Ce test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée, fournie par l’éditeur, sur Nintendo Switch.

Spring is coming

Né officiellement d’une campagne Kickstarter en 2017, Ash of Gods : Redemption est le premier titre du studio moscovite indépendant AurumDust. Se disant inspirés des licences telles que The Banner Saga et Darkest Dungeon, les développeurs présentent leur oeuvre comme un tactical-RPG rogue-like en tour par tour imprégné d’une forte dimension narrative. Et croyez-le ou non, il ne faut pas aller bien loin pour comprendre que cette essoufflante tirade n’a rien de décoratif. Si, en soi, la formule peut avoir au premier abord des airs de déjà-vu, la surprise ne tarde pas à montrer ici le bout de son nez tant le contenu et le gameplay se veulent minutieusement travaillés. Mais quand on parle du loup, c’est avant tout dans sa manière de raconter son récit qu’il se démarque.

Autant le dire d’emblée, il faut avoir les bretelles bien accrochées pour suivre et comprendre toute l’entièreté de l’univers de Ash of Gods. Son histoire prend place dans le Terminum, un monde vivant en harmonie depuis plus de 700 ans. Mais alors que les préparatifs pour la fête de l’équinoxe du printemps s’organisent, le chaos est sur le point de s’abattre sur le royaume. Les cloches sonnent pour annoncer la menace, mais il est trop tard. Les Faucheurs sont de retour et envahissent les villes en éteignant toute vie à l’horizon. Selon leurs intentions, le sang des hommes doit être répandu afin que les dieux endormis soit réveillés. A partir de là, l’aventure se développe de manière chorale. Il n’y a pas un protagoniste ni même un groupe en particulier au premier plan. Il s’agit plus exactement de suivre différents destins susceptibles de s’entrecroiser à un moment donné. Ces derniers sont au compte de trois : il y a l’ancien capitaine de la garde royale, Thorn Brenin, l’investigateur et scribe Hopper Rouley et Lo Pheng, un représentant du Clan des Ombres. Forgé à travers un background très torturé, chacun de ces héros cherche à racheter certains péchés passés, d’où le titre.

À l’attaque ! Mais avant on discute…

Le scénario est signé Sergey Malitsky, un auteur d’origine polonaise, dont la plume tranche dans la dark fantasy. Créatures maléfiques, pouvoirs surnaturels, marque maudite, sacrifices divins et morts à outrance, tous les ingrédients sont au rendez-vous pour permettre aux amateurs du genre de satisfaire leur faim. Mais qui plus est, c’est plus particulièrement leur implication émotionnelle, voire morale, qui est mise à rude épreuve notamment grâce à une intrigue aux multiples embranchements. En effet, il est courant dans cette aventure d’être interpellé au détour d’une conversation par un dilemme aux choix parfois très cornéliens. Chaque réponse ayant son lot de conséquences, ces décisions ne sont pas à prendre à la légère. Au cas contraire, la mort peut très vite se trouver au terme d’un dialogue pour l’un de nos protagonistes.

Le modèle de narration de Ash of Gods remplit brillamment son quota de tension et de suspense mais n’atteint pas toujours la qualité d’écriture espérée.

Pour être honnête, ce modèle de narration remplit brillamment son quota de tension et de suspense mais n’atteint pas toujours la qualité d’écriture espérée. Cela est dû essentiellement à un trop plein d’information. Les allergiques à la charge importante de lecture peuvent ainsi passer leur chemin car ce n’est pas forcément ici qu’ils trouveront leur remède. D’autant plus qu’il n’est pas toujours évident de comprendre le rôle de certaines lignes de textes, si ce n’est de complexifier notre affaire. Dans tout ce schéma, il y a peu de place au vide, ne serait-ce même à l’interprétation. Il faut arriver non seulement à s’en sortir face à un scénario qui se justifie constamment, mais aussi à distinguer la ligne conductrice au milieu de nos rencontres qui abondent d’anecdotes en tout genre.

Ash vs Dead Gods

Même si, malgré tout, l’univers du Terminum reste intéressant à suivre, heureusement qu’à côté de tout ça prennent place des combats qui permettent de se changer un peu les idées. Enfin, cela est vite dit, car si la qualité est bel et bien au rendez-vous, le challenge quant à lui l’est tout autant, ce qui n’est pas forcément pour nous déplaire. D’ailleurs, histoire de ne mettre personne sur le banc de touche, l’une des nouveautés de cette version est de proposer un niveau de jeu complémentaire en plus des deux initialement présents. Cela fait donc un mode axé entièrement sur l’histoire, un second normal et un troisième pour ceux voulant du répondant. Dans la pure tradition des tactical-RPG, les batailles au sein de Ash of Gods se font à la manière d’un jeu d’échec, c’est-à-dire au tour par tour sur un plateau quadrillé.

