Test de Mother Russia Bleeds (PC, PS4)

Le test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée sur PC.

Fight Club de l’est

Mother Russia Bleeds place donc les joueurs dans une Union Soviétique des années 1980 qui, même si elle ressemble comme deux gouttes d’eau aux Road Rage qui font fureur sur Youtube, se veut totalement imaginaire. Un contexte merveilleux dans lequel on découvre comment quatre combattants clandestins se font prendre au piège pour finir comme sujet d’expérience dans une cellule encore plus crade que les rues dans lesquelles ils se battaient. Paisiblement installés dans leur 2 mètres carré sans eau courante digne des meilleurs logement parisiens, ils subissent des injections régulières de Nekro, une drogue inventée par des scientifiques du genre peu scrupuleux pour qui l’expérimentation sur les animaux n’est qu’une perte de temps. Manque de bol pour ces apprentis chercheurs, alors que les sujets sont censés être mis complètement KO par les injections, voilà que nos quatre lascars se réveillent avec, en plus d’une migraine insupportable, des capacités physiques hors normes. Il ne leur en fallait évidemment pas plus pour foncer retrouver les responsables de leur enlèvement histoire de leur expliquer, à grands coups d’arguments percutants, leur mécontentement.

Il ne faut pas se leurrer, le scénario de Mother Russia Bleeds n’est évidemment pas son point fort. En revanche, le travail réalisé par Le Cartel Studio sur l’ambiance du titre mérite que l’on s’y attarde franchement. Visuellement le jeu se présente en pixel-art, tout à fait tendance ces dernières années, qui a le bon goût d’offrir un niveau de détail absolument génial. Soyez prévenus, on est loin, très loin, des ruelles américaines de Street of Rage avec ses quelques poubelles renversées et son métro tagué. Ici les joueurs seront plongés dans lieux plus crades et malsains les uns que les autres et les artistes de Le Cartel Studio n’y sont clairement pas allés avec le dos de la cuillère pour nous en mettre plein les yeux. Chaque niveau traversé pue la violence, l’insalubrité et la misère et plus on avance plus on on semble toucher le fond. Même lorsque l’on traverse un niveau propre comme une boite de nuit, c’est pour tomber sur des scènes malsaines au possible avec tout un club de vieux sadomasochistes qui s’adonnent à des plaisirs plus que particuliers qui ne déplairaient pas à la crampe de Quentin Tarantino.

Les artistes de Le Cartel Studio n’y sont clairement pas allés avec le dos de la cuillère pour nous en mettre plein les yeux.

Un soin que l’on retrouve également au niveau des animations de presque tout ce qui bouge à l’écran. Que ce soit pour les personnages ou pour les arrières plans, tout est fait pour donner un côté véritable à Mother Russia Bleeds qui ne fait que renforcer cet aspect malsain voulu par les développeurs. Comme pour peaufiner le tableau, la bande son est totalement dans le ton avec des rythmes complètement déjantés et ultra speed qui, forcément, renforcent parfaitement le sentiment que l’on a de jouer sous acide. Alors certes le style ne plaira probablement pas à tout le monde, mais il faut reconnaître que Le Cartel Studio a clairement réussi à donner à Mother Russia Bleeds une vraie identité visuelle qui lui permet de se démarquer largement des jeux du genre.

Je mets les pieds où je veux…

Au niveau du gameplay, Mother Russia Bleeds ne réinvente pas la roue et se contente plutôt d’intégrer, avec une certaine réussite, des concepts largement éculés dans le milieu. Le joueur a le choix entre quatre personnages, chacun ayant ses propres caractéristiques. Classiquement on retrouve un moyen en tout qui n’excelle en rien et sa variante légèrement différente, un gros bill particulièrement lent mais qui fait très mal et une demoiselle dont la force de frappe est assez risible mais qui a le mérite de se mouvoir rapidement. La palette de coups n’a rien d’extraordinaire non plus avec des des coups forts, des coups rapides, des coups sautés, glissés, des choppes, et la possibilité de ramasser des armes pour frapper encore un peu plus fort. Rien que du classique en somme mais qui permet de varier les plaisirs tout en assurant un minimum d’efficacité. On soulignera tout de même ce petit bonheur supplémentaire puisqu’il est possible de frapper un adversaire au sol jusqu’à ce que mort s’en suive. C’est violent, gratuit et donc totalement jouissif.

