Ce test a été réalisé à partir d’une version physique, fournie par l’éditeur, sur PlayStation 4.

Deux décennies et une campagne Kickstarter plus tard

On ne va pas vous refaire l’historique complet de l’annonce puis du développement de Shenmue III, mais quelques mots sont nécessaires. Sa révélation lors de l’E3 2015 reste l’un des plus grands moments du salon californien de ces dernières années. Dévoilé à la surprise générale alors que les fans avaient fini par ne plus l’attendre, le troisième volet du périple de Ryo Hazuki fédère rapidement autour de lui des milliers de personnes qui contribuent en à faire, de manière tout aussi expresse, le succès le plus retentissant de la plateforme de crowdfunding Kickstarter (plus de 6,3 millions de dollars récoltés en à peine 1 mois).

Mais entre ce retour miraculeux et la sortie du jeu le mois dernier, il s’est passé plus de quatre années avec beaucoup d’événements. Silence radio de longs mois durant, apparitions aussi furtives qu’inquiétantes du jeu, présentations presse en dents de scie, multiples reports de la sortie, arrivée tardive d’un éditeur… Les signes n’ont pas souvent été très positifs mais, comme on l’évoquait l’été dernier, il était permis d’espérer.

Shenmue, on en était où déjà ?

Que vous fassiez partie, comme nous, des joueurs qui ont laissé Ryo et Shenhua dans cette fameuse grotte en 2001 ou que vous soyez l’un des rares nouveaux venus qui ont découvert la franchise en 2018 via la compilation HD, ce nouveau volet nous permet de reprendre l’aventure là où elle s’était arrêtée : en Chine. C’est tout d’abord la contrée pittoresque de Bailu qui va être témoin des allers-retours incessants de Ryo, bien décidé à retrouver les traces du père de Shenhua dont la disparition est liée au meurtre du paternel de notre héros. Un bon nombre d’heures plus tard, la ville de Niaowu devient le nouveau terrain de jeu de Ryo, toujours avec le même schéma de jeu.

Sans volonté de spoiler, on regrette un peu l’idée de Yu Suzuki de ne pas emmener l’histoire de Shenmue là où elle aurait peut-être dû aller via ce nouvel acte. Frustrant, mais on en a l’habitude même si le bonhomme a toujours clamé sa volonté de proposer une saga en de nombreux, nombreux actes. Reste que cet épisode arrive à se montrer épique à certains moments, faisant régulièrement appel aux émotions des fans, usant de scènes qui font volontairement écho au passé de Ryo (et au passé vidéoludique des joueurs, par la même occasion) et se montrant capable de nous toucher de la même manière que les précédents Shenmue arrivaient à nous faire vibrer. Et ça, c’est déjà pas mal.

Inutile en revanche de chercher la modernité dans l’approche proposée par Ys Net, les joueurs des deux premiers volets sont en terrain connu tant Shenmue III adopte les mêmes mécaniques qu’avant. On explore « librement » un environnement assez vaste, on interroge tous les PNJ en se coltinant des dialogues avec ce rythme si particulier (donc lent, pour la faire courte), on s’adonne à une quelques mini-jeux pour varier les plaisirs et gagner de l’argent (jeux d’arcade, pêche, petits boulots, jeux d’adresse et de hasard, etc.), on perfectionne son kung-fu pour augmenter notre niveau d’XP (ateliers d’entraînement et combats) et on bastonne face à quelques imprudents ou contre des ennemis plus coriaces.

Secouez le tout et vous ferez progresser de temps à autres l’histoire principale tout en accédant à des quêtes secondaires optionnelles (et potentiellement manquables) pas toutes très intéressantes mais qui, à leur manière, enrichissent un peu plus l’univers du jeu.

Idées neuves, mauvaises idées ?

Consistant, Shenmue III l’est assurément. Il y a donc largement de quoi faire, à condition d’accepter une exécution des éléments de gameplay digne des jeux d’antan. Si les deux premiers Shenmue étaient en avance sur leur temps, ce troisième chapitre, en choisissant la même approche, reste donc ancré dans le passé. Sur ce point précis, Yu Suzuki et son équipe montrent clairement qu’ils ne souhaitent plaire qu’aux vieux de la vieille ou, en tout cas, qu’ils ne sont pas capables de séduire d’éventuels nouveaux venus. Certaines nouveautés sont toutefois de la partie dans Shenmue III mais les nouvelles idées sont tellement peu reluisantes, voire mauvaises, qu’elles ne peuvent que rebuter.

Premier exemple, la gestion de l’énergie de Ryo. Dans ce troisième volet, notre héros dispose d’une jauge d’énergie qui s’épuise naturellement au fil de la journée, encore plus vite lorsque l’on court, que l’on se bat ou qu’on s’adonne à une autre activité. La conséquence ? Ryo se retrouve rapidement incapable de courir et se met en danger s’il s’engage dans un combat avec seulement quelques points d’énergie en réserve. La solution ? Dormir (à chaque début de journée, la jauge est remplie) ou manger. Et comme obtenir de la nourriture n’est pas gratuit, il faut trouver le moyen d’obtenir de l’argent régulièrement (via les mini-jeux, les collections de jouets-capsules ou autres objets à revendre ou les petits boulots).

