Test de Deus Ex : Mankind Divided (PC, PS4, Xbox One)

Le test a été réalisé à partir d’une version physique sur PlayStation 4.

(Deus) Ex Machina

2027. Une date charnière pour l’humanité dans le monde de Deus Ex. Jusque-là les augmentés étaient considérés comme des personnes à part entière, respectées et parfaitement intégrées à la société. Mais tout ceci a bien changé le jour où Hugh Darrow a décidé de faire littéralement péter un plomb à tous les augmentés équipés d’un biochip particulier en envoyant un signal depuis la Panchaea. Une attaque qui s’est soldée par des millions de morts et bien plus de blessés. Deux ans plus tard, le monde est en crise et forcément, pour les augmentés les choses ont changé. L’ « Incident » comme on l’appelle est encore dans tous les esprits et ceux que l’on pouvait jadis envier pour leurs améliorations sont maintenant montrés du doigt et victimes de discrimination dans une société devenue sauvagement xénophobe. Dans ce climat de haine et de violence, l’ARC, une coalition non violente, lutte tant bien que mal pour l’égalité des droits entre les humains et les augmentés en espérant réussir à arranger les choses. Malheureusement un attentat meurtrier en plein centre-ville de Prague va en faire les coupables parfaits pour la population totalement manipulée. C’est donc dans ce climat de haine et d’apartheid mécanique que l’on retrouve ce bon vieil Adam Jensen qui bosse dorénavant pour la Task Force 29, une branche d’Interpol dont le rôle est d’anéantir les menaces terroristes à travers le monde. Chargé de mener à bien l’enquête sur l’attaque de la gare, Adam va bien vite se rendre compte que les tenants et les aboutissants sont bien plus complexes qu’il n’y paraît et que les coupables ne sont pas forcément ceux que la presse pointe du doigt en permanence.

Que ceux qui n’ont pas fait Deus Ex : Human Revolution se rassurent, Eidos Montréal propose une cinématique d’une douzaine de minutes pour résumer tous les événements majeurs à connaître pour ne pas être totalement largué en débarquant dans Mankind Divided. Mais la première vraie bonne surprise vient du contexte de Deus Ex : Mankind Divided qui, comme on peut s’en rendre compte bien vite, a fait l’objet du plus grand soin. L’ambiance est globalement malsaine et on ressent en permanence cette haine envers les augmentés. Que ça soit dans les rues de Prague ou de Golem (on vous laisse découvrir les autres lieux à visiter), on assiste en permanence à des situations où les augmentés sont harcelés, questionnés sans raison, et parfois même arrêtés. Incarnant nous-mêmes un augmenté on peut effectivement ressentir cette xénophobie envers ceux de notre « genre » durant toute la durée de l’aventure, à tel point que, parfois, ça en devient littéralement agaçant. Prenez le métro en utilisant les files pour les non-augmentés et la police vous tombera dessus pour un contrôle de papier plein de sous-entendus. Difficile de ne pas faire le rapprochement avec notre société actuelle qui s’empresse sans cesse de catégoriser les gens afin de mieux dormir la nuit. Une atmosphère prenante donc, qui permet de s’immerger pleinement dans cet univers Cyberpunk pour le plus grand bonheur de tous. Eidos Montréal a vraiment fait les choses bien sur ce point, avec de nombreux livres électroniques à découvrir pour ajouter des éléments de contexte, ainsi que des codex cachés un peu partout qui permettent, via l’application compagnon sur votre smartphone, d’enrichir encore un peu plus votre connaissance de cet univers vraiment passionnant.

