Too Human, ou la célébration des noces d’étain

Un jeu tellement massif qu’il brisait déjà les limites du temps et de l’espace en n’étant rien de plus qu’un simple brouillon. Un jeu conspué, traîné dans la boue par toute la profession, avant de s’emparer aisément de la tête de mon top 10 vidéoludique. Un jeu qui au final n’attend que sa réhabilitation. 29 août 2018, tandis que se consume le cierge annuel que j’allume en la mémoire de feu Silicon Knights, je m’empare de mon clavier pour en parler. Pour la première fois. Pour la postérité.

Summer lover

Je n’avais la console que depuis une poignée de mois lorsqu’arriva l’été 2008. A l’époque, je me gaussais sur Viva Piñata, virevoltais dans le Hong-Kong de Stranglehold et me gelais les roustons sur une certaine Lost Planet. C’était le pied. Je n’avais alors qu’une connaissance très limitée de l’existence même de Too Human, dont les premières bande-annonces n’avaient rien d’alléchant, et le coup d’oeil à la démo relevait plus du hasard que de l’envie réelle d’essayer le jeu. Grand bien m’en pris ce jour-là, Too Human fut une véritable révélation.

Curieux croisement entre récit issu de la mythologie Nordique et patte science-fictionnelle tendance organique, le titre de Silicon Knights s’adonnait à l’hybridation à tous les niveaux. Empruntant aussi bien au RPG pour le fond qu’au hack & slash pour le gameplay et à l’action classique en apparence, Too Human était une véritable mine d’inspiration, tout en ne ressemblant à rien de ce qui était paru auparavant. Encore en 2018, aucun jeu n’a tenté de refaire ce que Too Human avait accompli 10 ans plus tôt. Les plus malins diront qu’il serait bête de tenter une expérience similaire, puisque l’oeuvre a provoqué la grogne d’Epic Games, entraînant la chute de son studio de développement et sa disparition des étals des magasins physiques comme virtuels. Une bien triste histoire pour Too Human, qui fait de moi l’un des derniers témoins de son ampleur. Et quelle ampleur bon sang !

En grattant un peu

Parce qu’on ne plongeait pas dans ce jeu comme dans n’importe quel autre. L’histoire en elle-même n’avait rien de bien renversant, tout comme la mise en scène d’une extrême platitude. D’autant plus que la technique ne suivait pas et que le framerate était aussi régulier que nos performances sur Rainbow Six. C’est dire. Pourtant, derrière ce vernis mal appliqué, Too Human fourmille de qualités, à commencer par sa direction artistique sublime. Oui, c’est un point subjectif, mais l’intégralité de cet article ne l’est-elle pas ? Visuellement, c’était fou. Les structures gigantesques s’imposaient sans peine, parfaitement mis en valeur par des angles de caméra bien choisis. J’ai toujours en tête le début de ce premier chapitre, ces longs couloirs bleuâtres, ses immenses statues gelées, ces créatures mécaniques qui guettent, avant d’en prendre plein la gueule.

Ce qui nous amène à ce qui fait de Too Human un monument : ses combats. Ils exploitaient le stick droit, ici non pas assigné à la caméra mais à la direction des coups (en quelque sorte), ce qui leur valu d’être taxés de brouillons. Sauf qu’une fois l’habitude prise, ce qui semblait être brouillon devient tout à coup grisant, jouissif. Sur une musique épique, les corps décollent, notre héros glissant d’un bout à l’autre des zones pour renvoyer les malotrus chez leur Créateur. Et plus le compteur monte, plus Baldur gagne en puissance. Ce qui se traduit par une vitesse et une force accrues. Chaque combat devient viscéral, virtuose, produit d’une fureur parfaitement illustrée à l’écran. Grandiose. C’était aussi une excellente excuse pour chasser le loot, l’équipement, en refaisant en boucle les mêmes niveaux. Ils étaient peu nombreux et surtout pas tous de la même qualité mais pour le reste, le contenu était massif. Suffisamment pour que quelques forcenés continuent d’y jouer encore aujourd’hui.

TOO LATE
Depuis, je désespère de trouver un successeur à Too Human. Chaque jour, je prie pour qu’une suite pointe le bout de son nez. Ou qu’un studio reprenne le flambeau pour nous offrir un titre aussi follement gargantuesque et ambitieux. En vain. Et si encore je pouvais toujours y jouer, à la rigueur. Ce n’est même pas au programme, la faute à l’égo sans limites de Silicon Knights. Too Human, aussi grand soit-il, restera mort et enterré. Mais après tout, n’est-ce pas le propre des chefs d’oeuvre, de posséder cette part maudite au cours de leur existence ?

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