Ce test a été réalisé à partir d’une version physique du jeu sur Nintendo Switch, achetée par nos soins.

Nintendo version Platinum ?

Lorsqu’il est question d’aborder un nouveau jeu de PlatinumGames, il est difficile de savoir à l’avance à quoi véritablement s’attendre. Capable de concevoir de véritables perles vidéoludique telles que Nier Automata, et de faire les beaux jours de série quelque peu en perdition comme avec Transformers : Devastation, mais aussi d’exécuter des commandes quasi sans âme comme The Legend of Korra ou l’anecdotique TMNT : Mutants in Manhattan, la firme nippone ne semble pas toujours savoir sur quel pied danser. Que penser alors d’un Astral Chain sortant seulement six mois après son annonce lors du Nintendo Direct ? Si d’un point de vue organisationnel et communicationnel il y avait de quoi s’interroger, la singularité du concept de base et l’équipe en charge ne pouvaient que nous rendre curieux.

Le premier trailer ne manquait pas du tout d’annoncer ses intentions en citant un Takahisa Taura (Lead Designer de Nier Automata) à la réalisation, un Masakazu Katsura (Créateur de Zetman et Wingman) en tant que chara-designer et le grand Hideki Kamiya (Fondateur du studio et père de Devil May Cry, Okami et Bayonetta) dans le rôle de superviseur. En considérant tout ce joli monde, c’est à se demander si la réussite d’un tel projet n’était pas finalement courue d’avance. Afin de répondre pleinement à cette question et de découvrir le résultat de la réunion de ce trio de maîtres, partons à présent pour un voyage astral entre dimension et espace.

Neon Genesis EvanLegion

Bienvenu ainsi en 2078, dans l’Arche, une mégalopole multiculturelle qui n’est autre que le dernier refuge de l’humanité. Il y a une vingtaine d’année, la peur et l’insécurité ont envahie la planète depuis que des portails dimensionnels ont laissé entrer des créatures extraterrestres. Appelés les Chimères, ces monstres menacent la vie des habitants en répandant sur leur passage de la matière rouge, une mystérieuse substance pouvant transformer tout être vivant en abominable mutant. Au milieu de ce cadre apocalyptique, le joueur prend place en tant que membre des forces spéciales d’intervention extraterrestre. Baptisé Neuron, cette brigade a pour mission d’empêcher l’invasion complète de la Terre par les Chimères. Pour mener à bien leurs objectifs, nos agents ont à disposition une arme puissante et surtout vivante créée par la cellule de recherche Aegis, à partir de Chimère : le Légion.

L’histoire d’Astral Chain suit plus particulièrement les péripéties de deux nouvelles recrues dont le lien est d’être jumeaux de sexe opposé. Avant de se lancer dans le feu de l’action, il est ainsi possible de choisir entre diriger la fille ou le garçon. Ce choix ne va malheureusement pas au-delà du détail esthétique et c’est tout de même dommage. Quel que soit notre sélection, les événements que l’on va suivre restent les mêmes. Il aurait été intéressant d’amener au moins une ou deux lignes scénaristiques différentes à chacun des héros, afin d’inviter à la rejouabilité.

En contrepartie, la présence de deux personnages principaux trouve son importance dans le schéma narratif et propose au passage, un questionnement intéressant notamment en ce qui concerne les devoirs de sécurité nationale d’un état et les intérêts personnels d’un citoyen. Qu’on se le dise, Astral Chain fait partie de ses jeux qui renversent les habitudes de Nintendo en traitant de thèmes sombres au sein d’univers teintés de noirceur et de froideur.

Si au premier abord, il peut paraître peu novateur notamment pour les friands d’anime japonais, le scénario d’Astral Chain sait tenir en haleine. Sa lecteur se ponctue à coup d’intrigues politiques et d’affaires policières finement écrites. Bien que se dégagent des archétype pré-cousus au sein du casting et qu’aucun basculement n’est réellement imprévisible, l’attraction ne tombe pas dans la facilité en se servant simplement d’enjeux manichéens pour illustrer son propos.

Mais outre sa structure narrative maîtrisée, ses thèmes forts et la maturité du développement de ses personnages, le titre de PlatinumGames surprend avant tout par sa réalisation et sa mise en scène. Dès l’ouverture, il ne faut pas aller loin pour comprendre que ce qui se déroule à l’écran est du grand PlatinumGames. En effet, le générique d’introduction annonce la couleur en prenant place directement dans le gameplay. Les noms du staff défilent pendant que notre héros mitraille des méchants au guidon d’une moto du futur. Associée à cela une bande-son jonglant à la fois entre symphonies épiques et compositions de rock électro, le tout signée Satoshi Igarashi qui a notamment travaillé sur la musique de Bayonetta 2, Nier Automata et Xenoblades Chronicle 2. Autant dire que l’immersion est totale.

