Test de Sherlock Holmes : The Devil’s Daughter (PC, PS4, Xbox One)

Le test a été réalisé à partir d’une version physique sur PS4.

Élémentaire mon Sherlock Holmes

Pour cet épisode, Frogwares a opéré un changement radical qui surprendra le joueur habitué à la série : Sherlock Holmes et John Watson ont eu droit à une petite cure de jouvence. En plus des années en moins au compteur, leur garde-robe a eu droit à un peu de nouveautés (adieu le tweed) et leurs visages n’ont plus rien à voir avec ceux des derniers opus. Holmes a un faux air de Robert Downey Jr. mal rasé et Watson ressemble à s’y méprendre à Jude Law. Si en soi ce n’est pas vraiment un problème, les développeurs désirant certainement conquérir un nouveau public, ces derniers n’ont malheureusement pas été jusqu’au bout puisque les autres personnages récurrents, Madame Hudson et l’inspecteur Lestrade, n’ont pour leur part pas eu droit à leur rajeunissement. Le changement ne s’arrête toutefois pas ici, puisque le caractère même de Sherlock Holmes a été modifié pour l’occasion. Ainsi, il passe de sociopathe confirmé à père de famille attentionné avec sa fille adoptive, Katelin. Autant de changements qui risquent de ne pas plaire à tous, et surtout à ceux qui sont attachés au détective comme il est dépeint dans les livres de Sir Arthur Conan Doyle ou dans la série télévisée des années 80 / 90 avec Jeremy Brett. Précisons également que cette histoire de rajeunissement pose en plus un problème de cohérence avec la fin de l’épisode Le Testament de Sherlock Holmes… Impossible d’en dire plus sans spoiler, mais ceux qui l’ont fini à l’époque comprendront.

Mais une fois ce premier constat passé, les habitués de la série de Frogwares retrouveront très rapidement leurs marques. Sherlock Holmes : The Devil’s Daughter propose ainsi quatre enquêtes très variées à résoudre. Meurtres ou encore disparitions sont de la partie et occupent pendant une toute petite dizaine d’heures, sachant qu’un chapitre supplémentaire, quasiment exclusivement narratif et mettant le joueur face à ses choix moraux, est également présent en fin de partie. Tout ce qui a fait la réussite de Crimes and Punishments est ici de retour : Holmes doit toujours dresser le portrait de certains PNJ en les observant, les neurones sont toujours utilisés afin de connecter des idées entre elles histoire d’arriver à des conclusions logiques, et les choix moraux sont toujours là, le détective devant choisir d’absoudre ou de condamner les accusés à la fin de chaque enquête. Avec des histoires plutôt bien écrites et des personnages intéressants, c’est un vrai plaisir de mener l’enquête, d’interroger des PNJ, de chercher des indices ou encore de reconstituer des événements passés grâce à la vision de détective. Le tout n’est toutefois pas encore parfait. Ainsi, certains passages auraient mérité des dialogues plus poussés afin de justifier certaines conclusions, et le titre dans sa globalité se montre bien trop cloisonné et dirigiste. Constamment pris par la main, le joueur n’a que très peu de chances de tomber sur le mauvais accusé en fin d’enquête.

Sherlock à la loupe

Bien entendu, cela peut arriver : un détective un peu trop pressé pourrait condamner la mauvaise personne car il n’aurait pas pris le temps de rassembler tous les indices. En ce cas, The Devil’s Daughter a la solution, à savoir la possibilité de revenir en arrière. Dans Crimes and Punishments, il était possible de savoir si Holmes avait arrêté la bonne personne, mais il était en revanche impossible de se rattraper si l’on s’était trompé. Ici, si le joueur découvre qu’il n’a pas tous les indices et qu’il a attrapé le mauvais suspect, il peut toujours se replonger dans son enquête histoire de pousser encore un peu plus ses investigations et tenter de trouver le bon criminel en optant pour de nouveaux raisonnements. Dommage, une telle nouveauté ôtant clairement de l’intérêt aux enquêtes. Cette  »casualisation » se ressent de toute façon dans toute l’aventure et ce peu importe le niveau de difficulté choisi (facile ou difficile). Comme dit précédemment, la progression est extrêmement dirigiste : certaines zones sont par exemple souvent interdites, ne laissant que peu de doute au joueur quant à sa prochaine destination. Il est donc quasiment impossible de rester bloqué quelque part et, si cela arrive, la raison en est bien plus souvent une logique un peu trop capillotractée ou un passage laborieux.

Sherlock Holmes : The Devil’s Daughter propose quatre enquêtes très variées à résoudre.

Ce nouvel épisode des aventures de Sherlock Holmes propose ainsi tout un tas d’activités différentes, brisant par la même occasion l’équilibre plutôt réussi entre enquête et mini-jeux que les développeurs avaient réussi à atteindre dans les derniers opus. Ici, Frogwares a semble-t-il préféré la quantité à la qualité, de nombreux passages étant loin d’être réussis. Si les minis-jeux, dont certains sont des valeurs sûres (crochetage de serrures, activation de mécanismes…), sont dans l’ensemble plutôt agréables malgré quelques-uns un peu moins convaincants (le boulingrin, soporifique), d’autres phases sont pour leur part bien moins réussies. L’infiltration est assez laborieuse – il arrive ainsi que le héros se fasse repérer sans que l’on comprenne réellement pourquoi, les passages axés sur l’action sont un peu trop nombreux et surtout mal rythmés puisque enchaînant ralentis sur ralentis, mais le pire reste la course-poursuite dans les bois, qui relève quasiment de la torture. Heureusement, il est possible d’une simple pression sur un bouton de passer tout ce qui pose problème, que ce soient les combats ou les énigmes, histoire de parfois échapper à la crise de nerf. Un élément qui est toutefois à double-tranchant, puisque le joueur pourrait ainsi passer à côté d’une énigme réussie et, surtout, sauter trop d’étapes réduit une durée de vie qui n’est déjà pas forcément très longue à la base.

Détective à l’ancienne

Ce manque de finition se ressent également au niveau de la réalisation de ce Sherlock Holmes : The Devil’s Daughter. Les graphismes et les modélisations ont, comme toujours, une génération de retard, même si l’on remarque tout de même de nombreux efforts. Les personnages sont en effet toujours plus détaillés, les environnements sont de plus en plus beaux et les jeux d’ombres et de lumières rendent le tout plus vivant. Un joli pas en avant donc, mais qui est tout de même loin de rendre hommage aux machines actuelles. Mais le plus gros défaut à ce niveau-là reste tout de même les temps de chargement atrocement longs et en plus plutôt nombreux. Il est donc conseillé de se rendre immédiatement dans les options histoire de choisir les trajets en fiacre : si cela ne raccourcit pas le chargement, cela permet au moins au joueur de se replonger dans son carnet histoire d’y étudier des indices ou de faire fonctionner ses neurones pour faire apparaître des déductions. Le doublage, tout en français, est également assez perfectible. Si les acteurs principaux sonnent juste – précisons d’ailleurs qu’il s’agit de ceux qui s’occupent de Holmes, Watson et Lestrade dans la série télévisée anglaise Sherlock, les personnages secondaires sont déjà bien moins convaincants. Dommage.

LE VERDICT
ÉLÉMENTAIRE
6
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