Test de Foreclosed (PC, PS4, PS5, Xbox One, Series X|S, Switch)


Développeur : Antab Studio

Éditeur : Merge Games

Sortie : 12/08/2021

Supports : PC / PS4 / PS5 / Xbox One / Series S|X/ Switch

CONCLUSION

Loin des AAA à gros budget, Foreclosed est un bon exemple de jeu indé qui se retrouve limité par le manque de moyens. De son gameplay mélangeant action, discrétion, réflexion et discussion, à sa direction artistique saluant l’art du comics, en passant par son ambiance qui sent bon les ruelles enfumées d’un futur dystopique, le titre de Antab Studio avait de quoi se hisser parmi les plus grands. Mais malheureusement, de tout ce joli tableau, le joueur ne pourra qu’en admirer l’esquisse, ou du moins, les couleurs d’une version allégée ; souffrant d’une durée de vie bien trop courte pour en saisir la profondeur. Il ne lui restera en fin de compte que le regret de n’avoir pas eu assez de temps pour mettre en corbeille de sa mémoire interne les défaillances d’un système pourtant bien modelé. Dommage, à deux cases de faire potentiellement partie des meilleurs jeux indés de cette année.

Que ce soit le « click » que font les touches d’une manette ou d’un clavier, ou le « skritch » d’un crayon qui vient embrasser le papier, entre la case de comics et le game design d’un jeu, il n’y a parfois qu’un pas. C’est en tout cas le crédo que s’est, semble-t-il, donné Antab Studio, aux côtés de Merge Games, pour concevoir son premier titre narratif. Il se nomme Foreclosed et mêle phase de shoot, d’infiltration et de puzzles dans un univers Cyberpunk. Séduisant sur le papier, les rejets d’implants sont toutefois vite arrivés face à un projet aussi ambitieux. Passons à la table d’opération pour contrôle.

Sur Terre en 2085

Même si au fil du temps, son concept tend à devenir de plus en plus une réalité, le Cyberpunk dans la sphère vidéoludique n’a, semble-t-il, jamais été aussi en forme. La guerre biotechnologique de NieR : Automata, la révolution écologique de Final Fantasy 7 Remake, le labyrinthe horrifique d’Observer – à (re)découvrir récemment dans sa version System Redux, ou encore la déchéance sociale de Cyberpunk 2077, il faut dire que les représentants ne manquent pas à l’appel. C’est ainsi, au milieu de tout ce beau monde, que l’équipe italienne de Antab Studio et l’éditeur Merge Games ont tenu à tirer leur épingle du jeu avec un projet du nom de Foreclosed (qui peut être traduit par « être saisi judiciairement »).

Introduite par un flashforward ou une sorte de prémonition, telle la scène qui est censée seller un destin, avant de retourner là où tout à commencer, l’histoire dépeinte ici se déroule en 2085 aux côtés d’un certain Evan Kapnos. Homme d’une trentaine d’années, celui-ci se réveille avec la piquante surprise de voir son identité saisie, ses implants cérébraux déconnectés, tous ses biens mis aux enchères, son accès à certains quartiers de la ville bloqué et son contrat au sein d’une boite, appelée Securtech, résilié. Pour couronner le tout, les autorités cherchent tout simplement à l’éliminer. Bien déterminé à sauver sa peau et à sauvegarder son existence, notre héros se lance alors dans une chasse aux réponses, quitte à faire justice soi-même.

La loi, c’est moi

Après avoir fait ses débuts sur des jeux de réflexion et des shoot’em up typé arcade, Antab Studio montre, pour son premier travail de narration, qu’il dispose d’une fine plume. À défaut de faire dans l’originalité, l’intrigue pose un cadre qui donne envie d’être disséquer. Entre les références à des auteurs tels que Philip K. DICK, J. G. Graham, William Gibson ou encore George Orwell, les codes du genre sont intelligemment utilisés. Au-delà d’être proprement écrit, le tout se veut bien rythmé en démarrant sur les chapeaux de roue. Sur ce point, il se pourrait même que les développeurs aient oublié de mesurer leur pied sur accélérateur. Le joueur, de son côté, est rapidement plongé dans l’action et invité à évoluer dans le monde qu’il lui est proposé. Arme à la main et augmentations cybernétiques dans le corps, il avance dans les dédales de sa ville en direction de sa liberté.

Que ce soit d’un point de vue visuel ou audio, le joueur est aisément transporté dans un cet univers futuriste et dystopique, où les méga corporations imposent leur suprématie au mépris des prolétaires qui vivent dépendamment du système.