On n’est absolument pas contre l’introduction d’un tel système, mais cette gestion à base de nourriture est usante, énervante et trop rébarbative. Au final on opte pour la solution C : passer plusieurs journées complètes à s’entraîner pour améliorer notre endurance au maximum, ce qui augmente le nombre de points d’énergie de Ryo et nous permet de moins souvent passer par la case nourriture. On ne règle pas le problème, on le contourne pour qu’il soit moins pénible.

Dernier élément qui nous vient en tête parmi les nouvelles choses de Shenmue III : le fameux carnet de Ryo. Toujours aussi précieux puisqu’il regroupe toutes les informations récoltées par notre héros dans sa quête, le carnet endosse également le rôle d’élément central quand il s’agit de quêtes secondaires, des cartes des lieux visités et des notes concernant les points clés des environnements. Il répertorie même les numéros de téléphone de certains persos qu’on ne croise que dans Shenmue 1 & 2 (on vous invite à vous procurer des cartes téléphoniques à Niaowu puis à passer quelques coups de fil depuis les cabines téléphoniques de la ville, nostalgie assurée). Reste que la navigation devient bien laborieuse avec tout ça et passer d’une catégorie à l’autre n’est pas très naturel. De manière générale, les menus du jeu n’invitent clairement pas au voyage, sont peu ergonomiques et franchement moches.

T’es sûr qu’elle est bonne ton herbe ?

Autre nouveauté, les plantes. Devenu un véritable herboriste, Ryo peut ainsi cueillir certaines plantes aux vertus médicinales pour concocter des potions. Dans quel but ? Simplement les revendre, sans avoir la possibilité de les utiliser. Frustrant et, surtout, de quoi rendre la cueillette obsolète puisque des moyens plus simples sont à disposition pour se faire un petit pécule. Au rayon des bizarreries qui ne servent pas l’expérience Shenmue III, l’XP avec la baston. Si un atelier d’entraînement et le fait de réussir un affrontement face à un partenaire d’entraînement permettent de glaner de l’XP, les combats prenant place au cœur du scénario du jeu ne sont quant à eux pas synonymes de progression du joueur.

Enfin, encore au chapitre des détails qui deviennent pénibles à la longue, les discussions menées par Ryo avec les PNJ dont la construction ne relève d’aucune logique. Il arrive très souvent que Ryo salue plusieurs fois de suite son interlocuteur s’il a plusieurs choses à demander, comme s’il entamait à chaque fois une conversation. Quand on prend en compte la lenteur naturelle des échanges, il devient parfois lourd d’obtenir ne serait-ce qu’une information d’un PNJ. Idem avec les boutiques où il faut à chaque fois repasser par la case « échange de politesses » quand on veut passer d’un achat à un autre… Et on ne parle même pas des cinématiques qui ressemblent à des mini-séquences mises bout-à-bout les unes des autres, offrant un rendu totalement haché des scènes en question.

Ryo Hazuki style

S’il ne propose pas de gros bouleversements dans son gameplay côté exploration (d’ailleurs, la fouille d’objet est d’actualité et Ryo peut toujours ouvrir placards, tiroirs et autres rangements pour y dégoter des objets à but principalement contemplatif), les combats connaissent quant à eux un peu de changement. Parce qu’ils reposent sur un système de progression discutable, on l’a déjà dit, mais aussi parce que la jouabilité abandonne le vieux style Virtua Fighter des précédents jeux pour une approche plus dynamique et plus directe. Pas meilleure non, mais différente.

En 1-contre-1, on se surprend à apprécier ces combats où la capacité des joueurs à mettre en pratique les techniques apprises est récompensée. Des coups simples, des coups forts, de la protection, de l’esquive, des techniques à exécuter et une touche en guise de raccourci pour l’une d’elles (on passe par un éditeur pour définir quelles sont les techniques à mettre en raccourcis), l’ensemble est basique mais efficace. Difficile en revanche de se satisfaire d’un tel système quand les ennemis à affronter sont plusieurs tant il est compliqué de composer avec le ciblage proposé par le soft.

Phoenix & Dragon engine

Qu’il a belle allure l’ami Ryo quand il balance ses techniques à la tronche de ses adversaires. Les mouvements sont beaux, fluides et s’exécutent avec une grâce qui fait plaisir à voir. Au-delà de ça, il est difficile de louer les qualités techniques du jeu. Shenmue III n’est pas vilain, non, mais il est loin d’avoir les qualités visuelles des standards actuels. Certes, on se surprend à admirer certains paysages carte postale offerts par Ys Net, les effets de lumière prêtent également à contemplation et les environnements sont convaincants. Mais que dire des animations faciales des personnages principaux ? Des traits physiques de certains PNJ et de leurs animations ? On frise parfois le ridicule.

Pire, Shenmue III n’arrive pas à rendre une copie au moins propre. Sur PS4 les chutes de frame-rate sont fréquentes, le clipping est à la fête et quelques bugs viennent même stopper notre progression (oui, c’est arrivé 2 fois dans notre partie test). Vraiment fâcheux pour un jeu qui a eu droit à de multiples reports dans un soucis d’optimisation… Enfin, que dire de la traduction française malheureusement trop littérale ? Les sous-titres français ont le mérite d’exister, on ne va pas s’en plaindre, mais dommage que le travail n’ait pas été plus soigné.

LE VERDICT
RYO A DU BOULOT
6
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Passionné de jeux vidéo depuis qu'il est en âge de tenir un pad, adepte de la news publiée 24h/24 et du test relu 10 fois mais avec coquilles quand même. Râleur pro et caféinoname.

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