Test de Ary and the Secret of Seasons (PS4, One, Switch, PC)

CONCLUSION

Avec Ary and the Secret of Seasons, les développeurs de eXiin connaissent leurs gammes sur le bout des doigts, c'est indéniable. Entre l'exploration évoluant en fonction des capacités/items acquis, les donjons labyrinthiques regorgeant d'énigmes, et les combats réglés sur des patterns bien définis, le tout généré autour d'un seul et même concept, à savoir les saisons, les nostalgiques en quête d'une aventure à la fois originale et empreinte d'une époque passée seront pleinement servis. Du moins sur le fond. À l'inverse, sur la forme, ils devront faire fi d'une réalisation datée, d'une technique fort bancale et de longs temps de chargement pour arriver au bout du voyage. Ary and the Secret of Seasons aurait mérité (encore) plus de temps aux bons soins de ses géniteurs, lesquels se sont certainement fait rattraper par leurs ambitions.

Initialement prévu à la fin de l’hiver dernier, Ary and the Secret of Seasons arrive enfin sur nos consoles, prêt à affronter la rentrée. Une jeune fille, se travestissant en son frère, se lance au sein d’un voyage initiatique dans le but d’acquérir des pouvoirs spéciaux liés aux saisons, qui lui permettront de terrasser les forces obscures qui menacent son peuple. Entre hommage et nouvelle voie pour le genre, l’équipe de eXiin, aidée par Fishing Cactus, n’aurait-elle pas vu trop grand ?

Les Quatres Saisons de Vi-Valdi

Il y a fort longtemps, le monde de Valdi a failli embrasser les ténèbres en tombant aux mains d’un mage très très méchant. Ce dernier tenta de tout anéantir en prenant possession du soleil et en invoquant une horde de monstres. Mais ses plans furent heureusement stoppés grâce à l’intervention du Guerrier Légendaire qui, après avoir vaincu la menace, l’enferma à l’intérieur d’un cachot inter-dimensionnel. Quatre gardiens furent secrètement, par la suite, employés en tant que représentants des saisons afin de veiller au scellement éternel de ladite geôle et à l’équilibre de la nature. Depuis ce jour, cette lourde tâche est effectuée et transmise de père en fils de manière à préserver l’ordre et la paix.

L’aventure commence ainsi plus de mille ans plus tard, avec pour point de vue non pas le descendant, mais la descendante du Maître de l’Hiver. Prénommé Aryette, la jeune adolescente mène tranquillement sa petite vie auprès de sa mère et son père lorsque durant une course, elle se fait attaquer par deux hyènes aux envies chapardeuses. Munie d’un simple ustensile de cuisine, elle réussit à neutraliser ses assaillantes mais découvre avec surprise que l’un d’eux détenait l’épée en bois de son frère Flynn. Soeur exemplaire qu’elle est, Ary se met à s’inquiéter sur la situation de son jumeau, lui qui était envoyé en mission pour compléter sa formation d’Apprenti Gardien.

Ary and the Secret of Seasons screenshot testDès lors, son seul objectif est de le retrouver, ce qui n’est pas trop du goût de ses géniteurs. Mais malgré l’interdiction de ses parents et les conventions attachées au rôle d’héritière de l’Hiver, notre petite élue part à la recherche de son frangin en se faisant passer pour lui. Cheveux courts et tenue exigée, ses investigations vont l’amener aux quatre coins du globe où elle va pouvoir notamment récolter les cristaux sacrés. Différenciables par leur couleur, ces pierres précieuses permettent de manipuler le temps autour de son possesseur en créant notamment des bulles climatiques. Cela tombe bien, ou mal selon le point de vue, car il semblerait justement que quelque chose soit en train de perturber le cycle des saisons.

Les personnages du jeu ont tous ce petit trait attachant, rendant ainsi l’histoire encore plus intéressante à suivre qu’elle ne l’est déjà.

À la recherche de la Quadriforce

Plus ou moins inhérent à l’archétype du héros ou, en l’occurrence, de l’héroïne en herbe, le voyage initiatique est un segment narratif qui peut prendre diverses formes et multiples couleurs. Dans le cas présent, il entraîne un retour dans le passé pour le joueur, notamment aux côtés d’un certain hylien en tunique verte. Autant dans leur récit qu’à travers leur game design, les oeuvres de Miyamoto se doivent, en effet, d’être ici citées tant leur aura plane au dessus des terres de Valdi. À cela viennent s’accoler des contes et légendes, dont celle bien évidemment d’une certaine Mulan, apportant ainsi davantage de profondeur au tableau. La sphère vidéoludique nous a d’ailleurs peu habitué à des sujets aussi sensibles, tels que la crise écologique, le travail infantile, l’émancipation des femmes au sein d’une société dite patriarcale, et même au sens plus large, l’identité de genre.

Ary and the Secret of Seasons screenshot testÀ l’instar d’ailleurs des créations Disney, le sous-texte est ici contrasté par une direction artistique agréablement enfantine et colorée. Les règles de perspective et de dimension sont, en ce sens, volontairement enfreintes de manière à accentuer la féerie du cadre. De la cité impériale asiatique sur les flancs enneigés d’une montagne, aux plages turquoises d’une station balnéaire méditerranéenne, en passant par la forteresse moyenâgeuse surplombante des plaines verdoyantes, ou un temple à l’architecture futuriste, voire extraterrestre, le voyage a de quoi enchanter par la variété des lieux à visiter. Chaque chemin est de surcroît l’occasion de faire des rencontres tantôt amicales, tantôt antagoniques. Quel que soit le côté qu’ils ont choisi, les personnages ont tous ce petit trait attachant, rendant ainsi l’histoire encore plus intéressante à suivre qu’elle ne l’est déjà.

