Test de Conan Exiles (PC, PS4, Xbox One)

Ce test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée sur PC, achetée par nos soins, et d’une version physique sur PlayStation 4, fournie par l’éditeur.

Galère Norvégienne au pays du Meuporg

Funcom s’était déjà essayé sur la license du barbare d’Howard, avec le MMO intitulé Age of Conan. Si le jeu m’avait plutôt pas mal plu dans ses 10 premières heures, force était d’avouer que Funcom s’était bien foutu de la gueule du monde. Après avoir (sur)kiffés la zone de Tortage (le tutoriel), les joueurs avaient eu la déception immense de tomber sur un gros n’importe quoi, bordélique, buggé à souhait. Un jeu sacrifié sur un temps de développement beaucoup trop long, impliquant beaucoup d’argent, et un éditeur voulant que son MMO sorte très vite. Trop vite. Si je m’étale sur ce passage, c’est pour expliquer comment Funcom, développeur connu et anciennement reconnu pour ses jeux du genre, s’est cassé la gueule en une seule production.

Les joueurs ont fui Age of Conan, privant la boite des précieux abonnements. Le jeu est passé en mode damage control/free-to-play, avec beaucoup de licenciements. Bref, c’était la merde. Funcom s’est planté en beauté, comme beaucoup d’autres boites avant eux (et après eux), après avoir voulu concurrencer World of Warcraft. Mais les nordiques se sont sortis les doigts et ont réussi certains paris. Après le réussi The Secret Worlds, qui a permis au studio de remonter doucement la pente, un jeu facebook puis The Park, le studio norvégien décide de remettre un pied en Cimmérie. Pour donner une petite idée de ce pari en voie de réussite : Funcom annonce une dette de 570.000 dollars en mai 2018, contre 6.9 millions de dollars un an plus tôt, multipliant au passage son capital par trois.

Le rendez-vous des bandits

Conan Exiles est donc un pari risqué, le jeu empruntant à beaucoup de genre différents. Pour le définir de manière imagée, disons qu’il est le pot pourri entre Ark, pour son système de craft/survival, Rust, pour son ambiance putassière au possible, Dark Souls, pour son système de combat, et enfin d’Age of Conan, pour tout le reste.

Le setting est simpliste. Vous êtes un(e) ancien(ne) criminel(le), crucifié(e) dans le désert des Terres Exilées. Conan, qui passait par là, vous décroche de la croix et vous dit : “Mon bon ami, démerde-toi maintenant”. C’est ainsi que vous commencez, avec votre avatar littéralement à poil dans le désert, affamé et assoiffé. Pour ceux qui ont déjà joué au genre “Survie”, vous ne serez pas du tout dépaysé. Vous récoltez tout ce que vous trouvez, pour ensuite créer des objets qui vous seront utiles pour mieux récolter, gagner de l’expérience pour apprendre des nouvelles recettes, et ainsi de suite. Une progression par tier similaire à tout ce que l’on trouve dans n’importe quel autre jeu du genre.

Le premier point où Conan Exiles se démarque de la concurrence, c’est à la création de votre personnage. Vous aurez le choix entre différentes ethnies tirées de l’univers des livres. Vous pourrez aussi choisir une religion qui vous aidera pas mal en début de jeu. Enfin, vous pouvez personnaliser votre personnage avec quelques réglettes. Pour les joueurs qui comme moi étaient frustrés sur Rust d’avoir un personnage avec un micro-pénis rassurez vous, il y a une réglette qui permet de choisir la taille de votre kekette. On n’arrête pas le progrès.

Terre d’Exil

Le second point où Conan Exiles se démarque de la concurrence, c’est sur la zone de jeu proposée. Ici, on dit adieu à Ark et ses zones fades comme la mort, à Rust et sa génération aléatoire. On enterre ces lieux vides d’histoires et de sens pour prendre le parti pris d’une carte faite à la main par Funcom.

