Test de Ghosts ‘n Goblins Resurrection (Nintendo Switch)

Développeur : Capcom

Éditeur : Capcom

Sortie : 25 février 2021

Supports : Nintendo Switch

CONCLUSION

Dans l’art de concevoir des remakes, Capcom montre encore une fois qu’il connaît ses licences sur le bout des doigts. Après des Resident Evil 2 et 3 (et même le 1 / Rebirth à son époque) qui ont su approfondir leur mythologie au point de donner un nouvel élan à la saga, Ghosts ‘n Goblins Resurrection arrive comme une véritable lettre d’amour aux jeux de plateforme des ères 8 et 16 bits. Un gameplay coupé au rasoir, un level-design machiavélique, un univers drôlement attachant, tout cela porté par une direction artistique qu’on croirait sortie des fresques parcheminées du Monty Python : Sacré Graal de Terry Gilliam, la résurrection d’un des pères (pour ne pas dire le papa du Die and Retry) a bel et bien fonctionné. Ajouter une dose d’innovation aurait certainement été appréciable mais en soi, le vent qui souffle à travers ces enfers est d’ores et déjà suffisamment frais pour donner à ce dernier des allures de paradis à tout amateur du genre et / ou du rétro.

Du scrolling horizontal, un héros portant un caleçon orné de petites fraises, une énième damoiselle à libérer et un univers où souffrance rime avec plaisir : la terreur des salles d’arcade est de retour ! Histoire de célébrer son 35ème anniversaire, l’intrépide Arthur revient, en compagnie de son papa Tokuro Fujiwara, mettre au défi les joueurs aguerris avec un remake hybride de ses deux premières aventures, intitulé Ghosts ‘n Goblins Resurrection. La renaissance d’une telle licence est à l’évidence de l’ordre de l’événement ; il n’empêche que de l’eau a coulé sous les pont-levis depuis sa dernière apparition. Allons ainsi se frotter à des hordes de zombie, fantôme, diablotin et autres monstres pour voir si le nouveau membre de la famille peut prétendre brandir l’étendard du clan dit hardcore de la plateforme.

Kaamelott selon Capcom

ghostsn goblins resurrection screenshot testNé sur borne d’arcade en 1985, puis porté sur de nombreuses plates-formes, Ghosts ‘n Goblins (Makaimura, titre japonais) est une licence qui compte pas de moins de 17 jeux. Parmi eux se trouvent non seulement des suites, mais aussi des spin-off et autres dérivés tels que Gargoyle’s Quest, une aventure centrée sur l’un des méchants de l’épisode originel, et Maximo, un reboot autour d’un personnage inédit. Si aujourd’hui, lorsqu’il s’agit de challenge à haut niveau, on ne jure essentiellement que par les Souls et autres productions de From Software, à l’époque, plus d’un joueur a déjà pu trembler à l’annonce d’un Ghouls’n Goblins ou d’un Demon’s Crest.

Réputés pour leur difficulté quasi insurmontable, ces titres ont en effet amplement marqué le patrimoine arcade du paysage vidéoludique, notamment par leur level-design infernal et leur gameplay aussi précis que impardonnable. Un courageux chevalier partant sauver une princesse kidnappée par le maître des villains, la série est arrivée sur scène en quelque sorte comme l’antithèse quasi parodique de son confrère Mario. Son aura a ensuite ouvert la voie à des oeuvres comme Shadow of the Beast, Battletoads, Shadow Dancer ou plus récemment Cuphead. Mais malgré leur héritage historique, les Makaimura n’ont malheureusement plus trouvé écho depuis 2010, Gold Knights II étant la dernière itération, parue sur IOS.

Trolls’n Goblins

ghostsn goblins resurrection screenshot testLa franchise ayant soufflé ses 35 bougies, Capcom a donc décidé de la remettre au goût du jour en fusionnant le premier et second épisode au sein d’un remake exclusif à la Nintendo Switch. Baptisé Ghosts ‘n Goblins Resurrection, celui-ci conte une nouvelle fois les aventures de Sir Arthur parcourant le Royaume des Démons afin de délivrer sa bien-aimée Guinevere (ou Princess Prin Prin en VO), capturée par Satan. Bien évidemment, sa quête ne sera pas de tout repos puisqu’en chemin, il devra affronter des hordes de monstres et de créatures démoniaques tout en surmontant des environnements véritablement diaboliques.

