ne serait-ce une campagne scénarisée aiderait beaucoup le joueur à nourrir son envie de progresser.

D’ailleurs, concernant le système de progression, l’idée présentée ici est assez discutable. En ce sens, le joueur dispose d’une lignée qu’il doit enrichir et faire évoluer en achetant des recrues et des équipement. Une fois le stade dit “assisté” d’un chasseur accompli, la mort en match est pour lui permanente. Autant dire que les aventuriers non adeptes de ce type de mécaniques vont vite sentir le goût de la frustration arriver, aussi bien pour l’aspect punitif que le potentiel gâché du titre. Mais du moment que l’on prend Hunt Showdown pour ce qu’il est, à savoir une grande battue, sa découverte ne reste pas moins plaisante à faire surtout en compagnie d’un ou deux amis de la chasse.

LE VERDICT
CONCLUSION
6
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Aucun super-pouvoir, gameplay limité, fait partie du comité de protection des licornes. Recherche en vain cet alter ego qui lui permettra de mener à bien sa vendetta - "The monster you created has returned to kill you"

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