Votre zone de jeu a une histoire, que vous pourrez apprendre en lisant les notes que vous trouverez ici et là. Du simple camp de bandit Stygien à la grande cité de Set, chaque endroit de la carte a sa petite touche de lore qui est pour le moins appréciable. Surtout, quand comme moi vous aimez l’univers de Conan. Forcément, des clins d’oeil sont livrés ici et là aux histoires de notre Cimmérien préféré, mais aussi, certains PNJ vous parleront d’endroits que vous pourrez visiter ensuite. Sans avoir non plus la profondeur du background de Dark Souls, cette narration en sous-marin permet au joueur qui y prête attention de s’ancrer dans un espace et dans un temps, ce qui rend le genre “survival” un peu moins abscons.

Pour soutenir cela, votre personnage dispose d’un “périple” que l’on pourrait confondre dans l’expression “journal de quête – tutoriel – histoire”. Pas à pas, accomplir les actions recommandées par ce fameux périple vous permettra de gagner de l’expérience mais aussi d’apprendre certaines mécaniques du titre. Enfin, il vous emmènera aux quatre coins de la zone de jeu pour y terrasser des monstres ou découvrir des points d’intérêts, arpenter un donjon, tuer son boss et récolter son crâne pour décorer votre maison avec.

Du désert du départ aux régions froides du nord en passant par la jungle luxuriante, la carte est grande, la traverser prend du temps et le paysage vaut le détour.

Parlons de la zone de jeu… Qu’est ce que je l’aime. Du désert du départ (aride et sec, peuplé de hyènes, de tortues géantes et autres bandits et cannibales) aux régions froides du nord (avec ses cimmériens et autre hommes nordiques couverts de fourrures) en passant par la jungle luxuriante (peuplées de gorilles, de panthères et d’autres bestioles dégoûtantes), la carte est grande, la traverser prend du temps et le paysage, fait à la main, vaut le détour. En plus, elle est peuplée de caves, de mini-donjons (voire de donjons), de world boss qui vous forceront à sortir du carcan “je farme des ressources, je passe au tier supérieur, je recommence”. Mieux encore, se battre contre l’IA, que ça soit des adversaires humanoïdes ou la faune de Conan Exiles, vous permettra de looter certaines ressources. Ici, on fait la différence entre la peau d’une hyène et la fourrure d’un loup. Il y a 5 à 10 minutes de trajet entre les zones où on trouve ces différentes bestioles et les items que l’on peut produire avec sont réellement différents. En bref, tout est fait pour éviter que les joueurs s’installent dans une zone et n’en bougent plus. Pour progresser, dans Conan Exiles, vous devez voir du pays. Vous devrez aussi vous adapter aux zones que vous visitez.

Se balader à poil dans le grand nord, par exemple, est le meilleur moyen de mourir littéralement de froid. A l’inverse, se balader en armure de fourrure dans le désert est le meilleur moyen de mourir de soif si vous n’avez pas prévu assez de gourdes d’eau. Le climat est important, et l’équipement joue réellement sur notre capacité de survie. Certaines zones sont emplies de gaz toxiques qui vous tueront très rapidement, d’autres de corruption (une sorte de magie noire qui réduit votre maximum de point de vie dans la durée avant de vous achever). Le désert sera de temps en temps frappé par une tempête de sable,et si vous n’avez pas d’abri, vous mourrez lentement, dans la panique et la douleur, comme beaucoup d’autres avant vous.

Une épée, une hache. Un Arc…

L’itémisation du jeu est pour le moment à classer du côté des points forts. Chaque set d’armure, en plus d’avoir un look unique, propose avec lui des bonus qui lui sont propre. Le premier set d’armure, par exemple, augmentera votre niveau d’encombrement, la statistique qui vous permet de porter plus de poids, un autre set augmentera la force, un autre la perception, etc. Chaque set est décliné en différentes catégories que sont légère, intermédiaire ou lourde, avec forcément un impact entre le poids et la capacité de protection de chaque pièce. Mais vous aurez aussi accès à des améliorations d’items. Par exemple, certains objets vous permettront de réduire le poids, au détriment d’un peu de protection, d’une pièce d’armure, ou alors, carrément l’inverse, d’augmenter son poids et sa défense, ou d’augmenter sa durabilité.

