Test de Clid the Snail (PS4, PS5)


Développeur : Weird Beluga Studio

Éditeur : Koch Media

Sortie : 31 août 2021

Supports : PS4 / PS5

CONCLUSION

Pour sa première œuvre, qui partait tout de même d’un projet étudiant, l’équipe de Weird Beluga Studio met les petits plats dans les grands. Mélangeant habilement phases de combat, exploration et réflexion, Clid the Snail se présente comme une minuscule et délicate perle qui, à la loupe, renferme tout un tas de trésors. Alors certes, tout n’est pas parfaitement poli et des rayures se cachent par-ci, par-là, notamment entre la technique et l’esthétisme. Mais ce n’est rien face à la grandeur de l’expérience proposée. Si vous êtes ainsi à la recherche d’une aventure grandiose dans sa microscopique taille, et ne souffrez évidemment pas d’héliciphobie, Clidl est assurément l’ami rampant à adopter.

Insecte appartenant à la grande famille des rampants, vivant dans une petite cavité de calcaire en forme spirale qu’il garde sur son dos, l’escargot a rarement eu l’opportunité de se retrouver au casting d’un jeu vidéo. Captivé, semble-t-il, par la sphère animalière, Weird Beluga Studio s’est dit qu’il était temps de rendre justice à ces êtres extraordinairement curieux. Leur premier projet se nomme ainsi Clid the Snail et embarque le joueur au sein d’un hack’n slash post-apocalyptique où l’homme n’est plus que vestige. Désormais, ce sont nos amis les bêtes qui font la loi et le résultat est sauvagement bon.

La Fable de Fibonacci

Clid the Snail (PS4) - Réunion au sommetGrand gagnant de la 6ème édition des PlayStation Talents Awards (programme consistant à aider la créativité de l’industrie vidéoludique espagnole), Clid the Snail est l’œuvre de Weird Beluga Studio. Une modeste équipe de cinq madrilènes qui, au vu de son nom et logo, semble avoir un certain intérêt pour le milieu animalier. Et, de toute évidence, son premier projet était tout indiqué pour faire l’objet de sa passion. Comme son titre le laisse entendre, Clid the Snail met en scène, non pas un marsouin – ce qui aurait été un brin évident, voire autolâtre, mais un escargot sur une Terre où l’existence humaine – appelés ici les géants, n’est plus qu’un lointain souvenir. Répondant ni plus, ni moins, au nom de Clid, notre héros est un mollusque qui a pour habitude de se la jouer excentrique, voire trouble-fête.

Il aime notamment se jeter des verres de bambou derrière la cravate lorsqu’il n’est pas en train d’aller massacrer de la limace avec son arsenal personnel. Mais malheureusement pour lui, un tel comportement n’est pas du goût de tous. En effet, ses pairs qui, contrairement à lui, prônent la paix et la sagesse, vont lui reprocher sa marginalité au point de le condamner à l’exil. De là, commence alors pour notre héros une vie de paria vagabond aux côtés de Belu, une petite luciole qui lui doit, selon elle, le salut. Animés par une certaine vengeance, ensemble, ils vont se donner pour mission d’exterminer le clan des sans coquille qui envahit et ravage la nature. Sur leur chemin, ils ne seront pas seuls. Un nouveau foyer va vite se profiler pour eux auprès d’une étrange communauté d’exclus : celle d’Alastor.

Path of Exile

Clid the Snail (PS4) - Un solitaire bien seulAu sein d’elle, il y a notamment Haelsy, la gardienne chauve-souris qui parle à l’aide d’écouteurs, Morty, le hérisson forgeron, Atxaka, la tortue scientifique, Itako, la grenouille samouraï, et Cassius, leur chef caméléon. Ce sont autant de personnages dont il émane un travail de caractérisation aux petits oignons. De leur chara-design humanoïde très inspiré à leurs traits de personnalité qui rendraient fier un certain Jean de la Fontaine, ces petites bébêtes, tout comme notre héros, suscitent une véritable fascination. Comme l’avait souligné Ricardo Chorques Mesa, lors d’une précédente interview : « notre protagoniste cherche sa place dans la société et voyage, là où le vent le mène, en transportant toute sa maison sur le dos – ce qui déboula tout naturellement sur l’idée du gastéropode ».

Que ce soit la musique, les bruitages et les différentes langues créées, l’ambiance sonore est maîtrisée de bout en bout avec maestria.

De manière générale, rien ne semble avoir été posé au hasard. Il y a une logique qui transparaît à travers chacune des couches narratives. On sent que l’univers dans lequel cohabitent tous ces animaux est véritablement imprégné d’histoire et de culture. Il y a des souvenirs perdus, des projets interrompus et même des secrets enfouis qui se lisent à travers les murs de ces forteresses et autres bâtisses construites sur le passé. Une fois le sol foulé, une seule envie naît manette en mains, celle de partir explorer chaque recoin de ces vestiges afin d’en découvrir les origines. Quelles ont été les dernières images diffusées par ce téléviseur ? À qui était destinée cette bague de fiançailles ? Comment une colonne vertébrale humaine s’est retrouvée à servir de passerelle ? Quelles sauvegardes de jeux pouvait bien renfermer cette carte mémoire PS2 ?

