Test de Biomutant (PC, PS4, Xbox One)


Développeur : Experiment 101

Éditeur : THQ Nordic

Sortie : 25 mai 2021

Supports : PC / PS4 / One

CONCLUSION

Rares sont les jeux qui portent aussi bien leur nom que Biomutant. Bizarrerie post-apocalyptique aussi ambitieuse que bancale, la première création de Experiment 101 souffle constamment le chaud et le froid, alternant à un rythme dingue coups de génie et maladresses imbitables (on croirait jouer à du Spiders). Malgré cette tendance à la schizophrénie, il reste difficile de ne pas s’enthousiasmer pour cette nouvelle licence bordélique à souhait, à laquelle on ne souhaite que l’attribution d’un peu plus de moyens. Vivement la suite ?

Près de quatre ans après son annonce et deux ans après un rendez-vous manqué à la gamescom 2019, Biomutant a fini par débarquer sur nos machines, avec les pattes pleines de promesses et un enjeu de taille aussi bien pour son éditeur que ses géniteurs. Nouvelle licence pour le premier, premier jeu pour les seconds : il n’y a pas à dire, la tension est à son comble. Dans ces circonstances, mieux vaut ne pas avoir les yeux plus gros que le ventre. Ou bien est-ce l’inverse ?

Furry Road

S’il a mis autant de temps à arriver, c’est parce que Biomutant a quelque peu changé d’échelle, de taille, au fur et à mesure de son développement. Lors des premiers reports, Experiment 101 annonçait avoir profité de l’occasion pour enrichir l’univers du de manière conséquente. Force est de constater aujourd’hui que le studio n’a ni menti, ni chômé. On le savait singulier, mais jamais on n’aurait soupçonné la richesse de l’univers de Biomutant. Récit post-apocalyptique mettant en scène des animaux mutants et anthropomorphes, le jeu raconte par le biais d’un narrateur les aventures d’un “ronin” borgne, notre personnage, chargé de défendre ou non l’Arbre de Vie. Plus encore que ses influences, qu’il digère parfaitement, c’est dans sa capacité à créer sa propre mythologie en se réappropriant l’existant que Biomutant impressionne le plus.

Un peu à la manière de l’arc “Zachry” de Cloud Atlas ou de Mad Max, qui réinventait l’eau en Aqua-Cola, Biomutant transforme une simple gare en Parkatchou et un ascenseur en Bas-en-haut. Il évoque l’Ancien Monde, la Grande Muraille et des Mange-Mondes. C’est tout un univers grandement inspiré par la culture asiatique que l’on se plaît à découvrir, de forêts luxuriantes en villes dévastées. Globalement, l’écriture bénéficie du même soin, fait rare à l’heure où la majorité des jeux post-apocalyptiques se contentent de s’habiller en couleurs fluos sans se soucier un seul instant de l’immersion. Ce monde foisonnant se met au service d’un RPG dans lequel s’entrechoquent les quêtes, les factions, les choix, etc. Bref, tout ce qu’on a un peu de mal à imaginer dans un titre AA.

Mon ange d’épaule

Pourtant, c’est bel et bien le cas : Biomutant est un RPG tout ce qu’il y a de plus complet et fonctionnel, avec ce qu’il faut de loot, de compétences à débloquer, de PNJ et surtout de liberté. Parce que c’était l’un des crédos des développeurs pour ce Biomutant, permettre aux joueurs de façonner leur propre aventure. Cela commence par un éditeur de personnages complet et original, où les attributs influent sur le physique de notre animal. Spécialisation, résistance, classe, tout le nécessaire y passe, avant de déterminer son équilibre. Car Biomutant choisit la voie du bien et du mal clairement explicitée, comme Fable, Kotor ou encore Infamous en leur temps. Le basculement d’un côté ou de l’autre est matérialisé par deux petits personnages que l’on voit très fréquemment. Dans Biomutant, de nombreux choix s’offrent au joueur et le moindre petit événement peut être source de dilemme moral.

 À retrouver : Notre vidéo des Premières Minutes de Biomutant.

Cette liberté morale se retrouve aussi dans les factions, pour la paix ou plutôt pour le conflit, ou encore dans la finalité du jeu. Eh oui, s’il est possible de sauver l’Arbre de Vie, il est tout aussi envisageable de jouer à la Quaritch et d’exterminer. Le choix appartient au joueur et uniquement à lui. Si présenté comme ça le système peut sembler envahissant, du fait de son manque de subtilité, en vérité il n’entrave jamais le joueur dans sa progression et ne fait qu’ajouter une petite couche de profondeur supplémentaire à un jeu déjà bien riche en possibilités !