L’immersion est également renforcée par cette excellente direction artistique qui s’amuse à mélanger style futuriste et style classique aussi bien dans l’architecture des bâtiments que pour le style de ces PNJs, le tout étant secondé par une bande son tout simplement délicieuse que l’on appréciera volontiers même en dehors du jeu. Dommage en revanche que d’un point de vue purement technique Deus Ex : Mankind Divided ne soit pas aussi ambitieux sur console. Certes les progrès réalisés depuis Human Revolution sont évidents, mais on reste encore très loin d’un standard comme The Witcher 3 pour ne citer que lui. Les animations des PNJs sont sommaires et proposent des comportements binaires qui frisent parfois le ridicule, au point de transformer certaines scènes dramatiques en crise de fou rire incontrôlée. C’est encore plus vrai lorsque l’on se retrouve en face à face avec l’un d’eux pour discuter un peu plus longuement, les animations faciales donnant clairement l’impression d’avoir une dizaine d’années de retard. Avec des textures pas franchement folichonnes et un framerate qui fait le yoyo en permanence on a finalement bien du mal à s’enflammer pour cette version console de Deus Ex : Mankind Divided, surtout quand on a l’occasion de pouvoir la comparer avec la version PC qui s’en sort mieux à tous les niveaux. On ne boudera tout de même pas notre plaisir, l’ambiance unique et soignée ainsi que la direction artistique permettant d’oublier ces petits désagréments. On rajoutera tout de même une petite raillerie à propos des temps de chargement qui sont tout bonnement insupportables sur console. Recharger une sauvegarde ou, pire, prendre le métro est une véritable plaie et finit vraiment par agacer quand on enchaîne les déplacements d’un quartier de la ville à l’autre. Non vraiment, si vous en avez la possibilité, faites-le sur PC, surtout que le jeu est loin d’être gourmand.

Adam Jensen moulti-path

Les habitués de la licence s’en rendront compte très rapidement, le gameplay n’a que très peu changé dans ce nouvel opus. On profite toujours d’un savant mélange entre action (avec un système de couverture légèrement remanié), RPG, infiltration et le jeu demandera de remplir des missions pour faire avancer l’histoire principale. Proposant tout une succession de zones ouvertes dans lesquelles le joueur est libre de se déplacer, le jeu offre également aux plus curieux tout un tas de quêtes secondaires totalement optionnelles qui rallongent de manière considérable la durée de vie. On touche ici l’un des gros points forts de Deus Ex : Mankind Divided, puisque ces quêtes sont généralement toutes intéressantes et apportent beaucoup de concret que ça soit au niveau du background du jeu ou à l’histoire personnelle d’Adam. Mieux encore puisque le dénouement de ces quêtes offre plusieurs possibilités pour régler le problème est que souvent, le choix effectué générera son lot de conséquences. Chacun y trouvera donc son compte et pourra opter de faire pencher la balance dans un des camps impliqués. Certaines de ces quêtes se trouvent facilement, alors que d’autres découleront des différentes lectures que l’on pourra trouver ici ou là. On vous conseille d’ailleurs de bien prêter attention aux panneaux publicitaires, on ne sait jamais ce que vous pourriez y trouver. Quoiqu’il en soit on ne peut donc que recommander de bien prendre son temps pour profiter de ce contenu gargantuesque qui permet de passer un bon moment sans jamais faire avancer la quête principale.

Là où Deus Ex : Mankind Divided fait bien plus fort que son prédécesseur, c’est dans les différentes possibilités d’approches qui sont offertes aux joueurs.

En ce qui concerne les quêtes de l’histoire principale justement, au même titre que les quêtes secondaires, elles proposent une qualité d’écriture assez remarquable et offrent des dialogues vraiment percutants. Attention toutefois à bien jouer en VO pour profiter au maximum du travail de qualité réalisé par les doubleurs, la VF étant malheureusement bien moins convaincante. Quoiqu’il en soit ces missions principales sont particulièrement réussies et proposent, elles aussi, plusieurs possibilités d’approche des différentes situations. Cerise sur le gâteau, elles jouissent généralement d’un level-design encore plus riche que celui que l’on peut trouver dans les quêtes annexes, puisque prenant place dans d’énormes constructions qui s’étalent aussi bien au sol que dans les airs. On reste cependant un peu plus dubitatif en ce qui concerne leur dénouement, car malgré les différents embranchements que l’on pourra rencontrer au fur et à mesure de l’aventure (cacher une information à son patron, choisir une quête plutôt qu’une autre, épargner ou tuer un intervenant) on n’a jamais vraiment l’impression de s’écarter d’un chemin tout tracé par les développeurs. Il n’en reste pas moins qu’une fois l’aventure terminée le sentiment du chapitre clôt est bien présent et les réponses apportées par cet opus sont plus que satisfaisantes. Inutile de préciser cependant qu’Eidos Montréal s’est gentiment laissé la porte grande ouverte pour une suite qu’il est vraiment difficile de ne pas sentir venir une fois l’épilogue terminé.

