Ce test a été réalisé à partir d’une version physique, fournie par l’éditeur, sur Playstation 4.

Il était une fois trois petits étudiants…

En 1999, le monde du cinéma d’horreur fut marqué par la sortie d’un véritable OFNI (Objet Filmique Non Identifié). Nombreux sont les spectateurs qui, en sortant de son visionnage, ont été traumatisés et perplexes, notamment à cause de sa réalisation en found footage. Mais au-delà de la simple expérience cinématographique, le film prit une dimension virale et dépassa même la fiction du fait de sa communication qui consistait à faire croire au public à la réalité de son histoire. Articles de presse, site internet, avis de disparition des trois acteurs, documentaire télévisé, le phénomène qui n’avait bien évidemment rien de réel allait devenir l’un des plus grands canulars de l’industrie. Récoltant près de 250 millions de dollars de recettes mondiales, alors qu’il fut monté avec à peine 60 000 dollars de budget, il s’agit du Projet Blair Witch réalisé par Daniel Myrick et Eduardo Sanchez.

Peu semblent le savoir mais en plus d’avoir eu droit à deux suites, la sorcière de Blair a déjà fait par le passé une première incursion dans le domaine du jeux vidéo avec un survival horror en trois volumes (Rustin ParrThe Legend of Coffin RockThe Elly Edward Tale) sorties sur PC. 20 ans plus tard c’est le studio Bloober Team, connu pour sa vision cauchemardesque des arts picturaux et cinématographiques avec la série Layers of Fear, qui se propose de donner une nouvelle déclinaison vidéoludique aux légendes de Burkittsville et sa fameuse forêt de Black Hills.

C’est d’ailleurs, sans préambule, en plein dans ces bois lugubres et mystérieux que notre thriller parapsycho-horrifique commence. Lancé à vive allure au volant de son 4×4 en compagnie de son fidèle chien nommé Bullet, Ellis Lynch, ancien inspecteur et vétéran de guerre, roule en direction de la zone de recherche dédiée à Peter Shannon, un enfant disparu dans des circonstances inexpliquées, afin d’aider les équipes de recherche. Découvrant une fois sur place que la battue a déjà été entamée, il décide de mener sa propre investigation sans imaginer le terrifiant cauchemar qu’il s’apprête à vivre.

L’Échelle d’Ellis

Cette affaire se déroule deux ans après les tragiques événements relatés dans le premier film, c’est-à-dire en 1996. Le cas de Heather, Joshua et Michael n’a alors pas encore fini d’alimenter les inquiétudes de la localité, et les nôtres non plus à vrai dire. A l’instar du long métrage qui est consacré aux trois anciens étudiants de cinéma, le Blair Witch de Bloober Team se veut très minimaliste dans sa manière de mettre en scène l’angoisse. Il n’est nullement question d’être irrité par du gore ou un quelconque jump scare, le tout se voulant essentiellement tourné vers la suggestion. Le moindre craquement de branche ou une simple ombre a de quoi vite se transformer en une véritable menace pour les nerfs sensibles. De surcroît, plus les recherches avancent, plus la ligne qui sépare le cadre paranormal de la forêt de Black Hills et la psychologie de notre héros devient fine. Entre flashbacks et projections mentales, l’enquête prend alors des airs de thérapie primale, ce qui donne lieu à des scènes d’horreur très poignantes et artistiquement intéressantes.

Le moindre craquement de branche ou une simple ombre a de quoi vite se transformer en une véritable menace pour les nerfs sensibles.

Plonger à la première personne dans cette psychose aiguë laisse difficilement indemne tant l’immersion est terrifiante. Pourtant, du point de vue visuel, le jeu n’atteint pas toujours le rendu espéré. Affichant moins d’élément à l’écran, les entrailles du paquebot de Layers of Fear 2 et même la Pologne futuriste de Observer se défendent mieux sur ce point. Mais paradoxalement le désordre cache ici l’artifice, ce qui donne globalement cet aspect à la fois tangible et incarné des lieux. Et comment ne pas saluer le minutieux travail de la lumière de la part des développeurs polonais ? Chaque effet participe à faire fonctionner la machine à frisson. À cela s’ajoutent une bande-son dissonante et surtout un sound design soigné, histoire de bien faire descendre la température. Autant dire que l’envie d’une balade en forêt n’est pas la première chose qui vient à l’esprit après une telle expérience. Dès lors, Bloober Team prouve encore une fois qu’il maîtrise le sujet ; ce qui fait la subtilité d’un jeu d’horreur de cette trempe est l’ambiance non seulement architecturale mais aussi sonore.

