Test de Trials of Mana (PS4, Nintendo Switch, PC)

CONCLUSION

L'une des principales épreuves à laquelle fait face ce nouveau Trials of Mana est de passer après son cousin germain, le tant attendu Final Fantasy VII Remake. Pour autant, cette nouvelle version de Seiken Densetsu 3 ne prétend pas jouer dans le même cour et propose même une formule fort intéressante. Passer outre sa réalisation et sa mise en scène quelque peu désuètes, l’aventure se savoure avec plaisir notamment grâce à son ambiance qui rappelle la bonne époque des JRPG sur 128 bits. Toutefois il ne faut pas attendre de lui plus de folie que celle dessinée par son ancêtre. Trials of Mana n’est certes pas un grand remake mais n'en demeure pas moins un agréable JRPG qui sait rendre hommage à ses racines.

Pour beaucoup, le mois d’avril a été marqué par le retour du grand Cloud Strife à Midgar. Mais il n’est pas le seul remake à s’être échappé des tiroirs de Square Enix. Troisième descendant de la branche des Seiken Densetsu, il est temps de parler de Trials of Mana, qui après avoir été officiellement commercialisé pour la première fois chez nous dans sa version originale l’année dernière, s’offre à présent une petite cure de jouvence sur PC, Playstation 4 et Nintendo Switch.

Final Fantasy Adventure 3

Trials-of-Mana_screenshot-test-PS4Pour une bonne partie des joueurs européens, le nom de Trials of Mana (Seiken Densetsu 3) n’est pas très évocateur et c’est bien normal. Sorti à l’origine sur Super Famicom au Japon en septembre 1995, la suite de Secret of Mana n’a réussi à franchir nos frontières que récemment par le biais d’une compilation. Parue le 11 juin 2019 sous le nom de Collection of Mana, celle-ci réunissait en effet les trois premiers épisodes de la saga Seiken Densetsu, à savoir Final Fantasy Adventure (Gaiden) / Mystic Quest, Secret of Mana et ledit Trials of Mana. Annoncé en concomitance durant le Nintendo Direct de l’E3 2019, son remake arrive donc un an plus tard avec comme argument premier de proposer une réalisation entièrement en 3D.

Mais que les choses soient claires : il n’est guère question ici de simplement gonfler les textures en relief tout en préservant la structure du level design, à l’instar de la version 2018 de son grand frère. Les équipes de Square semblent avoir bien compris les critiques résultant de ce dernier puisque pour leur nouveau travail de “remakisation”, ils ont choisi d’abandonner la vue isométrique et de dynamiser le gameplay afin de coller davantage aux jeux d’action actuels.

Néanmoins, bien que leur sortie se chevauchent, il serait inapproprié de comparer Final Fantasy VII Remake à ce Trials of Mana. Outre un budget alloué à leur développement différent, leurs intentions ne semblent pas non plus du même acabit. Si dans sa philosophie le premier se rapproche davantage du reboot, le second se présente comme un remake, au sens strict du terme ; la comparaison étant ainsi à faire avec l’original Seiken Densetsu 3.

Un nouvel horizon

Trials-of-Mana_screenshot-test-PS4Passant difficilement sous les radars, le premier changement mis en avant par ce Trials of Mana est son orientation visuelle. La caméra n’étant à présent plus fixe, l’exploration se fait de manière plus libre, permettant ainsi aux développeurs de Xeen d’être plus généreux au pinceau. Mais malheureusement ce parti pris n’agit pas en faveur du cadre esthétique, du moins pas à tous les niveaux.

Dans la forme, outre d’être datée, la modélisation des décors et des personnages de Trials of Mana manifeste un manque d’homogénéité. Certains objets donnent relativement l’impression d’avoir été posés au milieu du paysage, histoire de combler un vide, sans forcément tenir compte de la cohésion architecturale. Il n’est, pour ainsi dire, pas toujours évident d’être plongé entièrement au sein de l’univers proposé, surtout lorsque les protagonistes eux-mêmes ne semblent pas convaincus par les événements qu’ils sont en train de vivre. Se comptant sur les doigts d’une main, les expressions faciales ne suivent en effet pas toujours le contexte ou la teneur des dialogues et encore moins en temps réel, lorsque ces derniers ne bénéficient pas de doublage.

