Ce test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée, sur PS4, fournie par l’éditeur.

Once upon a time …

En 1985, dans un lointain royaume, naissait la série The Bard’s Tale sur Apple II. Porté quelques années plus tard sur une grande partie des machines du moment, comme le Commodore 64, l’Amstrad CPC, l’Amiga, l’Atari ST et même la petite NES, le premier épisode fut accueilli avec succès par la presse de l’époque. Edité par Electronic Arts et développé par Interplay Productions à qui l’on doit au passage l’une des plus grande série de jeux de rôle post-nucléaire, à savoir Fallout, le jeu marqua notamment par la qualité de ses graphismes et la profondeur de ses quêtes. Des années suivirent et la licence continua d’étendre son univers à travers deux suites et un remake orienté hack’n slash, jusqu’à ce qu’un élément perturbateur survienne.

Le studio Interplay dû fermer ses portes pour cause de problèmes financiers, laissant malheureusement derrière lui, une grande communauté de joueurs à l’abandon. Mais le conte était loin d’avoir une fin puisqu’en 2015, les créateurs de Wasteland 2 et Torment, qui faisaient semble-t-il partie de ces nombreux fans, lançèrent une campagne Kickstarter dans le but de concrétiser un de leurs rêves : jouer à un quatrième épisode de The Bard’s Tale. Surpassant largement ses objectifs de contribution, The Bard’s Tale IV est sorti le 18 septembre 2018 sur PC, et à présent, sur PS4 et Xbox One dans une édition Director’s Cut. Simple mise à jour ou véritable nouvelle version, la différence entre les deux ne semble ici pas évident à définir à tous les niveaux, même après un an de développement.

Une chanson douce

Que les plus jeunes se rassurent, il n’est pas nécessaire d’avoir jouer aux précédents épisodes pour pouvoir aborder The Bard’s Tale IV. Si les trois premiers volets suivaient plus ou moins la même trame, l’histoire de ce nouveau chapitre s’intègre indépendamment dans l’univers de la série. Toutefois, si l’envie venait à certains de découvrir les origines de la licence d’Interplay, il est toujours bon de savoir que la trilogie a récemment été portée sur PC, PS4 et Xbox One et qu’elle est directement disponible via ce montage final.

Portée par les poèmes chantés d’un barde tel Jaskier au coin du feu, l’histoire de The Bard’s Tale IV prend place dans les terres de Caith, plus exactement à Skara Brae, une petite cité dont la tranquillité a récemment été perturbée par l’arrivée d’une secte religieuse. Loin de propager un message d’amour et de paix, ce groupe qui se fait appeler les Fatherites ont imposé leur règne en pendant Nain, Elfe, Troll et tout autre personne utilisant la magie. Faisant partie de cette dernière catégorie, la guilde des aventuriers dont le joueur est membre se retrouve ainsi accusée de blasphème et condamnée à la corde.

Si le contexte dans lequel nous plonge The Bard’s Tale IV a de quoi piquer les curiosités, la réalité en est tout autre concernant sa mise en scène et le développement narratif de ses personnages. En plus d’être sous-exploités, les enjeux scénaristiques sont qui plus est, balayés par un humour dépassés, ce qui n’aide pas à favoriser l’implication du joueur. Et même si avant de jouer pleinement les rebelles, il faut bien évidemment passer par la traditionnelle phase de création du héros. Ici sont proposées sept races à l’intérieur desquelles quatre classes peuvent être développées.

Au premier abord, la partie personnalisation peut certes paraître pauvre, d’autant plus qu’aucune modification esthétique n’est permise. Toutefois, il n’est pas trop nécessaire de porter attention à l’apparence de notre héros puisque tout notre périple se fera en vue à la première personne. Par ailleurs, l’arbre de compétences généré par l’équation de nos caractéristiques, laisse la porte grande ouverte à une multitude de possibilités. Si choisir son type de personnage est toujours un long moment d’hésitation pour certains, il est dans le cas présent difficile de ne pas opter pour la classe Barde tant elle représente incontestablement la catégorie phare du jeu.

Rock’n Brawl

Armé d’une mandoline et d’un gourdin, le Barde est présenté telle une rockstar qui envoie des éclairs au son de son instrument. Adepte des bistrots, il a la capacité d’augmenter ses performances au combat en buvant des gourdes de spiritueux et autres breuvages alcoolisés. Rappelant que l’abus de toute chose peut être dangereux pour la santé, l’alcool est à consommer avec modération, même dans le RPG d’inXile Entertainement. En effet, il est recommandé de ne pas trop faire boire notre héros, au risque de le voir entrer dans une transe qui certes lui booste sa puissance, mais qui aussitôt le tour fini, le fait sombrer dans un coma éthylique.

Au-delà de simplement être original et humoristique, cet élément s’intègre comme une véritable composante stratégique. Il est toutefois dommage de voir que les autres personnages ne bénéficient pas autant de profondeur. Malgré cela, les trois autres archétypes que sont le Voleur, le Guerrier et le Mage restent fort bien utiles au combat. Et des aventuriers vaillants, il en faut pour faire face aux batailles contre les vilains qui sévissent dans Skara Brae.

