Test de Hidden Agenda (PS4)

Ce test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée sur PlayStation 4, fournie par l’éditeur.

Le dernier trapeur

Imaginez un croisement, celui de Seven de David Fincher et de la saga Saw. D’un côté, des rebondissements et de la crasse. De l’autre, des rebondissements et de la crasse aussi, mais avec des pièges dedans. C’est le cocktail que nous offre Supermassive Games avec Hidden Agenda, en propulsant directement les joueurs sur la piste du Piégeur. On n’invente rien, c’est son nom. Il est chauve, pose des pièges à souris partout et n’aime pas trop la police. Face à lui, le joueur incarne une paire de personnages féminins forts. Enfin, incarner est un bien grand mot et c’est là que Hidden Agenda se distingue des jeux du genre : à aucun moment les joueurs ne contrôlent les personnages. Ils servent plutôt d’intermédiaires entre ces derniers et leur conscience. Comment ce personnage doit réagir, quelle approche doit-il adopter, doit-il sauver son coéquipier ou son otage ?

Les joueurs font en quelque sorte office d’ange d’épaule. De cette manière, Supermassive Games poursuit le travail entamé sur l’excellent Until Dawn en soulageant Hidden Agenda de tous les éléments superflus qui parasitaient son appréciation. D’un Heavy Rain-like, on passe à quelque chose de beaucoup plus épuré, sans pour autant perdre l’implication du joueur en route. Le jeu n’a besoin que d’un simple pavé tactile permettant de pointer à l’écran pour fonctionner. Rien de plus. Et ça marche. Ça marche même très bien. Il n’y a aucune commande à apprendre et le jeu peut être joué par quasiment n’importe qui, presque sans contrainte. Presque, car il y a tout de même un obstacle de taille : la qualité de l’écriture.

Until Dawn bénéficiait d’un effet con-mais-jouissif assez salvateur. Si le gameplay n’était pas parfait et le scénario empilait les clichés, il était facile de se taper les cuisses en jouant avec le destin des personnages. Le côté « plaisir coupable » du cinéma d’horreur sans doute. Pour Hidden Agenda, c’est différent. L’intrigue se veut plus cérébrale, enquête policière oblige. On est loin de la série B. Le problème, c’est que ce genre d’écriture n’est pas à la portée de tout le monde. Twists réussis et dialogues improbables sont monnaie courante dans Hidden Agenda. En résulte une aventure des plus sympathiques, certes peu aidée par une écriture maladroite, mais diablement réjouissante quand on applique son concept à fond. Chaque décision pèse plus ou moins sur l’avancement du scénario et l’investissement des joueurs fait vite oublier les défauts narratifs. Supermassive Games a eu l’excellente idée de proposer un mode coopératif et un mode compétitif. Si le premier permet de découvrir l’aventure à la fraîche, le second encourage les coups bas et la discussion de salon. Hidden Agenda serait-il le premier jeu de société cinématographique ? Peut-être.

“How many emotions is people?”

Néanmoins, en dehors de son concept très « noob friendly » qui risque de scotcher les plus sceptiques, c’est bel et bien la réalisation qui détonne le plus dans Hidden Agenda. Sans être aussi mémorable que dans Until Dawn, la mise en scène se veut très inspirée et Supermassive Games prouve encore une fois sa très grande maîtrise des jeux de lumière. Cette maîtrise rattrape les défauts d’écriture sus-cités et appuie chaque moment de tension et de doute que compte l’aventure. Dommage que les développeurs n’aient pas osé pousser le curseur à fond en adoptant un rythme plus nerveux. Symptomatique des traditionnels enchaînements de chapitre, Hidden Agenda fait constamment appel à de simples fondus noirs en guise de transitions. De la même manière, un narrateur vient toujours expliquer aux joueurs ce qu’il faut faire. La première fois, d’accord. Il ne faudrait pas les perdre dès le début. Mais deux fois ? Trois fois ? Dix fois ? Non.

Messieurs, vous souhaitez brouiller encore plus la limite entre cinéma et jeux vidéo ? Allez-y, mais pas à moitié. Aussi fou que cela puisse paraître et malgré une envie évidente d’aller toujours plus loin dans l’hybridation, Hidden Agenda n’est pas encore suffisamment cinématographique. Son héritage vidéoludique, trop apparent, vient gâcher la moindre tentative d’instiller un minimum de rythme. C’est d’autant plus frustrant que le casting fait parfaitement le job. Le moteur de Supermassive Games en a sous le capot, c’est indéniable, et même si on pourra tiquer sur la rigidité de l’ensemble, le tout est technologiquement assez avancé. Les amateurs de Arrow se régaleront des mimiques de Katie Cassidy, sans l’ombre d’un doute.

Mention HIT jeuxvideo24, les meilleurs jeux

LE VERDICT
LE CRIME EST (PRESQUE) PARFAIT
7
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Adulescent bienheureux, adepte des causes perdues et du tabassage en règle de Piñatas.