Ce test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée, fournie par l’éditeur, sur Playstation 4.

Le Grand, le vaillant Son Goku

Vêtu de sa tunique orange et bleu, du haut de son nuage magique, et les cheveux noirs hirsutes flirtant avec le vent, le grand Son Goku est reconnaissable entre mille. Aux côtés de ses camarades, il veille à la protection de la Terre et des sept boules de cristal depuis maintenant 36 ans. Et les joueurs le savent, l’histoire de Dragon Ball ne vit pas seulement au travers du manga. En plus de plusieurs adaptations en anime et de nombreux films, la licence dispose d’une longue liste de déclinaisons en jeux vidéo et de nouvelles n’ont pas fini de voir le jour. Bandai Namco en apporte d’ailleurs la preuve en ce début d’année en donnant naissance à Dragon Ball Z : Kakarot.

La première difficulté à laquelle fait face ce dernier est celle de passer après le fidèle travail de Arc System sur Dragon Ball FighterZ. Pour assurer cette lourde tâche, l’éditeur japonais n’a eu d’autre choix que de faire appel à des experts en matière d’adaptation de manga. Qui de mieux que CyberConnect2, le studio derrière la franchise Naruto Shippuden : Ultimate Ninja Storm et le nerveux Asura’s Wrath pour porter le flambeau ?

Ouvrant sur l’opening d’origine de l’anime, entièrement réalisé à partir du moteur du jeu avec la fameuse OST « Cha-la Head Cha-la » de Hironobu Kageyama, le jeu annonce d’emblée ses intentions, celles de couvrir tout l’ère Z de l’oeuvre d’Akira Toriyama. Toutefois il ne s’agit pas ici d’un simple jeu de baston avec une succession de combats entrecoupés de cinématiques. En effet, Dragon Ball Z : Kakarot se présente comme un action-RPG qui offre enfin la possibilité de parcourir l’univers des Saiyens dans un monde semi-ouvert. Qui plus est, cette nouvelle adaptation ne se focalise pas uniquement sur les aventures de Goku : elle prend soin de suivre le parcours, l’entraînement et l’évolution de l’ensemble de l’équipe Z.

Potentiel : It’s over 9000 !

De la première transformation en Super Saiyen à la venue de Trunks du futur, en passant par le Kamehameha père-fils, la fusion de Gotenks (ou Gotrunks) et l’ultime Genkidama, CyberConnect2 montre une nouvelle fois encore sa capacité à retranscrire l’héroïsme, la démesure et l’action frénétique d’un shonen de cette envergure tout en ajoutant sa petite touche personnelle. La caméra qui se place en contre-plongée afin d’orienter la menace, les effets pyrotechniques qui éclatent à foison pour souligner la puissance des coups ou encore la nervosité des mouvements accentuée par un crayonnage supplémentaire, le joueur n’a aucun mal à comprendre face à quel studio il se trouve. Même si l’abondance de ces ingrédients se montre plus légère que dans un Naruto Shippuden UNS, certaines cut-scenes de Dragon Ball Z : Kakarot donnent véritablement l’impression de voir un épisode de la série animée se jouer sous nos yeux.

De prime abord, toutes les pièces semblent donc être assemblées correctement pour permettre au projet de se démarquer autant que son prédécesseur, voire plus. Cependant, une fois entré dans le cœur du jeu, le constat se veut tristement moins spectaculaire. L’emploi d’un monde semi-ouvert semble être l’une des principales causes car si les personnages ont droit à un cel shading proprement modélisé, les environnements quant à eux ont tendance à faire pâle figure. En effet, les airs de jeux, en plus d’être assez vides, cachent plus d’une fois des portions aux formes carrées et aux textures ternes.

L’équipe de CyberConnect2 montre une nouvelle fois encore sa capacité à retranscrire l’héroïsme, la démesure et l’action frénétique d’un shonen de cette envergure tout en ajoutant sa petite touche personnelle.

En somme, la variété de décors ne suffit pas à compenser le manque de densité. Pourtant, au bout de quelques minutes à trancher le ciel de notre aura supersonique, une satisfaction étrange semble s’installer. Il se pourrait bien que l’ambiance soigneusement conçue par les développeurs de CyberConnect2 y soit pour quelque chose. Les photos souvenirs qui rappellent les premières aventures du petit Goku, l’aperçu des événements futurs à la fin d’un chapitre à la manière d’un épisode télévisé, le mode vision qui permet de voir les sources d’énergie, et les nombreux autres clins d’œil vont dans ce sens.