Du cimetière pullulant de morts-vivants à la bourgade en ruine hantée par des esprits malveillants, en passant par le caveau envahi par les flammes mouvantes, le marais empoisonné ou encore le donjon gardé par un cyclope géant, tout est soigneusement resté à sa place, à un détail près. L’expédition s’admire désormais sous l’angle moderne et pimpant d’un RE Engine en pleine forme. Façonnée de manière à illustrer le récit sur des planches de parchemin, la direction artistique qui avait autrefois su merveilleusement tirer parti du pixel fait à présent place à de jolis tableaux mêlant pastel et aquarelle. Pour le plaisir des yeux, l’horizon prend également vie à travers des décors détaillés et des parallaxes bien garnis. Cela étant dit, pouvoir en profiter pleinement ne sera pas à la portée de tous.

Ghosts ‘n Goblins Resurrection porte en son sang l’exigence, voire la partialité de ses pères.

Canard laquais

ghostsn goblins resurrection screenshot testEntre les pièges environnementaux, les ennemis arrivant en masse, et ceux qui apparaissent inopinément, les niveaux imposent un rythme qui requiert une attention optimale. C’est même à se demander si le jeu n’est pas lui-même possédé par une satané entité maléfique. En ce sens, tout est contre le joueur. En outre, la maniabilité n’est pas non plus ce qu’on pourrait appeler un allié de choix. Lourd, raide et lent, notre preux seigneur ne se montre pas des plus acrobates, ni athlétiques lorsqu’il s’agit de se déplacer. Malgré son rang, il ne sait ni tirer en diagonal, ni attaquer d’une échelle, ni exercer un double saut, ni même accélérer sa marche. Ce parti pris a beau coller à la rigidité du gameplay d’époque, il n’empêche que le plaisir de jeu tend quelque peu à en faire les frais. Les points de vie étant représentés par les couches d’armure portées par notre héros, celui-ci aurait même de quoi se reconvertir en transformiste, tant il passe rapidement de cuirasse à sac d’os.

En somme, les joueurs auront vite compris que Ghosts ‘n Goblins Resurrection porte en son sang l’exigence, voire la partialité de ses pères et qu’il serait périlleux de s’y plonger dans l’optique de décompresser après une rude journée. Pour autant, les développeurs n’ont pas souhaité évincer l’entièreté du public et proposent une expérience beaucoup plus flexible que ses ancêtres, en termes de torture. Pour commencer, l’aventure peut se parcourir à travers quatre niveaux de difficulté, que sont Paladin, Chevalier, Écuyer et Laquais. Si concernant les trois premiers, la mort condamne les aventuriers à recommencer soit au dernier checkpoint, soit carrément au début du stage, le mode Laquais quant à lui permet une progression beaucoup plus cool. Dans ce dernier, non seulement notre héros est plus résistant, mais il lui est également possible de réapparaître sans limite de décès et instantanément, à un endroit choisi selon un certain périmètre.

It’s alive, it’s alive !

ghostsn goblins resurrection screenshot testÀ cela vient se greffer une petite mécanique qui ne va sans doute pas faire de mal aux amateurs de RPG. Tout au long de sa campagne, messire Arthur, en plus des nombreuses armes que laissent échapper les forces des ténèbres, peut tenter d’attraper des fées. Très fugaces, ces entités légendaires ont pour rôle d’alimenter l’arbre de Brocéliande. Derrière ce nom se cache ni plus, ni moins l’arborescence technique et initiatique de notre personnage, dans lequel une multitude de compétences ne demande qu’à être acquise. Invoquer la foudre, se dédoubler, transformer les adversaires à l’écran en grenouille, ou à l’inverse, les écraser en prenant l’apparence d’un golem, ces atouts ésotériques permettent de diversifier et équilibrer un peu l’action, ce qui est doublement salutaire.

Bien entendu, il en faudra bien plus pour terrasser les légions de Lucifer, arriver au bout des enfers et secourir la dulcinée. Tout être qui entre ici, doit abandonner tout confort et bien avoir en tête qu’il est face au digne héritier du précurseur du Die And Retry. Une dextérité de maître, une mémoire sans faille, un pur sang-froid, un peu de chance et une petite attirance pour le masochisme seront nécessaires pour pouvoir espérer conquérir les sept zones et leur dimension obscure (14 au total) qui constituent ce Ghosts ‘n Goblins Resurrection. Il est donc de convenance d’affirmer que Capcom a pour le coup réussi à ressusciter un licence plus ou moins inerte depuis environ trois générations. Certes, la formule ne cherche pas à faire dans l’originalité. En revanche, elle retranscrit à merveille les sensations d’antan, et plus particulièrement celle de se retrouver démuni, en sous-vêtement face à une armada de créatures horrifiques.

Ce test été réalisé à partir d’un version dématérialisée, fournie par l’éditeur, sur Nintendo Switch.

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Mr.J
Aucun super-pouvoir, gameplay limité, fait partie du comité de protection des licornes. Recherche en vain cet alter ego qui lui permettra de mener à bien sa vendetta - "The monster you created has returned to kill you"

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