Mais au-delà d’une structure qui reste inchangée, notre nouveau représentant du genre s’accorde plusieurs innovations fort intéressantes. Il propose tout d’abord une approche légèrement plus réaliste en intégrant une seconde jauge à gérer en parallèle de celle dédiée à la vie. Il s’agit de l’endurance. A travers la gestion de celle-ci, le joueur peut varier sa stratégie en allongeant la distance de ses déplacements ou en protégeant davantage ses arrières. De la même manière que pour le panel de compétences, chaque attaque dispose d’un effet différent. Il y a d’un côté celles qui se focalisent sur les HP de l’ennemi et de l’autre, celles sur l’énergie. L’objectif est donc de prendre le dessus sur l’adversaire sachant qu’une fois cette deuxième barre vide, les dégâts sont doublés. La vigilance est assurément de mise.

Mener un affrontement n’a donc rien d’une promenade de santé. Il y en a qui nécessite même plusieurs essais avant de voir la victoire arrivée. Mais il ne faut pas partir défaitiste pour autant car si la partie adversaire montre les dents, il reste, sans mauvais jeu de mots, un dernier atout dans notre manche. En effet, il s’agit d’un système de cartes qui en plus de rééquilibrer les forces, étend le champ des possibles. Certaines cartes peuvent augmenter les attributs de nos guerriers pendant que d’autres ont tout simplement le pouvoir d’éliminer des ennemis. En d’autres termes, ces bonus peuvent littéralement changer le cours d’un combat dès lors qu’ils sont utilisés à bon escient.

Dans la pure tradition des tactical-RPG, les batailles se font à la manière d’un jeu d’échec. Mais au-delà d’une structure qui reste inchangée, Ash of Gods s’accorde plusieurs innovations fort intéressantes.

Outre l’acquisition de nouveaux decks au fil de notre progression, il est également possible d’enrichir notre tactique en débloquant des techniques supplémentaires via un arbre de compétences. De ce fait, aucune rencontre avec l’ennemi ne ressemble et ne laisse pressentir la fin. Mais qui dit un gameplay évolutif, dit aussi un tableau de bord plus fourni. Sur ce point, il n’est pas toujours évident de se retrouver face à tous les éléments que présente l’interface, surtout que l’imprécision de certaines commandes n’aide pas vraiment à la manœuvre. Quoi qu’il en soit, les échanges ne perdent à aucun moment leur prenante atmosphère.

De tes cendres, Tu renaîtras

Ash of Gods est également un jeu indé qui mérite que l’on s’arrête sur sa partie artistique. L’équipe de AurumDust affirme avoir été influencée par les travaux de Ralph Bakshi, grand artiste américain connu pour son adaptation de The Lord of The Rings (Le Seigneur des Anneaux) en dessin animé, et par ceux du studio d’animation Soyuzmultfilm (The Scarlet Flower – La Fleur Écarlate, 1952). Le moins que l’on puisse dire est que les élèves n’ont pas à rougir de leurs maîtres. Outre le vent de crédibilité émanant de chaque lieu découvert, la partie chara-design subjugue par sa fluidité et sa justesse. La 2D montre une fois de plus qu’elle a encore de beaux jours à vivre devant elle. La synergie entre les mouvements et la gestuelle des personnages est saisissante. Le tout est remarquablement sublimé par une bande-son riche et raffinée. Ce mélange de folk nordique et de symphonie épique qui peut rappeler les compositions de Marcin Przybylowicz et Mikolai Stroinski sur The Witcher 3, met directement dans l’ambiance.

En somme, prenez 500 grammes de The Banner Saga, 250 grammes de Fire Emblem, une cuillère à soupe de Divinity Original Sin et une pincée de Gwent, et vous obtenez la recette de Ash of Gods. Certes, les matières premières ne sont pas forcément d’origine, mais les codes sont suffisamment revisités pour donner un nouveau goût au mélange, savoureux qui plus est. Toutefois, il est possible que plus d’un joueur se perdre au fil du voyage tant le rythme de ce dernier se veut quelque peu irrégulier. Cela est dû en partie à la lecture qui a tendance à prendre le pas sur le gameplay. La liberté d’action durant notre expédition se voulant très limitée ; la frontière avec le visual novel n’est pour ainsi dire parfois pas très loin. Cependant, il serait incorrecte de simplement lui coller cette étiquette car Ash of Gods déborde de bonnes intentions. C’est en abordant le genre avec maîtrise et générosité qu’il rend délicatement hommage à ses aînés. Les dieux peuvent donc être fiers.

LE VERDICT
Profs & Cie accomplie
7
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Aucun super-pouvoir, gameplay limité, fait partie du comité de protection des licornes. Recherche en vain cet alter ego qui lui permettra de mener à bien sa vendetta - "The monster you created has returned to kill you"

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