Pas de Chichi

Disons-le tout net : Dragon Ball Z : Kakarot est une pépite pour les fans de la première heure. Il fourmille de références et se permet même des anecdotes sympathiques sur ses héros dont certaines inspirées de la collection des Daizenshuu. Et que dire de la bande-son ? Outre la présence de toutes les musiques et du doublage officiel japonais, un grand travail a été fourni en termes de sound design. Lancer un enchaînement éclair, esquiver une contre-attaque à l’aide d’une téléportation instantanée et finir avec un Final Flash sur l’un des thèmes emblématiques de la série est tout simplement magistral. Côté ambiance, le studio connaît son sujet et parvient admirablement à en extraire la richesse. Mais au delà d’un emballage en demi-teinte, qu’en est-il réellement du contenu et du gameplay ?

L’aventure de Kakarot se compose en deux parties. Il y a d’un côté l’exploration et de l’autre les combats. Le passage de ces deux composantes n’étant pas en temps réel, le joueur doit donc se familiariser avec deux palettes de commandes. Durant les phases de balade, la prise en main est plutôt simple. L’interaction avec l’environnement tient sur la touche B/Rond et la gestion des déplacements aériens se fait avec l’analogue gauche et les gâchettes arrières droites.

C’est lors des affrontements que la complexité monte d’un cran affirmé. En plus de désorienter quelque peu nos habitudes en imposant la touche B/Rond pour les attaques au corps-à-corps et X/Carré pour les boules d’énergie (alors que pendant les phases d’exploration, les kikoha s’enclenchent à l’aide de la LT/L2 et X/Carré), le système de combat ajoute des combinaisons supplémentaires à son éventail pour les techniques spéciales, les frappes combinées et la consommation d’objet.

Dragon Quest

Même si on est loin des combos de FighterZ, un petit moment d’apprivoisement est nécessaire avant de bien tout maîtriser. En tout cas, il n’y a aucune réelle inquiétude à avoir car le début du jeu prend suffisamment le joueur par la main pour le préparer à son voyage. Les réfractaires aux longs didacticiels vous voilà prévenus, cette phase obligatoire ne vous sera pas des plus agréables. Quoiqu’il en soit, c’est peu pour la cinquantaine d’heures d’aventure qui vous attend. Ce chiffrage peut d’ailleurs vite doubler si l’on souhaite finir à 100%.

Au-delà de l’histoire principale que tout fan connaît quasiment par cœur, l’univers de Kakarot propose des quêtes annexes et une multitude de mini-jeux en parallèle. Apparaissant au fil de notre avancée sous un point d’exclamation bleu sur la map, les missions secondaires sont souvent l’occasion de rencontrer des personnages issus de la mythologie Dragon Ball tels que Pilaf, Baba la voyante, Nam ou encore le célèbre Hercule Satan.

DBZ Kakarot est un peu à l’image du jeune Son Gohan avant son traumatisme qui marquera la fin du Cell Game : il ne libère pas son plein potentiel.

Si la nostalgie est bel et bien présente à l’idée d’interagir avec ces protagonistes, il est tout de même parfois difficile de voir l’intérêt ludique de certaines de leur requête tant leur schéma se veut classique. Pour exemple, il arrive de temps à autre que Goku se retrouve envoyé au bout de la carte, voire dans une autre région dans l’unique but de récupérer un objet auprès d’un PNJ sans même avoir à jouer des poings. Au début, la pauvreté d’écriture de ce genre tâche est certes comblée par le plaisir d’explorer les îles périphériques de la Kame House, le siège de la Capsule Corporation ou encore les ruelles de Gingertown, mais après quelques aller-retours le trajet peut vite devenir routinier et pesant. Tout n’est bien évidemment pas à jeter, d’autres embranchements optionnels valent vraiment le coup d’œil, d’autant plus qu’ils restent un bon moyen de gagner facilement de l’EXP et des orbes Z.

Le Dragon a les boules

On en vient au côté RPG de cette nouvelle adaptation. Notre progression tient essentiellement sur la récupération de ces deux éléments précédemment cités, le premier étant pour monter en niveaux et le second pour débloquer de nouvelles techniques via l’arbre de compétences. L’autre manière de renforcer nos combattants s’articule autour du tableau communautaire.

