Ce test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée fournie par l’éditeur, sur Xbox One X. Blacksad : Under the Skin est disponible sur PC, PS4, Xbox One et Nintendo Switch.

Matous noirs et superstition

Il est pour ainsi dire impossible de s’adonner à une session de Blacksad : Under the Skin sans rencontrer de problèmes, même près de deux mois après sa sortie officielle. Toutes les catégories y passent : bugs de son, d’affichage ou de progression, il y en a pour tous les goûts. Un coup, il s’agira de dialogues dédoublés. Un personnage se met à parler, on choisit une réponse et notre interlocuteur se met à répéter sa première phrase tout en énonçant la suite du dialogue conditionné par notre réponse. Ce qui provoque la réapparition de cette “roue” de choix, alors que le bougre tente tant bien que mal de rendre la discussion cohérente. Une autre fois, une zone complète du jeu virera au noir et blanc, sans raison apparente, et ne retrouvera ses couleurs que quelques longues minutes plus tard.

Néanmoins, le joueur n’atteindra le summum de la frustration que lorsque son personnage, ce cher John Blacksad aux neuf vies, restera tout simplement bloqué après avoir passé une porte de gymnase. Une forme de tétraplégie fulgurante, phénomène imprévu et peu fréquent, mais quelque peu handicapant pour le joueur désireux de poursuivre son enquête. Enfin, quand ce ne sont pas quelques dizaines de bugs qui se mettent en travers de son chemin, c’est face aux errements de game design que le détective volontaire devra s’imposer. Mention spéciale à la lampe torche et au passage dans un sous-sol, véritable petit condensé d’imprécisions miraculeuses.

Alors quoi ? Devrait-on abandonner ? Devrions-nous vulgairement supprimer Blacksad : Under the Skin de notre disque dur, avant de taper sur notre clavier un tragique 3/10 ? C’est plus compliqué que ça.

Chat échaudé ne craint pas les jeux bugués

Parce que derrière la technique honteuse, les bugs effarants et les erreurs de débutants se cache un bon jeu. Prenant place entre les tomes 2 et 3 de la bande dessinée éponyme, Blacksad : Under the Skin raconte une histoire inédite dans cet univers peuplé d’animaux anthropomorphes et inspiré des films noirs hollywoodiens. On y découvre la mort par pendaison d’un boxeur sur le point d’effectuer un combat crucial. Suicide ? Peu probable. Meurtre ? Certainement. Notre détective privé félin a donc pour tâche de résoudre cette enquête, plus importante qu’il ne semble au premier abord.

En termes de gameplay, Blacksad : Under the Skin n’a pas grand chose pour lui. Pendulo a appliqué la nouvelle formule du point and click (ironique, quand on sait qu’ils ont contribué à faire revenir le point and click traditionnel sur le devant de la scène), constituée de dialogues, de QTE et de choix moraux, comme Telltale ou Quantic Dream avant eux. De temps en temps, à la manière de ce qu’ont fait les développeurs de Frogwares sur Sherlock Holmes puis The Sinking City, John Blacksad peut faire quelques déductions à partir des informations qu’il a collectées. Rien de très poussé, il suffit simplement d’associer deux ou trois idées afin d’établir une connexion logique et en ressortir une nouvelle information. On aurait aimé voir cette partie plus creusée et surtout moins téléguidée. Les combinaisons impossibles se matérialisent par un simple refuse de la part du jeu. On finit rapidement par associer des bouts de phrase sans grande conviction, la plupart semblant n’avoir aucun rapport les unes avec les autres.

Noir, c’est noir

Cela étant dit, Blacksad : Under the Skin se laisse jouer, non pas parce que son gameplay est renversant, mais parce que l’univers qu’il met en scène est un véritable délice. Pas besoin d’être particulièrement fan de l’oeuvre originale pour se laisser bercer par le rythme du jeu, admirablement bien retranscrit par les artistes de Pendulo. Naturellement, on aurait préféré un rendu 2D à l’aspect BD plus prononcé, le style de Juanjo Guarnido, dessinateur des livres, étant assez marqué. Néanmoins, on rentre assez facilement dans l’imper’ du chat, alors que nous nous laissons bercés par quelques morceaux jazzy du plus bel effet et que l’enquête avance à un rythme satisfaisant. L’ambiance est excellente, tout comme la galerie de personnages mis en scène lors de l’aventure. Tous ont une histoire intéressante, de la simple serveuse au garde du corps, en passant par ceux que l’on connaît déjà de la BD.

Il faut peut-être changer les piles ?

Forcément, qui dit Blacksad dit aussi Etats-Unis, la saga ayant pour particularité de raconter l’histoire du pays à travers ses différents tomes. Under the Skin n’échappe pas à la règle et offre son lot de problématiques raciales, à l’heure où le sujet est plus que jamais au centre des débats. Ces thématiques s’intègrent parfaitement à l’histoire contée ici, et ne semble jamais “forcées”.

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