Ce test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée fournie par l’éditeur, sur PC.
Greedfall est disponible sur PC, PS4 et Xbox One.

Légendes d’automne

Il serait absurde d’entamer le test d’un jeu estampillé Spiders sans mentionner ce qui fonctionne toujours chez eux : l’univers. Parce que la qualité première d’un jeu Spiders réside précisément là-dedans. D’ailleurs, difficile de ne pas croire que ce n’est pas encadré quelque part dans les couloirs de leurs bureaux. Et à ce jeu-là, force est de constater que le studio s’est surpassé pour nous offrir leur plus belle création à ce jour. Greedfall prend la forme d’un RPG dans un monde orienté “Renaissance fantasy”. Les tricornes et les capes côtoient les monstres boisés, alors que tout le monde a les yeux tournés vers les contrées vierges et les teintes automnales de Teer Fradee. C’est en quelque sorte le Nouveau Monde de Greedfall, le lieu de toutes les convoitises.

Greedfall raconte la découverte, l’exploration et la potentielle conquête de cette île mystérieuse, jusque là occupée uniquement par des populations locales, des natifs. Impossible de ne pas faire la parallèle entre le passé colonialiste de l’Europe et l’histoire contée par Spiders, sur laquelle viennent en plus se greffer quelques thématiques plus modernes, comme la cause environnementale. Comme à l’accoutumée chez le studio français, toute cette partie est absolument renversante. La direction artistique tour à tour fastueuse et tribale, les nombreux textes à ramasser, la cohérence de l’ensemble, tout fonctionne à merveille et on s’immerge sans peine dans le titre, pendant un temps tout du moins. En effet, le scénario nous fait rencontrer différentes factions, toutes avec leurs objectifs, leurs alliés et opposants. C’est une véritable lutte de pouvoir qui se joue devant nos yeux, au centre duquel nous espérons avoir un rôle à jouer.

Au début et pendant la plus grande partie de l’intrigue, l’illusion est bien là. On essaie de maintenir de bonnes relations avec tout le monde (ou pas) en fonction de nos choix, jusqu’à ce qu’un élément en particulier vienne entacher le tableau. Pendant longtemps, Greedfall fait l’impasse sur le traditionnel méchant de service, en faisant appel à une écriture solide, aussi bien dans la quête principale que la plupart des missions secondaires. Notre travail de médiation suffit, conscients que nous sommes qu’il faudra bien que ça aboutisse sur quelque chose. Néanmoins, les ambitions scénaristiques de Spiders sont finalement rattrapées par la nécessité de mettre en place une opposition clairement matérialisée, sous la forme d’un méchant comme on en voit partout. Dans d’autres jeux, ça n’aurait rien de particulièrement choquant. Dans Greedfall, alors que le background et le scénario sont centraux, ce revirement de situation a de quoi agacer. Cela étant dit, cela ne concerne que le dernier quart du titre, superficiellement traité par des équipes dépassées par leur propre appétit. Un comble tout de même !

Mon fusil et malichor

Il faut dire qu’habituellement, ça coince toujours quelque part, peut-être à cause de la nature AA des jeux du studio, en dépit d’ambitions techniques modestes. Greedfall n’échappe pas à la règle et c’est surtout l’histoire qui en pâtit. En revanche, le gameplay est une bonne surprise ! Le jeu n’est pas là pour concurrencer Assassin’s Creed ou The Witcher, bien qu’il en reprenne les principaux éléments. On se retrouve face à des dialogues à l’issue variable, avec quelques compétences à utiliser ça et là pour se mettre des interlocuteurs dans la poche ou trouver des chemins alternatifs. Le jeu nous laisse une certaine liberté dans nos actions, sans pour autant se transformer en bac à sable géant. D’ailleurs, il est plaisant de constater que Spiders n’a pas cédé aux sirènes de l’open world, ce qui aurait été l’équivalent d’un suicide au vu de la taille des équipes impliquées. À la place, Greedfall propose une multitude de zones fermées, toutes bien conçues, avec de nombreux passages, parfois utiles pour des quêtes secondaires, parfois simplement là pour mener à un coffre richement rempli.

À force de voir des studios atteints de la folie des grandeurs, il est plaisant de constater que Spiders a su garder les pieds sur terre pour se focaliser sur l’essentiel, à savoir son coeur de gameplay, fait de combats (forcément). Le studio a fait d’immenses efforts pour rendre ses phases d’action plus intéressantes et mieux rythmées. Il existe trois façons de défaire ses ennemis : au corps-à-corps, à distance avec une arme à feu (et des pièges) ou à l’aide de la magie. Les trois possibilités sont viables et permettent de se sortir de toutes les situations. Chacune peut être développée selon les préférences du joueur dans un arbre de compétences suffisamment rempli pour donner un bon sentiment de progression, avec quelques nouvelles mécaniques en cours de route. On pourra par exemple enduire nos armes ou manier des épées à deux mains si le besoin se présente. Tout le monde n’ayant pas la même façon de jouer, les possibilités sont suffisamment larges pour que chacun puisse trouver chaussure à son pied. Classique, mais efficace. On regrettera simplement que le titre ne propose pas plus de spécificités dépendantes de son univers, parfaitement adapté pour quelques expérimentations. Ce sera pour une prochaine fois !

À force de voir des studios atteints de la folie des grandeurs, il est plaisant de constater que Spiders a su garder les pieds sur terre pour se focaliser sur l’essentiel, à savoir son coeur de gameplay, fait de combats (forcément).

Renaissance technique

S’il y a bien un autre point sur lequel Greedfall marque une vraie rupture avec les précédentes productions de Spiders, c’est sur sa partie technique. D’un seul coup, Greedfall n’est pas devenu Red Dead Redemption 2, on ne parle pas de ce genre d’accomplissement. Simplement d’un travail bien fait, qui fait preuve d’une véritable maturité technique en dépit de faiblesses “logiques”. On soulignera la qualité du travail sur les décors, les costumes, riches en détails, colorés, variés. Les visages quant à eux ne trompent personne : on est bien face à un titre AA. Les animations faciales nous renvoient constamment à la génération précédente, tout comme l’intérieur des bâtiments, tous similaires. Ce qui différencie Greedfall d’un Sinking City, qui, pour rappel, souffrait des mêmes tares, réside dans l’exécution. En réalité, le manque de budget est une excuse…qui n’excuse pas tout. On peut copier et coller des bâtiments à droite et à gauche, la solution est de faire les bons choix pour que le joueur puisse oublier qu’il visite constamment le même lieu. Ici, c’est la structure du titre qui nous fait rapidement oublier ce genre de limites.

Enfin, composition de Olivier Derivière oblige, comment ne pas évoquer la musique de Greedfall ? Déjà à l’oeuvre sur A Plague Tale de Asobo, dont la proposition sonore en avait marqué plus d’un (à juste titre), il est ici sur quelque chose de plus classique. Pas de quoi crier au scandale pour autant, même en se contentant de faire des partitions efficaces, Derivière reste largement au-dessus du lot. Ce n’est pas donné à tout le monde après tout.

Mention HIT jeuxvideo24, les meilleurs jeux

LE VERDICT
CONFIRMATION
7
Kurutchin
Adulescent bienheureux, tantôt compagnon d'infortune de dieux Nordiques, tantôt jardinier attitré pour des Piñatas furieuses. Dans les deux cas, c'est avec le sourire et au trot !

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