Mais si Mother Russia Bleeds s’inspire énormément de ses grands pères, il sait aussi proposer des choses innovantes, comme par exemple la gestion de la vie. Pour faire remonter leur barre de santé, nos héros devront s’injecter une drogue grâce à une seringue contenant au maximum trois doses. Et pour la remplir lorsque celle-ci aura été utilisée, il faudra alors effectuer un prélèvement sur les ennemis qui auront été mis au sol. C’est là que la subtilité apparaît dans Mother Russia Bleeds car un ennemi frappé à mort n’a aucune chance de convulser et ne pourra donc en aucun cas être utilisé comme recharge de sa seringue. Il faut donc savoir se retenir sur la distribution des coups sous peine de s’auto-priver de soin durant l’aventure. C’est parfois frustrant, mais c’est le prix à payer pour espérer survivre dans cette jungle sans limite car les ennemis ne font non seulement aucun cadeau mais profitent, en plus, d’un surnombre tout bonnement impressionnant. Les vagues d’ennemis qui se succèdent, de manière un peu abusive avouons-le, ne laissant vraiment que peu de répit aux joueurs.

C’est là tout le problème de Mother Russia Bleeds qui peine parfois à trouver le bon équilibre entre challenge relevé et difficulté un abusée sans raison. D’un côté on adore enchaîner les bourres-pifs sans vraiment avoir le temps de respirer en utilisant la palette de coups disponibles pour s’assurer d’en sortir entier mais de l’autre on est parfois frustré par le fait d’être pris pour une bille de flipper par tous les ennemis à l’écran qui se font un malin plaisir de nous frapper les uns après les autres sans que l’on puisse réagir. Heureusement pour limiter la frustration les joueurs bénéficient un pouvoir ultime lorsque leur seringue est pleine. Par défaut il s’agit d’un mode berserk ou la puissance des coups est multipliée par cent, envoyant au tapis les adversaires d’un simple marron. Mais comme pour pouvoir se servir de ce pouvoir il faut que la seringue soit pleine on retombe alors sur le problème de ces vagues d’ennemis interminables qui ne laissent malheureusement pas le temps de récupérer le précieux liquide sur les adversaires. Bref, on tourne en rond et à moins que Le Cartel Studio ne revoit l’équilibrage dans certaines séquences (ce qui est peu probable) il y a peu de chance de voir les choses s’améliorer de ce côté là.

C’est dommage du coup, parce que pour les joueurs qui refuseront de s’imposer cette difficulté un peu bancale, l’aventure s’arrêtera plus tôt que prévu. Pour les autres il restera encore le mode horde qui, en plus de permettre de se la péter dans les classements en ligne, offre la possibilité de débloquer des drogues différentes pour le mode campagne. Sans forcément beaucoup révolutionner le gameplay cela permet tout de même de refaire le jeu plusieurs fois pour découvrir les différents effets concoctés par les développeurs. Et comme le jeu n’est vraiment pas bien long (comptez 4 petites heures pour un premier run), cela augmente de manière tout à fait sympathique la durée de vie du jeu qui, si vous en voulez encore, vous permettra de jouer jusqu’à quatre joueurs en coopération, mais en local seulement. Oui, c’est bien dommage que le jeu en ligne ne soit pas possible, mais on admet volontiers avoir apprécié l’hommage rendu aux mastodontes du genre qui, à la belle époque, regroupaient les meilleurs amis du monde sur un même canapé pour des après-midi entiers de bastons effrénées.

LE VERDICT
FIGHT CLUB
6
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Rédacteur/Testeur/Râleur tendance sociopathe avec un sérieux penchant pour le troll méchant. A développé une sale dépendance à BF1 et Darkest Dungeon.

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