Réaction en chaîne

Plus l’aventure se dévoile, plus l’action gagne en puissance. Certaines scènes sont véritablement à couper le souffle tant le rythme ne laisse place à aucun moment répit. Le tempo n’est toutefois pas toujours respecté. Des passages dont la présence n’ont pas grand intérêt, voire aucun, pointent de temps à autre le bout de leur nez, histoire de donner davantage de longueur à nos missions qui sont de nature bien chargées. Mais ces quelques fausses notes qui se sont glissées à l’intérieur de la partition sont loin de désamorcer l’envie de progresser, surtout face à une telle direction artistique.

De ses boulevards à gratte-ciels habillés de néons colorés, à ses quartiers malfamés cernés de plaques d’égouts fumeuses, de véhicules en ruine et de graffitis fluorescents, en passant par sa dimension astrale fantasmagorique, le monde d’Astral Chain souffle incontestablement une rafale de fraîcheur au coeur du catalogue de la Switch avec son ambiance cyberpunk et onirique. Et pour couronner le tout, ce saisissant tableau est sublimé par le trait du chara-designer mangaka de Tiger & Bunny et la fine modélisation en cell shading de ses personnages.

Le monde d’Astral Chain souffle incontestablement une rafale de fraîcheur au coeur du catalogue de la Switch avec son ambiance cyberpunk et onirique.

Mais Astral Chain ne serait pas un jeu PlatinumGames sans un gameplay à la fois profond, jouissif et dynamique. Plus ou moins complexe à assimiler, sa prise en main s’organise en deux parties. Il y a d’un côté l’avatar humain et de l’autre, le Légion, tous deux liés grâce à une chaîne astrale, d’où le nom. L’un des deux jumeaux policier reste l’hôte principal que l’on contrôle de base. Sans trop de difficulté, le joycon droit sert aux déplacements et à la gestion des armes, pendant que le gauche s’occupe d’enclencher les attaques et les acrobaties comme les sauts et les roulades / esquives.

Loin d’être sous-équipé, notre gardien de la paix interdimensionnel dispose d’une matraque, utile pour donner une leçon à un ennemi rapide, d’un pistolet, indispensable contre les adversaires volants et privilégiant la distance, ainsi que d’une épée dont le tranchant permet de faire comprendre à des opposants plus imposants et résistants, ce qu’est véritablement l’ordre.

Cependant, là où le gameplay prend une tournure plus délicate, c’est en ajoutant aux commandes déjà bien généreuses, la prise en charge de notre Légion. Une fois ce dernier invoqué sur le terrain, le dynamisme des combats monte clairement d’un cran. Sa présence n’a pas seulement le don d’accroître notre puissance de frappe, mais aussi d’élargir les mécaniques de combo, tout en apportant avec lui son lot d’effets visuels bien stylés. Et comme si cela ne suffisait pas, il existe plusieurs types de Légion que l’on peut acquérir au cours de l’aventure. Chacun d’entre eux présente un panel d’attaques qui lui est propre et avec lequel il peut composer. A tout moment, il est possible d’appeler notre moitié, d’alterner avec elle, de changer de classe ou de briser la chaîne pour la laisser agir de manière autonome, ce qui ne manque pas d’étendre le cadre stratégique des affrontements. La composition des touches demande certes un temps d’assimilation mais une fois cette tâche réussie, le plaisir de jeu est intense.

Par le pouvoir de la chaîne nébulaire

En outre, qui dit deux alliés sur le terrain, dit aussi chorégraphie coordonnée. En effet, après quelques combinaisons bien placés, notre agent de police développe une aura bleutée autour de lui, ce qui indique qu’il est temps de prouver véritablement à l’assemblée adversaire qu’avec son Légion, il ne fait qu’un. Dès lors, en appuyant sur ZL, notre duo se positionne et lance une attaque synchronisée dont la particularité est non seulement de faire de gros ravages mais également de redonner un peu de santé et d’énergie à notre flic.

Attention toutefois à ne pas trop dépenser n’importe comment notre allié astral sur le terrain de bataille. Ce dernier dépend d’une jauge d’endurance. Il est par conséquent essentiel de bien gérer son temps d’action afin d’éviter de se retrouver solo et en rade durant un moment périlleux. Pour revenir sur la chaîne astrale, celle-ci s’insère également comme un des éléments constitutifs du game-design. Au-delà de simplement faire joli, ce lien est avant tout une arme de taille qui piège, enchaîne ou désoriente aisément n’importe quelle Chimère.

Très inspiré de la série des Bayonetta, le système d’enchaînement récompense la qualité du style de combat adopté par le joueur. Le jeu va jusqu’à reprendre la même notion de timing que sa consoeur sorcière, en ralentissant par exemple le temps pour quelques secondes, à la suite d’une esquive bien casée. A la fin d’une bagarre, un compte rendu vient d’ailleurs s’afficher de manière à nous informer de notre performance. Le bourrinage n’est pour ainsi dire, pas du tout la tactique à privilégier, surtout si l’on veut obtenir une bonne note et ainsi récupérer de éléments supplémentaires. Par ailleurs, certains adversaires nous poussent à aligner une composition de coup bien précise afin d’arriver à percer leur défense.