Mais là où Deus Ex : Mankind Divided fait bien plus fort que son prédécesseur, c’est dans les différentes possibilités d’approches qui sont offertes aux joueurs. Quête principale ou quêtes secondaires sont toujours abordables de différentes façons. Là où l’opus précédent avait très vite laissé sur place les amoureux de l’approche discrète, Deus Ex : Mankind Divided corrige le tir de manière remarquable. On ne va pas vous mentir en prétextant qu’il existe une infinité de solutions pour régler chaque problème, mais sachez que, par exemple, il est possible de terminer le jeu sans tuer personne, boss inclus. C’est là que l’on se rend compte du travail réalisé par Eidos Montréal qui offre enfin un level-design à la hauteur de cette ambition permettant ainsi à chacun de jouer comme il l’entend sans jamais être coincé quelle que soit l’approche choisie. Des propos que l’on modérera tout de même en soulignant le fait que l’on frise parfois la facilité avec la présence d’au moins une bouche d’aération quasi-systématique qui permet de s’infiltrer, ou des codes d’accès aux portes fermées qui traînent un peu partout, comme si la sécurité dans un monde cybernétique n’était finalement pas vraiment un problème.

Du coup ça devient vite un réflexe, lorsque l’on mise sur la discrétion, de rechercher ces éléments, mais ça ne tue pas vraiment l’immersion, contrairement aux errements de l’IA qui sautent aux yeux dès lors qu’on la joue un peu fine. Difficile en effet de ne pas rire devant ces gardes qui restent le nez collé à 10 centimètres d’un mur en ronchonnant parce que l’on a lancé une poubelle pour faire diversion, ou lorsqu’ils restent complètement de marbre face à un de leur collègue en train de dormir en plein milieu d’une ronde (probablement des anciens de la DDE). Mais on chipote plus que de raison, car finalement, en jouant avec les niveaux de difficulté, il est tout à fait possible de devoir faire face à un vrai challenge où la moindre erreur se paye cash. Car si les ennemis ont bien du mal à réagir correctement contre un adversaire invisible, dès lors qu’il s’agit de faire feu c’est une toute autre paire de manche, tant l’IA est capable d’utiliser le surnombre à son avantage. Utilisation des grenades, contournement ou encore neutralisation des augmentations, tout y passe et le résultat est rarement en faveur du joueur imprudent (ou maladroit).

Adam Suisse

Heureusement pour le joueur, l’arsenal et les augmentations dont il peut bénéficier sont là pour lui simplifier la vie. Pour le premier on retrouve peu ou prou la même chose que dans Human Revolution avec des fusils à pompe, des fusils d’assaut, des armes de poing ou de précision ainsi que des grenades en tout genre. Les augmentations, quant à elles, sont toujours régies par un arbre de talent que l’on pourra enrichir grâce au Praxis Kit obtenus à chaque passage de niveau (les points d’expérience se gagnant en remplissant les missions et en réalisant des objectifs secondaires). Notez au passage que les plus fouineurs pourront également trouver un grand nombre de ces kits planqués un peu partout dans le jeu. La seule nouveauté au tableau est la présence d’augmentations cachées dont même Adam ignorait l’existence (mais qu’il découvrira très tôt dans le jeu, faisant même l’objet de plusieurs quêtes secondaires) mais qui ont le désavantage d’overclocker le système principal d’Adam rendant théoriquement impossible l’activation de toutes ces augmentations spéciales. Le jeu demandera donc de choisir soigneusement celles que l’on veut utiliser et nous forcera à faire une croix sur celle que l’on devra désactiver pour éviter la surchauffe du système. Mais sachez toutefois qu’il est possible de passer outre cette limitation, une quête spéciale, totalement optionnelle, étant entièrement dédiée à la résolution de ce problème. Il faut tout de même savoir qu’au final, l’amélioration des capacités d’Adam le rendra potentiellement surpuissant et on vous conseille, encore une fois, de ne pas hésiter à monter la difficulté d’un cran ou deux au moment de lancer votre partie pour être certain de faire face à un challenge vraiment intéressant.