Rejoins la lumière !

L’environnement est d’ailleurs ici un vrai personnage à part entière. Au casting, il pourrait même se définir comme l’ennemi principal tant la peur fleurit en son sein. Aucun arbre, branchage, rocher, ni même cours d’eau n’est encore une fois plus rassurant que l’autre. Heureusement que notre cher petit toutou vient apporter un peu de réconfort dans toute cette angoissante aventure. Outre sa chaleureuse présence, Bullet écoute aux ordres et intervient en tant qu’outil de gameplay. Il peut déterrer les objets, tracer les indices, indiquer le chemin à suivre et détecter la menace. Il est donc crucial de ne jamais le perdre de vue. Le second élément majeur de cette chasse aux sorcières est la caméra à main dont le rôle n’est pas seulement de faire écho à la technique du found footage. Tout en retraçant l’itinéraire du jeune disparu via des cassettes trouvées au fil de notre parcours, cet outil sert en effet à jouer avec le temps et détecter grâce à sa vision nocturne certaines entités malfaisantes.

Comme si cela ne suffisait pas, ces dernières interviennent par-ci par-là afin d’altérer la santé d’Ellis. Si leurs dégâts sont considérables, elles ne peuvent toutefois rien faire face à la lumière. Cela tombe bien puisque dans l’inventaire se trouve une lampe torche, la seule vraie arme du jeu. De la même manière que dans Alan Wake, elle permet de se défendre face aux forces obscures. En somme, tout est savamment mis en place de manière à ce que le joueur se sente seul et désemparé. Même recevoir un message ou un appel des seules sources de communication avec l’extérieur, à savoir un talkie-walkie et un vieux Motorola avec lequel il est même possible de jouer à l’incontournable Snake, n’est pas toujours salutaire. Garder son sang froid face aux textos intimidants, aux voix étranges ou aux échanges au sens douteux du shérif Emmett Lanning n’est pas des plus aisés.

La maison qui cache la forêt ?

Qui a dit que le voyage au bout de l’Enfer ne proposait qu’un seul trajet possible ? En plus d’exploiter judicieusement les codes du genre, Blair Witch se permet plusieurs conclusions en imposant de temps à autre au joueur différents chemin à suivre. Ce schéma aux multiples embranchements n’est pas de trop sachant qu’il faut seulement six heures pour terminer un scénario. Ceux cherchant à comprendre tous les tenants et les aboutissants sont donc invités à rejouer, ce qui permet d’allonger la durée de vie. Si, généralement, l’uniformité environnementale de la nature tend à procurer une impression de répétition, il n’en est finalement rien dans le cas présent. Entre les passages en couloir périlleux et les phases d’exploration en petites zones ouvertes qui poussent expressément à se perdre, le jeu varie suffisamment les plaisirs de la terreur pour capter l’attention et la curiosité du joueur.

Bien que le level design joue brillamment son rôle, il n’est toutefois pas évident de maintenir entièrement notre engagement affectif au vu du comportement impassible de notre héros. En effet, hormis l’accélération de son rythme respiratoire, celui-ci exprime rarement, voire pas du tout de réaction face à l’étrangeté de la situation. Avoir un minimum de surprise de sa part n’aurait clairement pas été de trop, histoire de pousser le réalisme un peu plus loin et de faire davantage monter la pression.

Quoi qu’il en soit, cette légère discordance ne trahit aucunement la mythologie d’origine et celle poursuivie par Bloober Team. Les deux s’accordent d’ailleurs parfaitement. Si les totems à casser et l’énigmatique position face au mur font office de clins d’oeil, ces éléments trouvent également ici une fonction plus complexe. Il est néanmoins dommage que notre double jeu de pistes n’aille pas plus loin dans ses mécanismes. Tout comme les limites de ces derniers, la réponse à tout ce calvaire se devine assez rapidement. Cependant, la manière dont les pièces du puzzle sont racontées et amenées montre que le genre n’a pas encore dit sa dernière incantation.

LE VERDICT
MA SORCIÈRE BIEN-AIMÉE
6
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Aucun super-pouvoir, gameplay limité, fait partie du comité de protection des licornes. Recherche en vain cet alter ego qui lui permettra de mener à bien sa vendetta - "The monster you created has returned to kill you"

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