CàC au lac

Enfin tout ça, c’est pour le fond. Dans la forme, Biomutant s’apparente à un action-RPG qui met autant l’accent sur des combats nombreux et variés que sur une personnalisation plus poussée que ce à quoi les autres titres nous avaient habitués. Qui dit action-RPG dit loot, et pour le coup, Biomutant n’en manque pas. Sur des monstres, dans des tiroirs, des frigos ou sous un canapé, il y en a partout et pour tous les goûts. Il est ainsi possible de récupérer des équipements traditionnels, que l’on équipe directement, mais aussi des pièces de customisation comme des lames, des poignées, des chargeurs, etc. Ces pièces sont mises à l’œuvre dans un outil de personnalisation particulièrement bien foutu, qui permet de modifier la plupart des équipements que le jeu offre mais aussi de créer par exemple ses propres armes.

Vous avez toujours voulu vous battre avec une grosse lame et une petite poignée surmontée d’un tire-bouchon décoratif ? Pourquoi pas, Biomutant vous y autorise. À vrai dire, le système de personnalisation est tellement poussé qu’il peut incarner à lui seul le véritable enjeu du titre pour les férus de baston et de course au loot… Et au look. On en vient presque à survoler le jeu dans le seul but de trouver tout ce qu’il y a à trouver pour tuer de plus en plus de créatures, dans des combats tantôt brouillons, tantôt jouissifs. Notre petit personnage, maîtrisant l’art du Wung-Fu, est capable de se mouvoir facilement et peut multiplier les combos avec une facilité déconcertante. Combos par ailleurs renouvelés au fur et à mesure de la progression du joueur et l’obtention de nouvelles armes et de nouveaux pouvoirs.

Vous avez toujours voulu vous battre avec une grosse lame et une petite poignée surmontée d’un tire-bouchon décoratif ? Pourquoi pas, Biomutant vous y autorise.

On attaque un gros monstre au corps-à-corps, puis on s’éloigne pour coller quelques bastos à ses voisins, avant de revenir à la charge avec l’une des capacités ultimes de l’animal tout en multipliant les esquives au ralenti. Fun, cool, simple, mais surtout imprécis et pas très bien rendu à l’écran. Biomutant manque cruellement d’impact, surtout dans ses duels au corps-à-corps, qui donnent plus l’impression de se battre avec des armes en bois qu’autre chose. Certes, les onomatopées tentent tant bien que mal de compenser cette lacune, mais rien n’y fait, il manque des effets sonores ou des effets visuels plus marqués pour rendre le tout pleinement satisfaisant.

Apocalypschit ?

Biomutant est donc un jeu en monde ouvert riche, complet, audacieux, dynamique, flexible. Un jeu presque parfait ? Loin de là. Derrière Biomutant, il y a un studio prometteur, mais de petite taille. Dans ces conditions, même la meilleure volonté du monde ne peut pas gommer les impairs dus à des moyens techniques limités. Chaque aspect ludique de Biomutant est handicapé par des limitations techniques évidentes. Qu’il s’agisse des animations pas toujours convaincantes, des cinématiques à la rue, des dialogues fauchés ou encore de l’imprécision du gameplay, tout Biomutant transpire le manque de finition. Un manque de finition inévitable au vu de l’ampleur du projet et de la taille réduite de l’équipe qui en était en charge.

Dans l’absolu, le manque de moyens n’empêche pas d’apprécier le jeu comme il se doit. La plupart du temps, ça passe. Mais trop souvent, les bases techniques du jeu sont trop frêles pour offrir une immersion digne de ce nom. Difficile de se sentir impliqué quand le moindre dialogue traîne en longueur avec un angle de vue fixe et mal cadré. Impossible aussi de ne pas pester quand le ciblage des ennemis n’en fait qu’à sa tête. Tous ces défauts, bien réels, transforment de nombreuses situations potentiellement excitantes en passages bêtement contraignants, en dépit d’un florilège d’idées sympathiques et de systèmes (crafting, progression, customisation) parfaitement intégrés. Un embryon de très grand jeu, phagocyté par une étiquette AA et une logique “open world” décidément bien envahissantes.

Ce test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée, fournie par l’éditeur, sur PC (Steam).

Kurutchin
Adulescent bienheureux, tantôt compagnon d'infortune de dieux Nordiques, tantôt jardinier attitré pour des Piñatas furieuses. Dans les deux cas, c'est avec le sourire et au trot !

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