Armé d’une mandoline et d’un gourdin, le Barde est présenté telle une rockstar qui envoie des éclairs au son de son instrument.

Marchant sur les pas de ses ancêtres, The Bard’s Tale IV mêle avec brio mécanismes de combat en tour par tour et formation en grille. Une fois un affrontement lancé, l’écran se découpe en deux parties. Notre charmante escouade dispose de 8 cases de position, au même titre que le camp adverse. Le schéma peut paraître simple mais il suffit d’observer les pions se placer le temps d’une manche pour être frapper par la profondeur de la dimension stratégique. Que ce soit l’équipe d’en face ou la nôtre, chaque membre a dans son sac un panel de sorts et/ou d’attaques dont la portée diffère.

Telle une partie d’échec, la victoire s’acquiert en bougeant judicieusement ses soldats en fonction de la zone de dommage qu’il couvre. Le dénouement peut être long à venir d’autant que nos actions et déplacement dépendent d’un nombre de points d’initiatives limités. C’est pourquoi le joueur a tout intérêt à porter le premier coup avant le match, de manière à avoir l’avantage de commencer.

Le jeu ne laissant pas la surprise de la rencontre, la menace reste non seulement visible durant l’exploration mais également son niveau de danger. Et autant dire tout de suite que notre chemin est rempli de créatures hostiles dont il est préférable de ne pas trop déranger. En somme, cette organisation permet de rendre le voyage plus fluide et immersif mais pas sûr que les puristes de l’ère old-school du RPG apprécient. Par ailleurs, certaines zones invitent à adopter une posture plus discrète, ce qui permet de varier l’action avec quelques phases d’infiltration. Toutefois, il ne faut pas voir là de véritables opérations furtives avec des mécaniques et un level-design poussés. Dans ce genre de situation, il suffit d’éviter des ennemis à la vigilance quasi inexistante pour se frayer un passage. Mais là n’est pas le coeur du jeu. Le but dans The Bard’s Tale est avant tout d’explorer des donjons labyrinthiques et de trouver leur sortie en surmontant les pièges et autres énigmes qui s’y cachent.

Un conte qui se termine mal ?

En entrant dans les profondeurs de Skara Brae, les amateurs de Dungeon Crawler à la recherche d’aventures trépidantes seront pleinement servis. Chaque lieu est source de défis et de secrets en tout genre. Si les combats représentent déjà de bons casses-têtes à eux seuls, les mondes regorgent de puzzles qui n’hésitent pas à jouer véritablement avec les méninges du joueur.

Traduire un message en morse à l’aide de cloches de manière à libérer le terrain envahi de pieux, manipuler des rouages afin d’ouvrir une chambre forte ou encore déchiffrer un langage runique qui procure une barrière magique à des ennemis, les développeurs d’inXile n’ont clairement pas manqué d’originalité et d’ingéniosité dans la création des énigmes. Ceux ayant découvert Myst ou The Witness, auront plus d’une fois l’impression de se retrouver sur le sable chaud de leur île, tant la résolution de certains problèmes se veut complexe. En avançant dans l’aventure, notre héros obtient de surcroît un grappin ce qui, en plus de faciliter les déplacements, permet d’étendre la liste des objets environnementaux avec lesquels il est possible d’interagir.

Jusqu’à présent, The Bard’s Tale IV se montrait comme un élève exemplaire dans l’école des Dungeon RPG et cela malgré l’écart d’âge avec ses aînés. Malheureusement, il est difficile de passer outre la technique tant elle manque de finition. D’autant plus qu’il s’agit dans le cas présent d’une édition Director’s Cut. Malgré le travail d’optimisation, le jeu souffre de sérieuses chutes de framerate et d’importants bugs d’affichage. Certes, la progression ne se trouve plus entravée comme c’était le cas auparavant, mais le plaisir de jeu n’en reste pas moins impacté.

Le titre d’inXile n’excelle également pas dans la catégorie des claques graphiques. On appréciera les effets de lumière et quelques détails environnementaux mais en ce qui concerne l’animation faciale, l’aspect de certaines textures et la gestion des environnements, le rendu se veut daté. En soi, il manque peu de chose à The Bard’s Tale IV pour redonner ses lettres de noblesse à la série d’Interplay. Les amoureux de RPG à l’ancienne trouveront assurément leur compte dans cette ambiance féerique et celtique qui se dégage de la charmante direction artistique et la savoureuse bande-son du titre. Il est toutefois dommage de devoir encore espérer des patchs ou autres mises à jour qui viendrait réparer les défauts d’une version de base censée être déjà améliorée.

LE VERDICT
BON BARDE SANS EXPLOSER
6
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Aucun super-pouvoir, gameplay limité, fait partie du comité de protection des licornes. Recherche en vain cet alter ego qui lui permettra de mener à bien sa vendetta - "The monster you created has returned to kill you"

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