Ceux qui n’aiment pas tourner en rond pourront afficher toutes les informations possibles alors que les amoureux de l’immersion totale profiteront d’un écran vierge.

L’inventaire reprend, lui aussi, la très bonne base posée par l’opus précédent, avec sa présentation claire en cases permettant, en un coup d’œil, de voir précisément ce que l’on possède. Son accès, ainsi que celui des compétences, se fera aussi bien via des raccourcis (personnalisables) que par une roue de sélection accessible en appuyant sur le stick droit de la manette. Une interface parfaitement adaptée au support visé qui fait plaisir à voir, au même point que les options de personnalisations du HUD permettant de régler sa taille et ce qu’il doit afficher afin de s’adapter aux goûts de chacun. Ceux qui n’aiment pas tourner en rond pourront ainsi afficher toutes les informations possibles alors que les amoureux de l’immersion totale profiteront d’un écran vierge de toutes informations pouvant simplifier la vie. Signalons aussi que, dorénavant, la recharge de la barre d’énergie (nécessaire pour utiliser les différentes augmentations) se fait exclusivement à l’aide de Biocells que les plus fainéants pourront acheter auprès de différents vendeurs alors que les plus radins fouilleront les moindres recoins pour en récupérer gratuitement. Enfin on terminera ce petit tour du propriétaire de l’inventaire avec l’apparition d’un système (simpliste) d’artisanat qui permet, moyennant quelques pièces détachées, de se fabriquer soit même des améliorations pour ses armes (coucou les amoureux de Crysis), des munitions ou tout autre objet à usage unique, permettant ainsi d’économiser de précieux crédits. Oui chez Eidos Montréal on sait définitivement prendre soin des pingres.

Breach, please!

Et pour les joueurs qui n’en n’auraient pas assez après la bonne trentaine d’heures nécessaires pour voir la fin du jeu, Eidos Montréal a pensé à rajouter encore un peu plus de contenu. Le studio a en effet imaginé un jeu dans le jeu qui tirerait profit de cet univers passionnant. Ainsi est né Breach, un mode qui place le joueur aux commandes d’un pirate (informatique, pas sur un bateau) qui évolue virtuellement dans les réseaux de grandes compagnies afin de voler leurs petits secrets pour dévoiler leurs magouilles au grand public. Le but est relativement simple puisqu’il suffira d’accéder à des blocs de données pour les télécharger avant de prendre la fuite. Le gameplay reprend exactement les mêmes bases que celles de Deus Ex : Mankind Divided, avec le système de couverture remanié, les augmentations, les armes et le gain d’expérience en fin de mission. L’intérêt étant alors de faire claquer le meilleur score possible afin de bien figurer dans les classements en ligne histoire de pouvoir frimer à la récré à l’heure du goûter ou sur le bord de la piscine entre deux bières fraîches.

Sur le papier ce petit add-on semble tout bête mais vu qu’Eidos Montréal a pris le soin de le scénariser on se prend bien vite au jeu et on y passe finalement plus de temps que l’on aurait pu l’imaginer au départ, surtout que la direction artistique est, là aussi, parfaitement soignée et participe grandement à la création d’une ambiance particulièrement réussie. L’aspect compétitif via des classements aide également beaucoup à rester motivé pour essayer, encore et encore, de faire toujours mieux. C’est d’autant plus vrai que certains niveaux forceront le type d’approche et obligeront donc les joueurs à s’adapter à un style de jeu qui n’est pas forcément leur préféré, augmentant ainsi la marge de progression. Pour ceux qui ne connaissent pas du tout l’univers de Deus Ex, il est même tout à fait possible, voire conseillé, de commencer le jeu par ce mode, afin de découvrir toutes les mécaniques de base du jeu et ainsi se sentir plus à l’aise une fois lancé dans le grand bain. Mais qu’on le prenne en apéritif ou en dessert, Breach est une excellente initiative qui, espérons-le, donnera des idées à d’autres studio pour étendre un univers sans forcément passer par l’ajout d’un multijoueur sans intérêt.

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LE VERDICT
ADAM SUISSE
8
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Rédacteur/Testeur/Râleur tendance sociopathe avec un sérieux penchant pour le troll méchant. A développé une sale dépendance à BF1 et Darkest Dungeon.

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