Ary Cover

Si sur le papier, toutes les cases semblent cocher pour faire de Ary and the Secret of Seasons un très bon jeu dans son genre. Quelque chose a l’air toutefois de l’empêcher de décoller, et tout indique que c’est au niveau de la réalisation que ça se passe. Des animations qui saccadent, des éléments du décor qui apparaissent en cours de route, des objets qui flottent, et des bugs de collision et d’interaction à foison, il est difficile de croire à l’univers proposé lorsque celui-ci n’est pas au point. À croire que le jeu demande beaucoup de ressources. Mais ce n’est pas le cas. Bien qu’il ne prétend à aucun moment être une claque graphique, le titre de eXiin se veut assez archaïque en terme de modélisation. Pour ainsi dire, le retour en arrière ne s’est pas effectué uniquement sur le plan narratif et structurel.

Ary and the Secret of Seasons screenshot testPeuplés et généreux, les environnements n’en demeurent en revanche pas moins vivants et animés. Qui plus est, les secrets sont nombreux à s’y cacher et leur level design fait la part belle à l’humeur de Déméter. Vous l’aurez sans doute compris, toute l’expérience est ici construite autour des saisons et leur impact environnemental. Notre progression dépend, pour ainsi dire, de notre manière à utiliser le bon pouvoir au bon moment. Les donjons sont d’ailleurs l’endroit idéal pour tirer parti du potentiel de l’héritage magique de notre héroïne et mettre ainsi, par la même occasion, nos méninges à l’épreuve. Geler un plan d’eau, faire fondre un mur de glace, augmenter le niveau d’un bassin avec une petite pluie, ou au contraire, l’assécher par une grosse canicule, les développeurs n’ont, semble t-il, pas manqué de ressources pour concevoir toute une ribambelle de sympathiques puzzles.

Quelque chose a l’air d’empêcher Ary and the Secret of Seasons de décoller, et tout indique que c’est au niveau de la réalisation que ça se passe.

Loin d’être insurmontable, les énigmes se complexifient néanmoins en fonction des nouvelles capacités apprises au fil de notre progression. Toutes ces activités de réflexion sont ponctuées par des séquences de plateforme. Et encore une fois, la difficulté ne se trouve pas tant dans la complexité des casse-têtes, mais plutôt dans l’imprécision des mouvements de notre aventurière, notamment lorsqu’il s’agit de sauter. Il en va de même du côté des combats. Attaque directe, parade, esquive, projectile et sphères climatiques, ces phases font, en théorie, dans le simple et l’accessible. La partie adversaire se laisse en ce sens plus ou moins appréhender dès lors que l’on connaît un minimum leurs chorégraphies.

Ary and the Secret of Seasons screenshot testMais en pratique, les véritables ennemis au sein de ces batailles se trouvent être la physique savonneuse ainsi que la caméra et son humeur frivole. Sachant qu’aucun affrontement, à l’exception des boss, n’est obligatoire, et qu’aucune réelle récompense n’est offerte à la clé, il en devient même parfois préférable d’éviter les zones hostiles, histoire de ne pas laisser malencontreusement des points de vie au passage. D’autant plus que le bestiaire varie très peu, en ne mettant principalement sur le front que des hyènes sur pattes en armure.

Winter is coming

C’est hélas bien dommage car le système de combat ne manque pas de bonnes idées, notamment en invitant les mécaniques liées aux saisons à se joindre à la fête. L’automne peut électrocuter quiconque avec la fondre, tandis que l’été entoure ses proies d’un manteau de flammes, les rendant ainsi moins résistant. Quant à l’hiver, il nous ajoute des cœurs supplémentaires à notre vie. Enfin, le printemps a pour particularité d’augmenter notre force ainsi que notre agilité. Ce concept même de pouvoir modifier les conditions météorologiques en notre faveur est une très bonne manière de dynamiser l’action. Pour autant, les opportunités de le mettre à profit se présentent trop rarement pour en voir toute l’étendue. À force de s’imposer, la répétitivité finit ainsi par l’emporter et malheureusement elle n’est pas seule.

Ary and the Secret of Seasons screenshot testChaque mécanique, aussi qualitative qu’elle soit, entraîne avec elle son penchant maléfique, ce qui à la longue se transforme en frustration pour le joueur. Soyons clairs, Ary and the Secret of Seasons n’est pas un mauvais jeu. La musique n’a pas été évoquée, mais elle marche dans ce sens avec ses arrangements légers et harmonieux. Ajouté à cela une patte artistique chaleureuse et un gameplay aussi profond que atypique, le titre de eXiin avait même tout le potentiel pour se faire une place parmi les perles vidéoludiques. Mais, pour le coup, le caillou en nacre aurait eu encore besoin de raffinement afin d’arriver à sa forme la plus éclatante. Quoi qu’il en soit, pour une telle expérience, le studio belge mérite amplement les encouragements.

Ce test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée, fournie par l’éditeur, sur PlayStation 4.

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Mr.J
Aucun super-pouvoir, gameplay limité, fait partie du comité de protection des licornes. Recherche en vain cet alter ego qui lui permettra de mener à bien sa vendetta - "The monster you created has returned to kill you"

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