Bien évidemment, ceux étant contre cette entreprise vont vite montrer le bout de leur nez et inciter à faire parler la poudre. Une situation qui se traduit par des phases de tir à la troisième personne, où plusieurs hordes d’agents souvent bien cuirassés mèneront les hostilités. Il conviendra, à cet instant, d’imposer ses règles en jonglant le plus efficacement possible entre rafales au pistolet symbiotique et exploitation des compétences bioniques. La difficulté étant de ne pas faire chauffer ses circuits neuronaux sachant que les attaques spéciales sont limitées. Mieux vaut ainsi bien préparer son entrée car le service d’accueil peut s’avérer assez retord par moment. Un petit chargeur vidé et le game over donnera vite de ses nouvelles. Le challenge est donc bien au rendez-vous. Mais il semblerait que sa présence soit avant tout due à une IA pas toujours bien dans ses bottes et une visée quelque peu savonneuse.

Avec ou sans VPN

Néanmoins, en contrepartie, la dualité flingue / mana technologique fonctionne plutôt bien. Impliquant pour la plupart la loi de l’attraction, un peu à la façon du Control de Remedy, les combinaisons servent de bonnes sensations de gameplay. En outre, le jeu ne se résume pas seulement à jouer les machines de guerre façon Robocop. Il faut parfois savoir se faire discret lors de séquences d’infiltration. Certes, à travers elles, la surveillance remplit son rôle de manière assez rudimentaire, pour ne pas dire cossarde. Mais, encore une fois, il revient de prendre en considération les atouts cybernétiques de notre protagoniste qui offrent tout de même des manières assez engageantes de mettre en déroute le camp adverse. Faire surchauffer l’appareil cérébral d’un garde, lui lancer un objet du décor ou simplement détourner son attention, les idées pour varier nos approches ne manquent pas.

Il en va de même lors des énigmes à résoudre. Au contraire de leur résolution qui est loin de poser problème, leur exécution laisse entrevoir de belles perspectives vidéoludique – en effet, entrevoir. Parmi elles, se glisseront même des clins œil à des œuvres telles que Metal Gear Solid ou Max Payne – encore une fois, de Remedy. En ce sens, il aurait été agréable d’en voir davantage, ou du moins, d’expérimenter l’ensemble de ces mécaniques sous diverses formes. Mais hélas, au bout de cet appât alléchant, seul l’occasion d’en gratter la surface nous sera présentée. Qu’on se le dise, il n’est pas évident de porter analyse sur Foreclosed, dès lors que sa fin advient abruptement au bout de 4 à maximum 5 heures de jeu. Chaque élément proposé par Antab Studio se voit alors cerné par une certaine confusion.

C’est grave docteur ?

D’un côté, l’impression de clore l’aventure où tout devrait pleinement commencer, de l’autre, le sentiment de voir le schéma construit jusqu’à présent tomber comme un château de cartes. À commencer par les dialogues contextuels. À l’intersection de certaines conversations, Evan est invité à choisir sa réponse. Si leur contenu ne manque pas d’intérêt, leur impact est loin de cacher l’ombre d’une linéarité. Le constat est le même concernant l’évolution de notre héros. Ce dernier gagne de l’expériences au fur et à mesure de sa progression, lui permettant ainsi de débloquer des capacités spéciales. Bien que le principe se justifie conjointement par l’obtention de nouveaux implants, les extrémités sont, quant à elles, vite posées. Qui plus est, la valeur calculée n’est nullement expliquée.

Upgrader son personnage, de zone en zone, à la façon d’un Metroidvania, aurait peut-être pu permettre aux auteurs d’étendre leur potentiel vidéoludique. C’est tout de même grandement dommage car Foreclosed bénéficie d’une réalisation qui mérite bien plus qu’un simple coup d’œil. Portée par une jolie direction artistique en cel-shading, la mise en scène n’hésite pas à composer avec le langage normalement assigné à la bande-dessiné américaine pour illustrer son propos. Entre les plans découpés comme des cases de comics, les lignes de textes sous formes de bulles ou encore les onomatopées venant appuyer certains bruits environnants, l’immersion monte tout naturellement d’un cran.

Il n’est pas évident de porter analyse sur Foreclosed, dès lors que sa fin advient abruptement au bout de 4 à maximum 5 heures de jeu.

Que ce soit d’un point de vue visuel ou audio, Foreclosed transporte aisément le joueur dans un son univers futuriste et dystopique, où les méga corporations imposent leur suprématie au mépris des prolétaires qui vivent dépendamment du système. Autrement dit, ceux en recherche d’ambiance qui transpire l’huile moteur d’exosquelette seront bien lotis. Mais une fois la couche atmosphérique soulevée, les limites de l’attraction et autres défauts de fabrication viennent sans peine entraver le champ de vision. Il faut toutefois reconnaître que pour un travail de quatre mains le résultat dépasse les expectations. Mais malheureusement, il convient aussi d’admettre qu’au regard du sujet traité, il y a des expériences au genre similaire et au prix proche (Foreclosed étant vendu 16.99€ sur PC et 19.99€ sur consoles) qui se montrent bien mieux équipées.

Ce test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée, fournie par l’éditeur, sur Playstation 4.

Mr.J
Aucun super-pouvoir, gameplay limité, fait partie du comité de protection des licornes. Recherche en vain cet alter ego qui lui permettra de mener à bien sa vendetta - "The monster you created has returned to kill you"

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