L’exploration se fait de manière plus libre […] mais malheureusement ce parti pris n’agit pas en faveur du cadre esthétique, du moins pas à tous les niveaux.

Trials-of-Mana_screenshot-test-PS4Pour autant, le rendu global n’est pas des plus désagréables. Il dégage même un réel charme, voire cette magie qui rappelle intimement l’âge d’or des JRPG. La direction artistique, très colorée et légèrement cell-shadée, n’a aucun mal à s’inscrire dans la continuité de la série. Même s’ils restent encore très attachés aux plans édifiés en 1995, les différents environnements sentent bon l’aventure avec de jolies plaines à traverser, de nombreux villages et cités bucoliques à découvrir, ou encore de chatoyantes grottes dans lesquelles se perdre. Il est toutefois dommage que l’aspect archaïque de la mise en scène vienne ternir le tableau. Pour le coup, ce Trials of Mana essaye tant bien que mal de concilier sur le même diapason deux générations. Cependant, lorsque les forces exploitées divergent, la manœuvre est plus compliquée et dans le cas présent, les défauts de soudure passent difficilement à la trappe.

La Légende de la Déesse Mana

Sur le plan scénaristique, la trame suit quasiment à la ligne près celle de l’original, à l’exception d’un chapitre entier inédit qui vient s’ajouter en fin de partie. Tout commence alors que les huit bénévodons ont plongé le monde dans les ténèbres. Leur présence ne faisant que propager guerre et souffrance, la Déesse Mana et mère créatrice décide d’intervenir. À l’aide de son épée légendaire, elle se lance dans une ultime bataille afin de les enfermer à tout jamais dans les Pierres Mana. Sa tâche étant accomplie, l’ordre et la quiétude étaient alors revenus. Mais face à la puissance de ces démons, la Déesse, qui avait épuisé toutes ses forces dans l’affrontement, tomba dans un profond sommeil en se transformant en un magnifique et gigantesque arbre. Telle que prévue par la loi divine, la paix régnera tant que l’Arbre Mana vivra en pleine santé.

Trials-of-Mana_screenshot-test-PS4Malheureusement, l’harmonie ne dure jamais éternellement. Plusieurs centaines d’années plus tard, un groupuscule malveillant complote dans l’ombre dans le but de réunir les Pierres Mana et d’acquérir ainsi le pouvoir ultime. Pendant que ces terribles individus pillent et massacrent villages et royaumes pour accomplir leur quête, l’Arbre Mana quant à lui, se meurt. Ne l’entendant pas du tout de cette oreille, les quatre fées assignées à sa protection vont alors partir à la recherche de celle ou celui qui saura brandir l’Épée Mana et ainsi sauver l’humanité. C’est au terme de ce petit prologue que le joueur entre en scène. Mais avant de véritablement commencer le voyage, il doit faire face à un premier dilemme et pas des moindres.

Il s’agit de composer son équipe de trois compagnons parmi six personnages hauts en couleurs : Angela, la princesse du royaume magique d’Althéna ; Charlotte, une demi-elfe de la cité de Wendel dont le grand-père serait le Prêtre de la Lumière ; Duran, un jeune épéiste marchant sur les pas de son défunt père, connu pour avoir été le bras droit du roi de Valsena ; Hawkeye, un membre d’une guilde de nobles voleurs basée dans la forteresse de Navarre ; Kevin, prince de Ferolia et grand représentant de l’espèce des Lycanthropes ; Riesz, capitaine de l’armée des Amazones et héritière au trône de Rollanto. Chaque héros développe ainsi son propre pan scénaristique tout en transportant avec lui ses secrets et motivations.

Mana a mano

Trials-of-Mana_screenshot-test-PS4Si l’objectif principal reste le même pour tous nos héros, à savoir trouver l’Épée Mana, la manière d’y arriver diffère selon le trio choisi. Certains passages et lieux étant réservés à un protagoniste en particulier, il y a tout intérêt à relancer une campagne pour connaître l’entièreté de l’univers Mana. Il va de même des sous intrigues. Petite particularité qui rappelle le système narratif d’un certain Octopath Traveler, Trials of Mana offre la possibilité de revivre à travers un flashback, les événements passés de nos compagnons qui les ont amené à se rencontrer. Cette forme de récit a pour effet de compenser la linéarité générale du jeu.

