Partir à la gamescom pour jeuxvideo24, c’est avant tout accepter de poser une semaine de congés pour aller se coller des ampoules aux pieds en Allemagne avant d’écrire 20 articles en deux trois semaines pendant la pause dej’ de notre autre activité professionnelle. Ce n’est pas un cas isolé, ce n’est pas de l’exploitation éhontée, Jerem aussi est logé à cette enseigne. C’est la dure réalité, on n’a pas tous le privilège de se faire héliporter entre les gratte-ciels New-Yorkais.

Une fois le deuil fait, on peut commencer à appréhender la gamescom comme ce qu’elle est vraiment : un parc d’attractions pour adultes dans lequel chaque jeu, chaque rendez-vous, est un nouveau manège que l’on attend avec excitation.

Le paradoxe de la hype

Regarder la gamescom de l’extérieur à travers l’actu mène forcément à une certaine forme d’aigreur. Tout le monde s’attend à du sensationnel, à des annonces en pagaille, à de la révélation croustillante. À du Paris Match quoi, sans être mauvaise langue (ou alors un petit peu). Ironiquement, la partie “pro” du salon, sur laquelle nous avons passé 97% de notre temps, provoque une réelle ferveur alors qu’elle est vide de tout le bruit et des paillettes qu’on associe à un tel salon. Les allées sont longues et désertes, les stands cloisonnés et sommairement décorés. C’est tout sauf glamour et pourtant ça fonctionne, parce qu’à l’intérieur de cet espace, on ne subit pas la “hype”.

La hype est notre pire ennemie. Vraiment. Fuyez-la autant que possible. Sur la vingtaine de rendez-vous que Jerem m’avait programmés, les plus décevants furent ceux concernant les jeux que j’attendais le plus (hormis Dying Light 2, mon amour). Le cas le plus évident concerne la présentation de Cyberpunk 2077, qui m’a tout simplement laissé de marbre. Passé du fantasme au plausible, le titre de CD Projekt RED est finalement devenu presque “banal”. Je ne dis pas qu’il ne sera pas excellent ou qu’il ne pourra pas être le jeu de l’année 2020. Simplement qu’il n’a plus rien de surréaliste, qu’il n’est plus qu’une évolution de ce qu’on connaît déjà, une sorte de Deus Ex en menu Maxi Best-of.

“Pre-alpha build”

À l’inverse, j’ai eu tendance à me laisser surprendre par les “petits” jeux, ceux des développeurs indépendants. Loin des blousons réversibles et des statuettes flippantes, ils n’ont pour la plupart que leur enthousiasme à communiquer. Forcément, soit on joue le jeu, soit on souffle d’agacement en attendant le prochain gros titre qui fera du clic quand on en parlera. Chez jeuxvideo24, on est plutôt dans la première catégorie. On n’a pas d’impératifs après tout.

Je me suis retrouvé à apprécier (et à attendre) des jeux sur lesquels j’aurais à peine poser l’oeil dans le bordel qu’est le magasin Steam, comme Iron Danger, Recompile ou The Eternal Cylinder. Non pas que je sois hermétique aux productions modestes, loin de là. C’est simplement une question d’échelle, dans un marché où il est quasiment impossible de faire des découvertes sans y avoir été forcé au préalable. La hype, les gros trailers et les effets d’annonce monopolisent notre temps d’attention, alors que nous sommes littéralement inondés de sorties, surtout sur PC.

La gamescom permet de redistribuer les cartes, en allouant quelques jours d’existence à des studios qui n’ont pas la force de frappe des plus gros et, honnêtement, ça fait du bien. Après, tout ne peut pas être parfait. On se retrouve face à des jeux souvent loin d’être finalisés, souffrant de bugs plus ou moins importants. Parfois, le son saute. À d’autres moments, c’est le framerate qui vacille, passant de 60 à 57 images par seconde (j’ai le compas dans l’oeil). Mais jamais, ô grand jamais, ces broutilles ne viennent entacher le plaisir débordant de la découverte. Ni ces broutilles, ni la fatigue, ni les quelques rendez-vous vraiment désagréables auxquels on fait forcément face à un moment ou à un autre. Nous avons quand même eu l’immense honneur de jouer à un clone de Call of Duty sous le bruit d’un aspirateur en compagnie d’un présentateur plus préoccupé par son dîner du soir que par notre confort. Soit, “shit happens” comme dirait l’autre.

Loin des blousons réversibles et des statuettes flippantes, les développeurs indépendants n’ont pour la plupart que leur enthousiasme à communiquer.

Les à-côtés d’une gamescom

La gamescom, ce n’est pas que jouer à des jeux à longueur de journée. C’est aussi essayer de tourner des vidéos avant de se rendre compte qu’on n’a juste pas le temps. C’est taper un pain au lait et un Candy’Up le matin tout en sachant qu’il faudra faire avec toute la journée. C’est décider, le soir venu, d’offrir une bonne pizza à son rédac’ chef plutôt qu’écrire une chiée de news. Après l’effort, le réconfort, n’est-ce pas ? Puis soyons honnête, il faut bien que Ludo serve à quelque chose.

Enfin, c’est surtout accepter de faire quelques mètres de plus, chaque soir, pour que Jerem puisse faire du lèche-vitrine au LEGO Store à côté de notre AirBnB. Chaque soir, il passait en mode zombie pour baver devant la même cabane dans l’arbre, pour finir par craquer sur trois bricoles. Trois bricoles à 80 balles, on parle de LEGO tout de même.

Plaisirs simples
Malgré la fatigue, les douleurs plantaires et le partage intimiste d’un lit minuscule, faire la gamescom 2019 fut une sacrée expérience. Elle m’a permis de voir le marché d’un autre oeil, moins blasé, plus candide. Dans un box, lors d’un rendez-vous, il n’y a plus de communication, plus d’incitations à la précommande, plus d’esbroufe : il n’y a que le développeur, son jeu et vous. Et ça, ça vaut bien tous les “world premiere” du monde.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

deux + sept =