Une souris verte

Outre des easter eggs bien sympas, les interrogations se dessinent au fur et à mesure du périple, et nombreuses sont celles qui se savourent par l’absence de réponse. En revanche, les explications sur les racines du monde, ce n’est, semble-t-il, pas trop le truc de notre colimaçon. Lui, ce qu’il veut, c’est avant tout rentré chez lui et être accepté par les siens. De ce fait, il est convaincu qu’aller remonter les antennes à ses cousins limacidae réglera à la fois, sa situation, mais aussi celles des autres factions menacées. Pour gérer cette entreprise, sa solution est donc de laisser parler la poudre. Et, entre les asticots, les taupes, les araignées, les cafards et autres différentes variantes de limaces, les ennemis ne se feront pas prier pour venir en débattre.

Clid the Snail (PS4) - L'escargot qui fait moucheDe son côté, notre Rambo invertébré attitré dispose de tout un arsenal pour composer son massacre. Blaster, lance-flamme, mitrailleur, fusil à pompe, canon à décharge électrique ou encore grenades, la liste d’armes est plutôt consistante et s’étoffe au fur du parcours. Mais, leur utilité n’est pas qu’offensive. Quand leurs projectibles ne sont pas en train de mettre en charpie le corps d’adversaire, ces joujoux servent également à ouvrir des passages et résoudre des énigmes. Entre actionner des leviers, alimenter des générateurs ou débarrasser les objets obstruant, la solution de ces puzzles ne relève pas d’une grande difficulté, du moins, en théorie. Car, en pratique, il s’agit surtout de mettre à l’épreuve la dextérité du joueur et son sens du timing.

Trempez-la dans l’huile essentielle

Il en va de même sur le champ de bataille. Tant qu’il est modéré en effectif, le camp opposant ne représente pas un grand obstacle. Or, une fois qu’il opère en armée, le challenge se fait bien sentir. Certains passages sont même très retors. Pour cause, il faut savoir manier l’assaut en veillant sur sa barre d’endurance et une part de ses munitions. En effet, s’il est possible d’esquiver et de courir, la manœuvre requiert toutefois de l’énergie, ce qui peut vite surprendre. Histoire de rééquilibrer les forces, un remède reste tout de même à la portée de notre guerrier errant. Celui-ci prend la forme de graines dites de Ralar et a pour effet de développer les facultés physiques. Trouver quatre d’entre elles à travers les régions sauvages augmente par exemple les points de vie.

Clid the Snail (PS4) - Au nom de la roseDe plus, des marchands bernard-l’ermite se tiennent aux abords des villes avec pour principe commercial d’offrir en échange de quelques matériaux les ressources nécessaires à une aventure de cette envergure. Ils disposent même dans leurs besace de quoi faire évoluer les coquilles avec de nouvelles capacités (le comble quand on sait que ces crustacés sont réputés pour être des voleurs de coquille). Ce qui, encore une fois, ne manque pas d’élargir les possibilités au combat. À la fois rythmée et loin d’être tendre, l’action est donc bien au rendez-vous. Cette dynamique alternant conflits inter espèces, saynètes sur fond de sujets existentiels et casse-têtes jouant parfois sur différentes échelles fonctionne du feu de Dieu.

Sans bavure ?

En ce sens, Clid the Snail impressionne par son rapport micro/macrocosme, et cela aussi bien sur le plan narratif que visuel. Sans pour autant s’afficher comme une grosse claque graphique, il donne véritablement l’impression que dans le minusculement infime, il y a des choses qui nous dépasse. Vu d’ici, à hauteur humaine, les défauts en deviennent même imperceptibles. Pour ainsi dire, le voyage est tellement saisissant que la technique pas toujours au poil et les textures quelque peu baveuses se feraient presque oublier. Aussi poétique que sombre, la direction artistique, façon Métal Hurlant au pays des bestioles, en est bien évidemment pour quelque chose.

Rien ne semble avoir été posé au hasard dans cet univers imprégné d’histoire. Il y a des souvenirs perdus, des projets interrompus et même des secrets enfouis qui se lisent à travers ses murs.

Tout comme le travail du son qui mérite incontestablement d’être salué. Que ce soit la musique, les bruitages et les différentes langues créées, l’ambiance sonore est maîtrisée de bout en bout avec maestria. En somme, le titre de meilleur jeu de l’année attribué par PlayStation dans le cadre de son programme artistique espagnol est difficilement contestable. Certes, une aventure moins linéaire avec une difficulté un peu mieux ajustée aurait été agréable. Mais c’est en mesurant également la modération que le titre de Weird Beluga tire toute sa grandeur.

Feu de camp pour un guerrier

Ce test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée, fournie par l’éditeur, sur PlayStation 4

Mr.J
Aucun super-pouvoir, gameplay limité, fait partie du comité de protection des licornes. Recherche en vain cet alter ego qui lui permettra de mener à bien sa vendetta - "The monster you created has returned to kill you"

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