Avec Trials of Mana, l’attraction va droit au but. Il n’y a pas de quêtes annexes à proprement parler. Les à-côtés se résument à de la recherche de cactus, de la récolte de graines à faire germer afin d’acquérir des objets spéciaux et des boss optionnels qui interviennent pour la plupart en post-game. Ce manque d’activités secondaires n’empêche malheureusement pas les petits allers-retours. Mais malgré cela, le rythme réussit à garder toute son intensité et cela grâce notamment à des mécaniques de combat solides.

Trials-of-Mana_screenshot-test-PS4Pour la petite anecdote, la licence Mana a été lancée à l’origine en tant que spin-off des Final Fantasy dans l’optique de concurrencer le célèbre Hylien de chez Nintendo, d’où son orientation action. Les affrontements ne se font donc pas en tour par tour mais bel et bien en temps réel. Entre l’original et ce remake, les chorégraphies se sont bien évidemment étoffées, notamment grâce à un système de combos plus moderne. Et pour le coup, les inspirations semblent davantage avoir été piochées du côté de franchise telle que Ys, plutôt que de The Legend of Zelda, tant la cadence se montre à la fois soutenue et redondante. Pour autant, si les rencontres se veulent régulières, la facilité n’est pas le maître mot en ces lieux. Les ennemis feront vite comprendre aux aventuriers un brin téméraires qu’il est vain de foncer tête baissée au combat.

Du petit hérisson bleu vif dans ses bottes (vous avez dit Sonic ?) à la sulfureuse harpie planant dans le ciel, en passant par la mystérieuse et imposante sentinelle pourvue d’une double défense, le bestiaire se veut divers et varié, et cela aussi bien en apparence qu’en caractéristique. Qui plus est, les adversaires agissent rarement en solo, préférant êtres épaulés par leurs vilains copains, ce qui demande de revoir régulièrement ses approches. Même si au final l’effet de déjà-vu n’échappe pas en raison d’un certain farming, la monotonie ne prend jamais le pas sur l’envie de se bagarrer tant le dynamisme et la frénésie qui faisaient tout le spectacle des affrontements de ses grands frères est au rendez-vous.

Malgré le manque d’activités secondaires, le rythme réussit à garder toute son intensité grâce notamment à des mécaniques de combat solides.

Peut-on sauver l’Arbre Mana ?

Trials-of-Mana_screenshot-test-PS4Le force de ce Trials of Mana réside ainsi beaucoup dans son système de combat qui se travaille aussi bien au sol que dans les airs ou à distance. Tout en évitant les zones rouges annonciatrices d’une attaque ennemie imminente, il ne faut pas hésiter à prendre du recul afin de jauger les habitudes du camp adverse et ainsi gagner ses failles défensives. Mais là où ce remake perd en qualité par rapport à l’oeuvre mère, c’est dans son passage à la 3D. Sans pour autant gâcher les festivités, le rythme de l’action est en effet perturbé de temps à autre par une caméra frivole, elle-même accompagnée par une prise en main manquant légèrement de précision. En outre, il n’est pas rare de voir le blocage de cible se perdre en chemin, ce qui entraîne quasi automatiquement une frappe dans le vide.

C’est en somme la manière dont agit la magie de ce Trials of Mana, tantôt à côté, tantôt dans le mille. Tous les éléments pour ambiancer les adeptes d’expériences old school sont réunis, mention spéciale à la musique qui propose d’écouter aussi bien de nouveaux arrangements que les anciennes compositions de Hiroki Kikuta. En revanche, il ne faut pas chercher au-delà de la brise nostalgique. Cette nouvelle version prend peu de risque. Même le mode coopération qui était pourtant si cher à la série, ne répond plus présent. Certes les autres parts de l’héritage sont amplement respectées, mais leur présence se veut trop prononcée, ce qui laisse peu de place à la surprise. L’effet Mana se montre ainsi sous une bien meilleure forme qu’en 2018, mais n’atteint pas encore sa force d’antan.

Ce test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée, fournie par l’éditeur, sur Playstation 4.

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Mr.J
Aucun super-pouvoir, gameplay limité, fait partie du comité de protection des licornes. Recherche en vain cet alter ego qui lui permettra de mener à bien sa vendetta - "The monster you created has returned to kill you"

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