A l’intérieur de ce tableau se cachent en réalité sept communautés qui évoluent par le biais des emblèmes d’âmes. Chacun d’entre eux représente un personnage et procure des bonus selon la place qu’il occupe. Une fois la phase de préparation bien ficelée, il est temps d’aller constater les améliorations. Pour cela, rien de mieux que de partir affronter les divers ennemis éparpillés sur la carte. En dehors des antagonistes principaux, il y a trois types de méchants auxquels nos guerriers peuvent faire face : les standards, les malfaisants et les boss de zones. La camp adverse n’agit jamais seul mais toujours en groupe, et n’hésite pas à aller au front simultanément. Cette configuration n’est pas un inconvénient en soi, si n’est qu’avec une caméra quelque peu instable les batailles peuvent rapidement devenir brouillonnes, surtout avec des alliés dans nos rangs.

Il est fort probable que plus d’un joueur fasse le rapprochement avec la licence Dragon Ball Xenoverse. En soi, le système de combat en reprend les bases de manière plus assistée, mais aussi une part de ses défauts. Sur ce point, la conclusion est donc quasiment la même que celle résultant à l’examen de son grand frère. Malgré le dynamisme des échanges sublimé par une mise en scène de haute-volée, le gameplay manque de finesse et de profondeur. En cherchant à remplir des objectifs de levelling, on a vite tendance à répéter la même chorégraphie. Le changement de protagoniste ou de type d’adversaire n’invite pas vraiment à adopter d’autres tactiques.

Pour un RPG, il est dommage que le bestiaire, aussi diversifié qu’il soit, n’ait pas été davantage développé de manière à ce que chaque catégorie d’adversaires dispose de ses propres caractéristiques. Mettre en avant la capacité des androïdes à absorber l’énergie aurait pu être par exemple une idée à exploiter.

Les Kakarot sont cuites ?

En fin de compte, Dragon Ball Z : Kakarot est un peu à l’image de son jeune héros Son Gohan avant son traumatisme qui marquera la fin du Cell Game. Alors qu’il fait face au plus fort OGM de la planète, il ne libère pas son plein potentiel. Pourtant, Kakarot n’est pas dépourvu de ressources et témoigne même d’une grande puissance.

Jouer au baseball, pêcher du gros poissons ou devenir le champion en courses automobiles avant de sauver le monde ne permet pas de rendre l’attraction plus intense. Au contraire, ces à-côtés sont révélateurs d’un certain vide narratif.

Cependant, le titre de CyberConnect2 tend à trop s’attarder sur des détails jugés mineurs, à tel point qu’il oublie de développer d’autres éléments plus centraux. C’est la trame principale qui en fait d’ailleurs en premier les frais. Outre une relecture de l’oeuvre originelle amputée par la censure, les développeurs se sont permis quelques raccourcis parfois au détriment de la dramatisation. Le plus gros demeure le contenu annexe. Jouer au baseball, pêcher du gros poissons ou devenir le champion en courses automobiles avant de sauver le monde ne permet pas de rendre l’attraction plus intense, du moins sur le long terme. Au contraire, ces à-côtés sont révélateurs d’un certain vide narratif.

A ce titre, il aurait été intéressant d’aller piocher dans les OAV ou une partie des épisodes filler, histoire de donner plus de corps à notre voyage. Celui-ci se veut au fond très classique et n’essaie à aucun moment de surpasser les codes du genre. Cela va de même sur le plan artistique. Si l’ensemble reste joli, le tableau a tout de même un peu de mal à se défendre face au dernier Naruto Shippuden UNS qui date déjà de quatre ans.

Sans compter les bugs techniques qui errent par-ci par-là. Quand bien même ces problèmes peuvent être encore une fois mis sur le dos du monde semi-ouvert, le studio japonais nous a habitué à plus de maîtrise au cours de ses expériences passées. Toujours est-il que l’envie de progresser s’entretient du début à la fin. Même si la frustration est toujours prête à montrer le bout de son nez, le plaisir de se transformer en Super Saiyen ou de cracher un Big Bang Attack est réellement palpable. Au final, le bilan du combat est inégal mais on en sort paradoxalement conquis.

LE VERDICT
PETIT COEUR
6
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Aucun super-pouvoir, gameplay limité, fait partie du comité de protection des licornes. Recherche en vain cet alter ego qui lui permettra de mener à bien sa vendetta - "The monster you created has returned to kill you"

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