
Publié le 11.01.2013, à 21:47 par Kurutchin
Le TPS est avec le FPS le genre le moins original qui existe. C’est bien simple, depuis la sortie de Gears of War, les clones se sont multipliés, et les prises de risque se sont raréfiées. Les TPS qui valent vraiment le coup d’être joués ne peuvent plus se contenter d’être juste efficaces, avec un scénario post-it et un gameplay basique.
Surtout que c’est un genre qui ne m’a jamais vraiment fait rêver. GoW, je l’ai parcouru sans plaisir. Idem pour le deuxième. Army of Two, je n’en parle même pas. Pour le reste, il y a pas mal de belles bouses. Du coup, quand l’actualité autour de Spec Ops a commencé à s’intensifier, je m’attendais à voir une nouvelle daube. Belle erreur.
Spec Ops a pour particularité de frapper fort là où on ne l’attend pas. Pendant des mois, on nous a fait miroiter sur la superbe ville de Dubaï enfouie sous le sable, imaginant toutes les possibilités de gameplay que cette mutation de la ville pourrait apporter. Et bien niet, ce n’est pas de ce côté-là que Spec Ops ravit les joueurs. Tout est d’un classicisme affolant. Comme dans tout bon petit TPS académique, on se met à couvert, on tire en aveugle, puis en visant et on avance. De temps en temps, on lance une grenade, ou alors on prend une mitrailleuse fixe. Mais c’est tout. Vu comme ça, Spec Ops n’est qu’un TPS de plus parmi les autres. Et comme il fallait s’y attendre, les dunes qui recouvrent Dubaï n’apportent finalement pas tant de fraîcheur que ça, en dehors de l’aspect visuel bien sûr. Parfois on peut casser une vitre, pour que le sable se répande sur les malheureux soldats ennemis qui se trouvaient juste en dessous. Rien de bien folichon en somme. Difficile dès lors de se motiver pour continuer le jeu, tant le début peut se révéler laborieux.
Et pourtant, la persévérance du joueur sera vite récompensée. Si le joueur a la patience et surtout la force de passer l’introduction, il va découvrir un scénario surprenant et surtout diaboliquement et foutrement bien maîtrisé ! Et pour cause, le jeu se veut être une sorte d’adaptation du livre Heart of Darkness, de Joseph Conrad. Ce nom dit certainement quelque chose à ceux qui ont vu Apocalypse Now, pour peu qu’ils se soient un minimum intéressés aux origines du film de Coppola. On peut d’ailleurs faire énormément de rapprochements entre Spec Ops et le long métrage. Par exemple, une des scènes du jeu nous met face à un hélicoptère sous un air de Verdi, là où Apocalypse Now nous offrait une Chevauchée des Walkyrie mythique.
Aussi, étant donné que les deux créations partagent la même source d’inspiration, on peut facilement assimiler notre héros, le Capitaine Walker, à Willard, et le méchant, Konrad, au colonel Kurtz. Je parle de héros, et de méchant, mais les développeurs ne se sont pas contentés d’un schéma narratif aussi bateau. La force du jeu repose sur son déroulement. On assiste à la descente aux enfers de Walker, qui passe du statut de « personnage insignifiant et peu charismatique » à « CE PERSO QUOI ! ». C’est bien simple, Walker est confronté régulièrement à des choix moraux, il doit prendre des décisions qui ne sont pas toujours évidentes, et encore moins justes. Il n’y a pas de bon ou de mauvais choix, et j’ai eu le sentiment de retrouver le même genre de choix que dans Walking Dead : on ne réfléchit pas à notre décision, on agit à l’instinct, le jeu nous prend par les sentiments, nous poussant même à nous interroger sur nos propres actions. C’est fou comme une mise en scène réussie peut sauver un jeu du naufrage et le faire basculer dans le panier des jeux d’exception. En plus de ces choix, le jeu nous place face à des situations poignantes.

Et il ne s'agit pas simplement d’une tête qui explose ou d’un cadavre décomposé par terre, mais de vraies horreurs (Le phosphore blanc…), et c’est ça qui fait la différence avec le reste de la production. Jamais je n’ai autant eu l’impression de vivre mon jeu avec autant d’implication, en dehors de Walking Dead. Il faut dire que je ne m’attendais pas du tout à ça. Forcément, ça aide, surtout que la démo ne laissait pas du tout présager un scénario aussi poussé. Pour accompagner le tout, le jeu s’appuie sur une réalisation solide. Sans non plus déchirer la rétine, Spec Ops est agréable à l’œil, avec ses étendues de sable à perte de vue et ses buildings à moitié effondrés. Les effets de lumière sont superbes, et évitent l’effet blanc cramé. Au niveau sonore, c’est un sans-fautes, avec des mélodies rock rétro sur les ondes radio de Dubaï, et des doublages très convaincants, surtout en VO. Les combats sont nerveux, l’ambiance est bien là !
Ah que ça fait du bien un jeu de cette trempe de temps en temps. Même si la durée de vie de Spec Ops est ridicule (Moins de 4H), à aucun moment je n’ai songé à me plaindre du spectacle qui se déroulait devant mes yeux. On déguste le jeu comme un excellent film, et on se laisse entraîner dans la spirale qui tire Walker vers les tréfonds de l’âme humaine.

Surtout qu'il y a moyen de l'avoir à petit prix...