Pour les armes, chacune d’entre-elles se jouera différemment, ayant son combo d’attaque forte ou légère et son petit effet différent. Ainsi, un marteau pourra “fracasser”, ce qui implique casser les os des ennemis pour les ralentir, ou briser plus facilement leur bouclier et armure. Les dagues font dans le saignement, ce qui fera perdre beaucoup de vie aux ennemis dans la durée. Une lance pénètre l’armure plus facilement, en plus d’avoir une allonge sympathique. Bref, à chaque style de jeu, son arme. Avec là-aussi, ses petites subtilités. Par exemple, moi je me régale à jouer avec des dagues empoisonnées : en un petit combo, j’applique pas mal de saignement et de poison à mes ennemis, ce qui me laisse ensuite le temps de me replier tandis qu’eux se meurent assez rapidement. Par contre, si je me foire, et que je me prend des coups, je ne peux pas parer, je ne peux qu’esquiver. Ou accepter joyeusement les coups dans ma trogne. Au choix !

La Tour de l’Elephant

Conan Exiles a donc tout pour me plaire car il réussit à puiser des bonnes idées de gameplay ici et là, qui rendent le jeu fun et dynamique. Rien n’est plus jouissif que de se jeter dans le vide et se rattraper aux parois proche in extremis. Le jeu possède sa personnalité qui ne vous laissera pas cette expression douloureuse de jouer à un énième survival. Mais, et ô grand mais, Funcom nous a réservé sa petite spéciale. La finition avec le cul. C’est raccord dans un jeu où l’on peut exhiber son intimité, certes, mais cela fait tâche, surtout après une communication à grand coup de trailers promotionnels fêtant enfin la sortie de l’early access et de la version 1.0.

Premier problème : le jeu en solo est vide d’intérêt. Même si le voyage aux quatre coins de la map reste sympa, le jeu n’a pas non plus une narration qui pousse au cul nous raconter une histoire digne d’intérêt. C’est certes plaisant de découvrir l’histoire d’une zone via une petite séquence avec des fantômes qui nous jouent la scène, mais nous ne sommes pas non plus dans une histoire en trois actes. Quand la narration tient sur “tu dois enlever ton bracelet d’exilé”, c’est forcément loin des nouvelles du père Howard. D’autant plus que la finalité de l’aventure est plutôt décevante.

Arrive donc le second problème : la nécessité de jouer en ligne. C’est une problématique inhérente aux jeux de survie/crafting, il va vous falloir pas mal de temps pour écumer les serveurs en espérant tomber sur une communauté sympa. Manque de bol, les trois-quarts du temps, les joueurs seront toxiques et peu enclins aux échanges autres qu’à grands coups d’épée dans le bide. D’autant plus que, si vous jouez sur des serveurs non-officiels, vous pourrez à votre grand désespoir tomber sur des serveurs administrés par ce qu’on appelle dans le jargon des gros connards d’admins qui n’hésitent pas à se filer des ressources (ou d’autres bonus/cheat). Vous êtes donc dans le pire des cas condamnés à jouer sur les serveurs officiels et là, bonjour les ennuis. S’il y a un problème, vous n’aurez plus qu’à allumer un cierge et espérer qu’un des admins du jeu passe par là et reboot tout le bousin, ou vous ne toucherez plus le jeu pendant plus de 10 heures (comme cela m’est déjà arrivé).