Loin d’être à la hauteur des Souls, la difficulté imposée par Astral Chain se situe davantage dans l’apprentissage de ses mécaniques de gameplay que dans la sévérité de son bestiaire. Mais cela ne veut pas dire qu’il faut pour autant sous-estimer la partie adversaire. Cette dernière sait s’organiser et s’adapter face à l’altercation. Le jeu offre qui plus est, de bons moments de tension, notamment lorsque le nombre de Chimères et/ou de mutants à l’écran devient difficile à compter.

Ch’imère Ki évolue

Intrinsèquement, cette montée en puissance évoquée précédemment transparaît à tous les niveaux. Nul doute que le système de progression d’Astral Chain en soit pour beaucoup. Durant nos opérations policières, nous récoltons des ressources qui servent à la customisation. Que ce soit ses vêtements ou les statistiques de ses armes, notre protagoniste peut faire évoluer son équipement en échange d’argent ou de trésors extraterrestres. Et chaque modification se fait véritablement sentir sur le terrain. Mais le flic n’est pas le seul à pouvoir monter en grade, notre légion peut lui aussi gagner en expérience. Tels des Persona, nos cinq familiers que l’on acquière tout au long de la campagne peuvent évoluer à travers un arbre de compétence et bénéficier de boost de performance grâce à des items spéciaux.

Pour notre quintette, nous avons Arc qui, comme son nom l’indique, est un fin archer, Bête qui, derrière son apparence de loup, sert de monture et à déterrer toute sorte de choses, Épée, qui apporte les premiers soins et aime trancher la racaille chimérienne, Hache, le maître de l’air de l’équipe doté d’un bouclier électromagnétique, et enfin Poing, dont la force permet de soulever et projeter des objets. La capture de ces monstres hybrides qui se fait à travers un sympathique et prenant combat de boss, augmente à chaque fois, le champ des possibles. Cette complémentarité qui se développe entre notre perso et ses alter ego a de quoi saisir l’implication du joueur et cela, dès le début mais encore plus à la fin.

Les Experts à l’Arche Vegas

Écraser la criminalité extraterrestre n’est bien évidemment pas la seule occupation de notre cher policier. La source du mal ne se trouve pas forcément sous nos yeux, il faut pousser l’analyse plus loin surtout lorsque l’affaire prend des proportions interdimensionnelles.

C’est pour cela que dans son contrat, la casquette d’inspecteur fait aussi partie des missions que notre héros doit effectuer. Malgré un certain déséquilibre concernant leur intérêt et leur déroulement, les quêtes d’investigation d’Astral Chain sont à la fois des moments de répit entre chaque rencontre hostile et une bonne manière d’en connaître davantage sur le lore du jeu. Lorsqu’un drame a frappé, notre travail consiste à le résoudre en interrogeant les témoins et les proches de la ou les victimes, en analysant la scène du crime et les lieux clés à l’aide de la vision IRIS, et en trouvant des pistes à suivre grâce à notre Légion.

En somme, le cheminement des enquêtes se rapproche beaucoup de ce que propose un Assassin’s Creed Odyssey ou un The Witcher 3. Si la partie investigation peut à la longue paraître linéaire, de multiples autres quêtes sont là pour casser la routine. Secourir les citoyens, donner un coup de main à un collègue ou simplement récupérer des rouleaux de papier toilette spéciaux pour la fée qui s’occupe des WC du commissariat, tous les moyens sont bons pour prouver à la société au combien notre héros est un bon flic. Tout comme les missions principales, ces activités sont enrobées d’énigmes qui mélangent à la fois mini-jeux et séquences de plateforme. Concernant ce dernier point, un bémol est à noter. La complexité des commandes additionnée à une imprécision au niveau de l’exécution des mouvements donne de temps à autre lieu à des moments de frustration.

La dimension Astral Chain n’est certes pas dénuée de failles. La charge de touche en est assurément pour quelque chose, autant que l’effervescence d’effets visuels et les problèmes de caméra qui sévissent à l’écran. La jouabilité montre d’ailleurs pleinement ses faiblesses à travers le mode multijoueur qui, pour permettre à deux amis de jouer en local, demande d’appréhender le gameplay via un seul duo de joycon.

Cependant, pour une nouvelle franchise, Astral Chain fait preuve d’une grande originalité qui serait dommage de ne pas explorer en tant que possesseur de Switch. Même les plus nostalgiques pourront trouver leur compte tant le jeu fait des clins d’oeil à la pop culture des années 90. En plus de l’anime Evangelion et du manga Saint Seiya cités précédemment, Akira, Cowboy Bebop, Ghost in the Shell ou encore Gundam font partie des indénombrables références dissimulées dans le monde d’Astral Chain. Arrivé au clap de fin (qui au passage débloque du contenu post-game fort sympathique), l’une des questions qui nous vient immédiatement à l’esprit est de savoir ce que pourrait bien réserver la suite de cette série dont le premier épisode n’a pas volé son titre d’incontournable de la dernière console Nintendo.

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LE VERDICT
LÉGION D'HONNEUR
8
Mr.J
Aucun super-pouvoir, gameplay limité, fait partie du comité de protection des licornes. Recherche en vain cet alter ego qui lui permettra de mener à bien sa vendetta - "The monster you created has returned to kill you"

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