Le troisième problème vient donc de la performance du jeu sur les serveurs officiels. Bordel qu’est-ce que ça lag ! Si votre serveur est plein, comme tous les serveurs officiels à l’heure où ces lignes sont écrites, dites bonjour aux problèmes de lag, de roll back et de performances médiocres dans les zones peuplées. Encore plus magique, parfois l’IA ne prend aucun dégât alors qu’elle peut se permettre de vous en mettre plein la tronche. Parfois, l’IA ne réagira pas aux coups d’épées que vous lui mettrez dans la trogne. Ça vous donnera l’impression amère d’être en train de cheese et ruinera l’expérience.

Il va falloir passer mal de temps à écumer les serveurs en espérant tomber sur une communauté sympa. Manque de bol, les trois-quarts du temps, les joueurs seront toxiques et peu enclins aux échanges autres qu’à grands coups d’épée dans le bide.

Quatrième problème : le PvP est actuellement fade. C’est simple, je peux décider de surprendre des joueurs que je traque en fourbe depuis une bonne demi-heure et en tuer un. Dès que le combat tourne en ma défaveur, je peux simplement m’en aller sans que mes adversaires n’aient la chance de me coincer ou stopper ma fuite. Il n’y a rien de plus frustrant de voir courir un joueur que vous avez foutu à 20% de points de vie, de le poursuivre à travers tout l’univers de Conan, en espérant uniquement le coincer sur une erreur de sa part. Mais sinon, il pourra fuir sans aucun problème. Ainsi, la prise de risque est zéro. Le problème semble se tasser quand on arrive vers le niveau maximum, permettant de faire un build archer pas piqué des hannetons qui combine poison et ralentissement pour peu que votre flèche file droit, ce qui n’est pas gagné.

Dernier problème majeur (et j’ai le sentiment que tous les jeux du moment que je teste me font répéter ça, mais bon…), cette impression fatigante de voir que les devs n’ont pas, mais alors PAS DU TOUT, testé leur jeu. Un exemple. Actuellement, il vous est possible de faire un build archer dans le jeu sauf que le gameplay à l’arc est nul à chier et il n’est viable qu’en late game, une fois level max et de quoi crafter tout ce qu’il faut pour soutenir ce build. Certains boss restent buggés entre leur phases, rendant leur combat longs et chiants “uniquement pour essayer de les débug”, et je ne vous parle pas de ces moments usants où le boss, alors midlife (5-10 min de combat), se coince dans le décor pour ne plus jamais en sortir. Parfois, l’escalade ne fonctionnera pas, pour une raison mystérieuse. Ainsi, le plan de s’accrocher à la dernière minute pour gagner du temps se soldera par une mort des plus idiotes. Parfois, votre bouclier bien positionné en garde ne vous protégera pas, allez savoir pourquoi. Parfois, vous allez traverser la map et vous retrouver coincé dessous, jusqu’à ce que mort s’ensuive, sans possibilité aucune de récupérer votre équipement que vous avez mis quatre heures à crafter.

Attention aux spoilers avec la séquence ci-dessous.

Howard, ô désespoir

Visuellement, le jeu n’est pas dégueux sans être non plus une leçon de maîtrise d’Unreal Engine. Ce qui sauve l’ensemble, c’est la direction artistique solide et pratiquée depuis Age of Conan par le studio. Du coup ça se tient droit et on a vraiment l’impression de marcher dans le monde du barbare qui deviendra Roi d’Aquilonie. On regrette simplement que le jeu nous limite à ces fameuses Terres des Exilés, alors qu’on aimerait visiter l’univers entier des livre et du MMO ! De son côté la bande-son est parfois flemmarde, parfois grandiose. Certains thèmes n’ont pas à rougir devant ceux de Basil Poledouris (le compositeur du film Conan de 1984) et participent bien à vous immerger dans l’univers du jeu. Quelques-uns sont d’ailleurs des réutilisations d’Age of Conan mais ça on s’en fout parce que l’OST de ce jeu était magnifique.

LE VERDICT
PAR CRÔM !
6
Gwaudika
Troubadour qui traubade un peu trop. Crie fort quand "ça ne touche pas".

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